184 – Je ne suis pas loin… / An Maï

Je suis partie pour rester a-t-elle dit avant de nous quitter mais son oeuvre reste et vient confirmer son propos. A travers ce qu’elle nous a laissé, elle est toujours là. Je ne la connais pas mais ces mots me donnent envie d’aller la rencontrer dans ces rues qu’elle a marquées de son sceau d’artiste.
Combien comme elle sont partis mais demeurent éternellement vivants. Si le cœur nous en dit, nous pouvons toujours les voir, les lire, les entendre : peintres, musiciens, poètes, écrivains… Et puis il y a les simples mortels qui eux aussi demeurent vivants pour toujours dans le cœur et la mémoire de ceux qui continuent à les aimer par delà ce départ définitif. Je le dis et le répète depuis des années parce que j’y crois : la seule et véritable mort pour ceux qui sont partis, c’est lorsqu’on finit par les oublier. Voilà pourquoi je garde au fond de moi, tels de précieux trésors, toutes celles et ceux que la mort a emportés vers cet au-delà auquel je ne suis pas sûre de croire. Ce dont je suis sûre, c’est qu’il est dans mon cœur. Ce n’est pas un puits de tristesse mais un ciel de douceur et d’amour. Un endroit chaleureux parce que j’y entretiens la flamme vive pour qu’elle reste allumée.

Pour mémoire, je vous mets la première et la dernière strophe d’un poème magnifique de Henry
Scott-Holland. qui fut faussement attribué à Charles Péguy (voir lien dans le nom de l’auteur)
«La mort n’est rien.


Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté.
Je suis moi, vous êtes vous.
Ce que j’étais pour vous, je le suis toujours…
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours été,
Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée,
simplement parce que je suis hors de votre vue ?

Je ne suis pas loin,juste de l’autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien.»

183 – Charles / An Maï

Chapeau Charles !
Chafouin charmeur charmant
Chasseur de cœur chanceux
Charnel séducteur chic
Chapardeur d’amour
Chanteur de sérénades
Chabada bada !
Chalumeau chauffé, vite tu l’éteins
Chaloupe pour fuir ? Non
Cheval plutôt ! Pour un cavaleur, normal !
Chagrin pour Charlotte !
Chamboulé, chiffonné,
Chavire son cœur
Champagne trop frais
Charlotte aux fraises
Chaource chipoté…
Chalut, charlot. Hic !
Cheers et ciao
Chapitre clos !

182 – Le peintre- An Maï

Du bout de son pinceau, sur la toile il voyage
En créant chaque fois un nouveau paysage.
Voici un coin de ciel entre le bleu et l’or
Et l’océan profond pour planter le décor…


Presque sur l’horizon, il a peint un oiseau
Puis pour mieux réfléchir a posé son pinceau.
Il aurait pu placer au milieu de sa toile
Un bateau rouge et vert avec sa blanche voile,


Mais il a préféré un soleil jaune pâle
Dont le reflet sur l’eau tranquillement s’étale.
L’oiseau à l’horizon, continue à voler
Sur la grise nuée qu’il vient de dessiner


En deux tableaux Dali a planté le décor
Entre un coin de ciel bleu et un grand soleil d’or.
Le peintre voyageur avec lui nous emporte
Et de ses rêves fous il nous ouvre la porte.

180- Vieillir – An Maï

Est-ce un cadeau de vieillir ?
Avoir comme l’on dit
L’avenir dans le dos.
Marcher péniblement
En s’aidant d’une canne,
Sans attendre des autres
Une aide ou un regard.


Est-ce un cadeau de vieillir ?
Marcher, continuer
A aller de l’avant,
Portant à bout de bras
Sa vie, le poids des ans
Et tous ses souvenirs
Au fond d’un sac jetable.


Est-ce un cadeau de vieillir ?
Se dit la vieille dame.
Chapeau noir sur la tête
Et long manteau ouvert.
Sans sourire elle avance,
Légèrement courbée
Sur le trottoir hostile.


Est-ce un cadeau de vieillir ?


179- souvenirs – An Maï

Passe, passe le temps
Au fond d’un vieux carton
Mes souvenirs s’entassent.
Je crains que ne s’effacent
Les mots de la chanson
Et mes rêves d’antan.


Des livres poussiéreux
De dentelle entourés,
J’ai savouré les pages
Et ces blancs coquillages
Sagement alignés
Disent mes jours heureux.


Les aiguilles du Temps
De l’antique réveil
Ont cessé de tourner.
Allons ! Je dois ranger
Et remettre en sommeil
Ces restes émouvants.


Au fond d’un vieux carton
Des livres poussiéreux
Et cinq blancs coquillages,
Racontent d’un autre âge
Rêves et jours heureux.
Les mots de la chanson
Me reviennent. Je pleure…

178- L’ornithologue – An Maï

Saperlipopette Georgette arrête de ressasser toujours la même rengaine ! Je ne suis pas forgeron, comme notre père et son père avant lui ! Et alors ? Il faudra bien que tu t’y fasses un jour ! Je suis ornithologue ! Ce n’est pas un drame si je n’ai pas suivi leurs traces ! Enfermé dans la forge à façonner le métal, les joues rougies par les flammes comme eux, jamais ! Je sais, tu trouves que c’est le plus beau métier du monde ! Je sais que papa aurait tellement aimé que je prenne sa suite, comme lui a pris la suite de grand-pa ! Je sais tout ça mais c’était leur choix, pas le mien, point final !
Ils ne pouvaient déroger à la tradition et prendre un autre chemin dis-tu ! Bien sûr que si ! On a toujours
le choix pour peu qu’on le veuille de toutes ses forces !
Non, je ne suis pas une tête de linotte même si les oiseaux sont ma passion ! Non, ma vie ce n’est pas le
miroir aux alouettes dans le reflet duquel je me suis perdu au lieu de garder les pieds sur terre et de
suivre l’exemple de papa, comme tu me le répètes à longueur de journée !
Non, le livreur de cerveau ne s’est pas trompé à ma naissance en me dotant d’une toute petite cervelle de
moineau. !
Crois tu que ce Dieu omnipotent et omniprésent qui gouverne tout de là haut à t’entendre, aurait à ce oint perdu le contrôle de ma misérable existence ? Lui, le grand manitou, Maître du vent et de la pluie, de la morte saison et du renouveau, de la chaleur du soleil et de la danse des étoiles, Lui, le créateur de la mosaïque humaine dans sa merveilleuse diversité, aurait été incapable de diriger mes pas sur la bonne voie ? Non Georgette, si tant est qu’Il existe ainsi que tu me l’assures, il m’a mis à a place où je dois être.
Au chant du marteau sur le fer, je préfère mille fois celui des oiseaux !

177- Les romanichels – An Maï

Je me souviens, quand j’étais petite, nous les gosses, nous attendions leur venue avec impatience. Avec eux, c’est un peu de rêve qui arrivait au village porté par ce vent de liberté qui pousse celles et ceux qui ont brisé les chaînes d’une société policée, établie, convenable. Leurs roulottes aux couleurs vives, tirées par des chevaux, attiraient nos regards. Nous les appelions les romanichels, les romanos comme on disait de façon péjorative. S’ils faisaient rêver les gamins, ils faisaient peur à la plupart des adultes Pour eux, les romanos étaient des pouilleux, des voleurs de poules, des pas grand chose qui n’amènent que des ennuis là où ils se pointent. Ahhh on allait la surveiller de près la maison tout le temps qu’ils seraient là ! Certains avaient des chaussures mais beaucoup allaient pieds nus, surtout leurs enfants qui étaient beaux comme des soleils mais qui faisaient presque aussi peur que leurs parents !

  • Regardez moi ça m’âme Michel ces mioches dépenaillés et sales comme des peignes ! Y’en a sûrement pas un qui sait lire ou écrire là-dedans !
  • Vous avez raison ! Une honte ! Et leur tignasse doit être pleine de poux ! Faut pas laisser nos enfants les approcher sinon ils en attraperont, ça c’est sûr ! Parole, c’est que d’la vermine ces gens là, j’vous l’dis !
  • Et les femmes, vous avez vu comment elles exhibent leur poitrine ! Elles se croient où là ? On est des gens civilisés nous ! Des bons chrétiens, pas vrai monsieur le curé ? Et de se signer à tout va pour se préserver des mauvais sorts que jettent « ces gens-là », c’est bien connu !
  • Et je vous parle pas des hommes qui vous regardent de haut comme s’ils étaient les rois du monde alors que ce sont des voleurs, des bagarreurs, des moins que rien ! Il paraît même qu’ils volent les enfants !

Et bla bla bla et bla bla bla… Le pire soûlot du village faisait figure de saint homme face à  » Ces étrangers venus d’on ne sait où monsieur le maire ! Faut faire quelque chose ! »
Oh oui je me souviens de ce temps là ! Le soir nous allions en douce les voir installer leur campement.
Ça riait, ça parlait fort avec un accent indéfinissable, ça chantait au son du violon et de l’accordéon. Les femmes et les petites filles dansaient autour du feu en faisant tournoyer leur longue jupe…
Je me souviens aussi que peu de villageois manquaient à l’appel quand les romanichels exécrés, se
transformaient en saltimbanques pour donner leur spectacle sur la place, entre l’église et la mairie. -C’est qu’on a si peu de distraction ici, m’âme Michel !
Une chèvre, un chien savant, un cheval et sa jolie écuyère virevoltant au son du violon, quelques
acrobaties et le tour était joué. On oubliait jusqu’à la prochaine fois les méchancetés prononcées à leur arrivée. On applaudissait et on mettait sa petite pièce quand le panier passait parmi les spectateurs. Pour un soir, ils devenaient les comédiens de la chanson d’Aznavour. Le lendemain, il repartaient comme ils étaient venus dans leurs roulottes colorées.

175- Le banc solitaire – An Maï

Le banc solitaire


Il est seul, immobile devant son reflet
Il attend le passant qui viendra se poser
Le simple promeneur ou l’amoureux transi,
Le vieillard fatigué par le temps qui s’enfuit…


C’est un vieux banc usé, tristement solitaire
Q’on vienne s’y asseoir, voilà ce qu’il espère,
Mais il ne peut rien faire qu’attendre et attendre…
C’est un vieux banc de bois qui sent son cœur se fendre…


Et son reflet dans l’eau, aussi triste que lui
Ne le console pas de son mortel ennui !
Pas plus que ne le fait le murmure du vent
Qui ne ride que peu le miroir de l’étang.


Or voilà que soudain un joyeux bruit l’enchante
Des cris, des voix d’enfant… C’est la fin de l’attente
Heureux il tend les bras. « Venez ! » Semble-t-il dire.
Tandis que son reflet de joie tremble et s’étire

174 – Façonner la vie /An Maï

Les femmes d’autrefois, entre leurs mains habiles
Façonnaient avec soin les récipients d’argile
Qui allaient leur servir pour faire leur tambouille.
On en retrouve encore aujourd’hui dans les fouilles.
Éclats d’un temps lointain qu’on nomme préhistoire
Ces morceaux du passé sont un peu leur mémoire.
J’essaie d’imaginer leur vie si difficile.
Qu’auraient-elles pensé de nos rues, de nos villes,
De nos fours programmables, de nos casseroles
Qui cuisent nos repas à une allure folle ?
Nous vivons plus longtemps, nous croyons vivre mieux
Mais si nous regardions le Monde avec leurs yeux,
Nous verrions que courir sans cesse est inutle !
Le Temps se moque bien de nos courses futiles.
Façonnons chaque jour, sagement, avec soin
Comme disait ma mère : »Doucement va loin ! »