191 – La cabane / An Maï

Cabane au Canada ou château en Espagne,
L’enfant grimpé là-haut a lâché le ballon
Et construit de ses mains, dans l’arbre sa maison.
Rêve-t-il ce gamin au pays de cocagne


Où quand il sera grand, il cherchera fortune ?
De géantes cités sera-t-il bâtisseur
Ou bien deviendra-t-il du ciel explorateur
Et ira-t-il un jour se poser sur la lune ?


A moins que simplement, il ne parte en voiture
Au gré de ses envies vers d’autres horizons
Sera-t-il sur une île un nouveau Robinson ?
De Crusoë d’un trait, il a lu l’aventure.


En attendant il cloue une à une les planches
De sa maison perchée, de son palais de bois
Ce sera son domaine. Il sera le seul roi
De la belle cabane calée entre les branches


Il y invitera ses amis et son père,
Son héros, son mentor qui lui a tout appris
Qui lui a fait confiance et prêté ses outils.
Sans jamais s’en mêler , il l’a seul laissé faire.


Ni cabane lointaine ou royale demeure…
L’enfant grimpé là-haut reprendra sobn ballon
Et puis très sagement, apprendra ses leçons,
Les yeux sur la pendule où s’écoulent les heures.

191 – La petite fille des temps anciens / An Maï

Étendue sur sa couche d’herbe sèche, couverte d’une fourrure d’auroch,Ehi Sha se détend un peu en
repensant à tout ce qu’elle a appris aujourd’hui :
cueillir les baies comestibles dans les buissons piquants, remplir une outre d’eau et la ramener sans en renverser une goutte, tanner les peaux que les anciennes assembleront pour en faire des vêtements… Tout cela en guettant le moindre bruit furtif annonçant l’approche d’une bête sauvage assoiffée de sang. Oubliant un instant ses craintes, elle sent le sommeil la gagner.
Près d’elle, Sha Rah, sa mère, respire mieux. La toux qui lui déchire la poitrine jour et nuit, semble vouloir se calmer. La bouche grande ouverte, elle ronfle si fort que c’en est rassurant. Elle n’est pas la seule à faire du bruit. Il y a aussi ceux qui parlent en rêvant, ceux qui se tournent et se retournent en grognant sur leur couche parce qu’ils ne peuvent dormir à cause de ceux qui s’accouplent bruyamment. Il y a Ouhm Rah, la plus ancienne du clan, qui psalmodie en veillant sur le feu. Il y a les nourrissons qui geignent contre leur mère…Tous ces sons autour d’elle, c’est la vie !

Avant de fermer les yeux, elle regarde les parois sombres de la caverne faiblement éclairées par les braises rougeoyantes du foyer dans lequel Ouhm Rah remet du bois de temps à autre. Les dessins qui l’ornent sont si beaux ! Ils racontent les chasses qui ont vu périr tant d’hommes vaillants, jeunes et moins jeunes. Elle reconnaît le renne, le cheval, le bison ou l’auroch. Il y a d’autres animaux dont elle ne sait pas le nom. Il y a aussi des traces de mains.
Beaucoup sont celles des chasseurs. Combien de ces empreintes sont celles de disparus ?
Dans un petit coin connu d’elle seule, il y a les siennes. En voyant faire les grands, elle aussi a voulu laisser une trace pour se souvenir de l’avènement de son septième cycle. Nées du reflet des flammes, des ombres mouvantes dansent sur les sombres rochers redonnant la vie à ces animaux tués et mangés depuis longtemps.
Apaisée, Ehi Sha s’endort enfin.


(Un court extrait de mon roman «Les rêves d’Élisa», remanié pour la circonstance)

186 – L’âne / An Maï

Naseaux à la fenêtre l’âne vocalise,
C’est que d’être enfermé, vraiment ça le fait braire
Dans sa prison coincé, il ne sait trop que faire
Et de claustrophobie, il redoute la crise.

«Voyez ce que je vois, là bas dans l’herbe tendre
Cette ânesse jolie qui sans moi fait bombance
Et de pousses bien grasses se remplit la panse,»
Semble dire la bête qui braille à cœur fendre.
«Qu’ai-je fait dites moi pour mériter ce sort ?
A son aise elle mange tandis que j’ai faim,
Je n’ai eu pour repas qu’un dur quignon de pain,
On m’a mis à la diète, voudrait on ma mort ?
Je suis l’âne si doux, marchant le long des houx…
Vous savez, celui là, dans cette poésie
Dont vous disiez les vers si sagement appris !

Avez vous oublié ? Allez, souvenez vous ! »
Naseaux à la fenêtre, l’oreille tendue
L’âne guette l’ânesse qui festoie au loin
Il brait à fendre l’âme, elle ne répond point,
Trop occupée qu’elle est à brouter l’herbe drue.

184 – Je ne suis pas loin… / An Maï

Je suis partie pour rester a-t-elle dit avant de nous quitter mais son oeuvre reste et vient confirmer son propos. A travers ce qu’elle nous a laissé, elle est toujours là. Je ne la connais pas mais ces mots me donnent envie d’aller la rencontrer dans ces rues qu’elle a marquées de son sceau d’artiste.
Combien comme elle sont partis mais demeurent éternellement vivants. Si le cœur nous en dit, nous pouvons toujours les voir, les lire, les entendre : peintres, musiciens, poètes, écrivains… Et puis il y a les simples mortels qui eux aussi demeurent vivants pour toujours dans le cœur et la mémoire de ceux qui continuent à les aimer par delà ce départ définitif. Je le dis et le répète depuis des années parce que j’y crois : la seule et véritable mort pour ceux qui sont partis, c’est lorsqu’on finit par les oublier. Voilà pourquoi je garde au fond de moi, tels de précieux trésors, toutes celles et ceux que la mort a emportés vers cet au-delà auquel je ne suis pas sûre de croire. Ce dont je suis sûre, c’est qu’il est dans mon cœur. Ce n’est pas un puits de tristesse mais un ciel de douceur et d’amour. Un endroit chaleureux parce que j’y entretiens la flamme vive pour qu’elle reste allumée.

Pour mémoire, je vous mets la première et la dernière strophe d’un poème magnifique de Henry
Scott-Holland. qui fut faussement attribué à Charles Péguy (voir lien dans le nom de l’auteur)
«La mort n’est rien.


Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté.
Je suis moi, vous êtes vous.
Ce que j’étais pour vous, je le suis toujours…
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours été,
Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée,
simplement parce que je suis hors de votre vue ?

Je ne suis pas loin,juste de l’autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien.»

183 – Charles / An Maï

Chapeau Charles !
Chafouin charmeur charmant
Chasseur de cœur chanceux
Charnel séducteur chic
Chapardeur d’amour
Chanteur de sérénades
Chabada bada !
Chalumeau chauffé, vite tu l’éteins
Chaloupe pour fuir ? Non
Cheval plutôt ! Pour un cavaleur, normal !
Chagrin pour Charlotte !
Chamboulé, chiffonné,
Chavire son cœur
Champagne trop frais
Charlotte aux fraises
Chaource chipoté…
Chalut, charlot. Hic !
Cheers et ciao
Chapitre clos !

182 – Le peintre- An Maï

Du bout de son pinceau, sur la toile il voyage
En créant chaque fois un nouveau paysage.
Voici un coin de ciel entre le bleu et l’or
Et l’océan profond pour planter le décor…


Presque sur l’horizon, il a peint un oiseau
Puis pour mieux réfléchir a posé son pinceau.
Il aurait pu placer au milieu de sa toile
Un bateau rouge et vert avec sa blanche voile,


Mais il a préféré un soleil jaune pâle
Dont le reflet sur l’eau tranquillement s’étale.
L’oiseau à l’horizon, continue à voler
Sur la grise nuée qu’il vient de dessiner


En deux tableaux Dali a planté le décor
Entre un coin de ciel bleu et un grand soleil d’or.
Le peintre voyageur avec lui nous emporte
Et de ses rêves fous il nous ouvre la porte.

180- Vieillir – An Maï

Est-ce un cadeau de vieillir ?
Avoir comme l’on dit
L’avenir dans le dos.
Marcher péniblement
En s’aidant d’une canne,
Sans attendre des autres
Une aide ou un regard.


Est-ce un cadeau de vieillir ?
Marcher, continuer
A aller de l’avant,
Portant à bout de bras
Sa vie, le poids des ans
Et tous ses souvenirs
Au fond d’un sac jetable.


Est-ce un cadeau de vieillir ?
Se dit la vieille dame.
Chapeau noir sur la tête
Et long manteau ouvert.
Sans sourire elle avance,
Légèrement courbée
Sur le trottoir hostile.


Est-ce un cadeau de vieillir ?


179- souvenirs – An Maï

Passe, passe le temps
Au fond d’un vieux carton
Mes souvenirs s’entassent.
Je crains que ne s’effacent
Les mots de la chanson
Et mes rêves d’antan.


Des livres poussiéreux
De dentelle entourés,
J’ai savouré les pages
Et ces blancs coquillages
Sagement alignés
Disent mes jours heureux.


Les aiguilles du Temps
De l’antique réveil
Ont cessé de tourner.
Allons ! Je dois ranger
Et remettre en sommeil
Ces restes émouvants.


Au fond d’un vieux carton
Des livres poussiéreux
Et cinq blancs coquillages,
Racontent d’un autre âge
Rêves et jours heureux.
Les mots de la chanson
Me reviennent. Je pleure…

178- L’ornithologue – An Maï

Saperlipopette Georgette arrête de ressasser toujours la même rengaine ! Je ne suis pas forgeron, comme notre père et son père avant lui ! Et alors ? Il faudra bien que tu t’y fasses un jour ! Je suis ornithologue ! Ce n’est pas un drame si je n’ai pas suivi leurs traces ! Enfermé dans la forge à façonner le métal, les joues rougies par les flammes comme eux, jamais ! Je sais, tu trouves que c’est le plus beau métier du monde ! Je sais que papa aurait tellement aimé que je prenne sa suite, comme lui a pris la suite de grand-pa ! Je sais tout ça mais c’était leur choix, pas le mien, point final !
Ils ne pouvaient déroger à la tradition et prendre un autre chemin dis-tu ! Bien sûr que si ! On a toujours
le choix pour peu qu’on le veuille de toutes ses forces !
Non, je ne suis pas une tête de linotte même si les oiseaux sont ma passion ! Non, ma vie ce n’est pas le
miroir aux alouettes dans le reflet duquel je me suis perdu au lieu de garder les pieds sur terre et de
suivre l’exemple de papa, comme tu me le répètes à longueur de journée !
Non, le livreur de cerveau ne s’est pas trompé à ma naissance en me dotant d’une toute petite cervelle de
moineau. !
Crois tu que ce Dieu omnipotent et omniprésent qui gouverne tout de là haut à t’entendre, aurait à ce oint perdu le contrôle de ma misérable existence ? Lui, le grand manitou, Maître du vent et de la pluie, de la morte saison et du renouveau, de la chaleur du soleil et de la danse des étoiles, Lui, le créateur de la mosaïque humaine dans sa merveilleuse diversité, aurait été incapable de diriger mes pas sur la bonne voie ? Non Georgette, si tant est qu’Il existe ainsi que tu me l’assures, il m’a mis à a place où je dois être.
Au chant du marteau sur le fer, je préfère mille fois celui des oiseaux !

177- Les romanichels – An Maï

Je me souviens, quand j’étais petite, nous les gosses, nous attendions leur venue avec impatience. Avec eux, c’est un peu de rêve qui arrivait au village porté par ce vent de liberté qui pousse celles et ceux qui ont brisé les chaînes d’une société policée, établie, convenable. Leurs roulottes aux couleurs vives, tirées par des chevaux, attiraient nos regards. Nous les appelions les romanichels, les romanos comme on disait de façon péjorative. S’ils faisaient rêver les gamins, ils faisaient peur à la plupart des adultes Pour eux, les romanos étaient des pouilleux, des voleurs de poules, des pas grand chose qui n’amènent que des ennuis là où ils se pointent. Ahhh on allait la surveiller de près la maison tout le temps qu’ils seraient là ! Certains avaient des chaussures mais beaucoup allaient pieds nus, surtout leurs enfants qui étaient beaux comme des soleils mais qui faisaient presque aussi peur que leurs parents !

  • Regardez moi ça m’âme Michel ces mioches dépenaillés et sales comme des peignes ! Y’en a sûrement pas un qui sait lire ou écrire là-dedans !
  • Vous avez raison ! Une honte ! Et leur tignasse doit être pleine de poux ! Faut pas laisser nos enfants les approcher sinon ils en attraperont, ça c’est sûr ! Parole, c’est que d’la vermine ces gens là, j’vous l’dis !
  • Et les femmes, vous avez vu comment elles exhibent leur poitrine ! Elles se croient où là ? On est des gens civilisés nous ! Des bons chrétiens, pas vrai monsieur le curé ? Et de se signer à tout va pour se préserver des mauvais sorts que jettent « ces gens-là », c’est bien connu !
  • Et je vous parle pas des hommes qui vous regardent de haut comme s’ils étaient les rois du monde alors que ce sont des voleurs, des bagarreurs, des moins que rien ! Il paraît même qu’ils volent les enfants !

Et bla bla bla et bla bla bla… Le pire soûlot du village faisait figure de saint homme face à  » Ces étrangers venus d’on ne sait où monsieur le maire ! Faut faire quelque chose ! »
Oh oui je me souviens de ce temps là ! Le soir nous allions en douce les voir installer leur campement.
Ça riait, ça parlait fort avec un accent indéfinissable, ça chantait au son du violon et de l’accordéon. Les femmes et les petites filles dansaient autour du feu en faisant tournoyer leur longue jupe…
Je me souviens aussi que peu de villageois manquaient à l’appel quand les romanichels exécrés, se
transformaient en saltimbanques pour donner leur spectacle sur la place, entre l’église et la mairie. -C’est qu’on a si peu de distraction ici, m’âme Michel !
Une chèvre, un chien savant, un cheval et sa jolie écuyère virevoltant au son du violon, quelques
acrobaties et le tour était joué. On oubliait jusqu’à la prochaine fois les méchancetés prononcées à leur arrivée. On applaudissait et on mettait sa petite pièce quand le panier passait parmi les spectateurs. Pour un soir, ils devenaient les comédiens de la chanson d’Aznavour. Le lendemain, il repartaient comme ils étaient venus dans leurs roulottes colorées.