Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Maïa rejoignit les femmes affairées à
leur tambouille.
Elle ignora les regards de reproches et les murmures.
Toujours à rêvasser celle-là. C’est pas comme ça que les siens allaient manger
chaud.
Son homme était parti tôt à la chasse – son Tartarin comme elle l’appelait
souvent – et il allait bientôt rentrer, fier d’exhiber sa besace garnie d’un
pangolin chétif ou de quelques bécasses suicidaires.
Maïa allait devoir agrémenter ce festin d’une sauce bien épicée et d’un reste de
purée de patates douces.
Cette nuit elle avait fait le même rêve éveillé.
Il ne manquait pas de grandes surfaces incultes autour du village.
Elle y construirait un commerce pour y proposer viande de bison, fruits, baies
et colifichets.
Son projet qu’elle imaginait immense s’appellerait Aux Champs ou bien
Mammouth et tout le village s’y précipiterait dès l’ouverture …
Et pourquoi pas des outres de cuir, des calebasses de bois, des écuelles et des
gourdes ?
Sous la table les gamines se chamaillaient sans cesse. La fille de Maïa ne
cessait de lui réclamer une tablette pour y graver des LOL à destination de ses
copines … une tablette !
On n’avait pas encore inventé la roue mais le monde tournait déjà trop vite et
Maïa ne pouvait pas être en reste même si son Tartarin – fantasque et menteur –
freinait toutes ses initiatives.
En cuisine les femmes avaient fini leurs tâches et la fusillaient du regard.
Demain Maïa irait trouver le vieux sage qui ne s’exprimait que par paraboles.
Le seul mot de parabole était une énigme pour tous mais chacun tentait pour soi
d’y trouver une vérité.
Il leur parlait d’une étrange menace climatique au prétexte que cette année le
marigot était à sec bien avant l’heure.
Il saurait la conseiller quand elle lui aurait avoué son rêve insensé.
Au loin s’élevait une clameur.
Maïa soupira, son Tartarin était de retour au village et déjà les curieux
l’entouraient.
Les plus excités prenaient les devants à qui serait le premier à annoncer aux
femmes le dernier exploit du chasseur.
Cette fois il avait vu des petits hommes verts dans la forêt, des nains
fluorescents venus du ciel dans une immense écuelle …
Devant sa case le vieux sage se grattait la tête. Il allait devoir trouver une parabole pour ça.