Il avait cessé de regarder les cartes depuis longtemps.
La latitude ne lui disait plus rien, pas plus que les points cardinaux qu’on lui avait appris à suivre.
Tout ça appartenait à un monde qu’il avait quitté sans se retourner.
La nuit, seule une étoile persistait. Il ne savait même pas si elle existait vraiment ou si son esprit l’avait inventée pour ne pas sombrer. Mais c’était suffisant pour continuer à voyager, avancer, fuir peut-être.
L’énergie qui le portait n’avait plus rien de lumineux. C’était une tension sourde, presque violente, qui grondait sous sa peau. Quelque chose qu’il ne contrôlait plus. Il avait cru pouvoir conquérir sa vie, la plier à ses choix, mais il s’était trompé. On ne conquiert rien. On survit, au mieux.
Il avait traversé l’équateur comme on franchit une ligne invisible, en espérant que tout changerait de l’autre côté. Mais rien n’avait changé. Ou plutôt, si : lui.
Le trésor qu’il cherchait n’existait pas.
Ou pire… il existait, et il savait maintenant qu’il n’y aurait jamais accès.
Alors il continua d’avancer, sans direction, sans liberté réelle,
avec pour seule certitude ce changement silencieux qui l’éloignait
chaque jour un peu plus de ce qu’il avait été.
Ainsi vit il toujours dans ce peuple opprimé, et l’espoir s’est envolé,
il a baissé les bras, il n’en peut plus de se battre contre des moulins à vent.
Catégorie : Écridelle
186 – Ne sais pas braire – Ecridelle
Vous voyez ce que je vois ??
L’âne de Germaine n’en revient pas.
Il écarquille un œil, et se demande si à son foin n’était on a pas ajouté de l’herbe qui fait voir la vie en rose !
Déjà depuis quelques jours il entendait des bruits bizarres de son box fermé, mais là, il peut voir, la porte est ouverte !
La Germaine, assise sur botte de foin, qui fait des vocalises !
Non mais quoi alors !! L’âne , planté dans son box, la tête appuyée sur la porte
est tout tourneboulé par cette vision !
C’est que la Germaine, elle chante comme lui il brait quand il engrosse l’ânesse !
Passe le fermier son époux depuis des lustres qui lui crie ;
_Alors la Germaine toujours partante pour The Voice ?
Puis il se met à rire et s’en va nourrir ses bêtes.
Ah ben voilà pense l’âne, La Germaine s’est inscrite à un concours de chant !!
Mais la pauvre ! Faut lui dire !! Faut lui dire ! Elle ne sait pas chanter.
Il comprends pourquoi depuis qu’elle fait ça, que;
Sa voix empêche de pondre les poules !
Le coq ne fornique plus,
Les canards ne viennent plus à la mare ni manger,
le cochon ne se roule plus dans la boue,
Les lapines n’en sont plus car les lapins les ignorent pour se boucher les oreilles,
Les vaches donnent du lait caillé.
L’âne comprends que la ferme va mal !
Mais que faire pour que la Germaine cesse ses vocalises ?
Il n’est qu’un âne à qui l’intelligence n’a pas été offerte en prime !
Mais il a une idée;
Quand elle va venir lui donner sa pitance, il va la culbuter dans le box !
Oh juste un peu bien sur, juste le temps qu’elle avale de la poussière
et que sa gorge soit irritée et qu’elle devienne aphone.
Finalement elle verra ainsi que tout va reprendre son cours normal car hier encore il l’avait entendue se plaindre que les bêtes avaient quelque chose d’étrange ! Pour sur ! C’est sa voix qui les indispose !
Elle le comprendra quand même, elle, elle l’a eue l’intelligence !
175 – Ne me laissez pas seul /Ecridelle
Immobile
Je n’ose presque pas respirer.. L’anxiété me serre la gorge,
j’ai l’impression de gonfler. L’angoisse n’est pas loin…
Non ! Ne pas céder à la panique !
Je reste là, immobile, dans l’attente depuis des jours.
Quelqu’un viendra. Ils ne peuvent pas me laisser mourir comme ça !
La verdure est calme, aucune brise dans les feuilles .
Seule l’eau de l’étang semble vivante.
Je m’y reflète et dieu que j’ai peur de me voir si seul, abandonné !
Avant, ils venaient, ils me caressaient, ils me confiaient des secrets !
Et jamais je le jure je ne les ai divulgués !
Pourquoi alors me laisser seul. Mon cœur bat la chamade.
Vais-je, ma vie durant, pourrir ici ?
Pourtant je suis encore résistant, je suis encore utile.
Avant je les entendais me parler, me complimenter.
Je me sentais important. Confiant de les rendre heureux.
Mais aujourd’hui, plus personne ne vient. Pourtant je n’ai pas changé,
j’ai juste pris quelques années de plus et je suis disponible, toujours.
Je me sens si seul et cette anxiété qui me serre le cœur.
J’ai peur, si peur de rester seul ici. Je sais que l’endroit est beau,
calme, reposant et verdoyant mais ne m’y laissez pas seul.
Je vous attends. Prenez le temps. Venez vous asseoir.
Vous verrez , vous pouvez tout me dire.
Je ne suis que le banc de bois, gardien de tous vos secrets.
174 – Légende de la tambouille /Ecridelle
Légende de la tambouille
Ta terre rouge entre mes mains patientes,
Au bord de la rivière où fume le matinal feu,
Marmites d’argile devant moi, comme des trésors,
Braises rougies, gardiennes des secrets anciens,
Oubliés des plus jeunes veillant sur la clairière.
Ustensiles façonnés dans la pierre et l’importance.
Instinct et partage mêlés dans les jarres sacrées.
Lentement mijote la vie autour du foyer,
Légende murmurée au rythme des flammes,
En chaque tambouille renaît la mémoire des anciens.
173 – L’Emberlificoteuse /Ecridelle

L’emberlificoteuse
La Guénuche avait plus d’un tour dans son sac, et malgré son sourire Gelasin, elle n’avait pas peur de se faire Tancer quand elle pratiquait la Pétoffe sans aucune vergogne !
Les bachelettes la fuyait , soupçonnant toujours la donzelle de Messéance !
D’ailleurs elle provoquait souvent les Malenchères !
On lui connaissait la facilité de commettre des Patarafes mais cela n’empêchait
pas les Débonnaires de tomber dans ses filets.
Elle les conviait chez elle, leur faisait ses scènes de séduction, puis à coups de déhanchements subtiles sous sa jupe courte à volants aériens, elle se baissait pour sortir le gâteau du four qu’elle Plamottait devant eux avant de leur offrir !
Ce qu’il ne savait pas ces bons Messieurs, c’est qu’elle y glissait un philtre magique et qu’après l’avoir goûté ce fameux gâteau, ils avaient la signature facile sur leur carnet de chèque ou la main leste dans leur portefeuille…
Deux ou trois lui léguèrent d’ailleurs quelques patrimoines appréciables.
Bien sur aucun d’eux ne s’en plaignit, bien trop honteux de leur comportement.
Voilà bien qui prouve qu’être une Guénuche vaut son pesant d’or quand on sait y faire, mais tous ces bons messieurs vous diront qu’elle avait des atouts certains.
Le secret des bols/Ecridelle
Le secret des bols

Il était une fois 4 bols de couleur.
En semaine on trempait dans chacun, tartine de beurre et banania miam miam !
Chacun avait sa couleur ;
Le jaune pour Patricia, le mauve pour Florence,
le vert pour Nadège, le Marron pour Chantal.
Il était une fois 4 bols de couleur qui attendait ces demoiselles.
Pendant ce temps, ils discutaillaient entre eux.
__ Le jaune à Patricia disait au bol de Chantal que sa couleur marron était merdique !
__ Le bol marron de Chantal répliquait que son teint de bol avait la couleur de la jaunisse !
__ Le bol vert de Nadège, toujours à viré au vert faisait la tête, jalousant la couleur du bol mauve de Florence qui elle, se la pétait toujours, en version de ses personnalités multiples.
Ce beau monde de bols s’enflammait ainsi la semaine mais le dimanche c’était une autre histoire;
Le dimanche c’était croissant, pain aux chocolat,
brioche et pain aux raisins.
Ce jour là c’était les petites réflexions des viennoiseries !
La brioche disait au pain de raisins,
__ Mais tu as vu comme tu es pourri avec tes taches de moisi !
Le pain aux raisins lui répondait;
__Et toi alors !! Tu es gonflé comme une baudruche avec tes kg en trop !
Et le pain au chocolat de dire au croissant;
Mais tu as vu ta drôle de forme, on dirait que tu vas te mordre la tête et la queue en même temps !
Et le croissant de répondre au pain au chocolat;
__ Non mais dis donc, est que je te demande pourquoi tu as de la crotte aux fessex moi ?
Ainsi se passait les petits dejs à la maison des 5 filles de la famille !
Vous devez vous dire ah mais alors pourquoi que 4 bols si elles sont 5 filles ?
Tout simplement car c’est moi l’ainée qui préparait les ptis dejs pour mes 4 petites sœurs, me levant toujours en même temps que Maman pour l’aider et je déjeunais bien avant mes sœurs…
Seuls les instruments métalliques se taisaient se suffisant à eux mêmes de leur musique !



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