194 – A la terrasse du café – François

À la terrasse du café,
À l’ombre du parasol,
Ils sont là pour se délasser,
Au café « le Bristol ».

Trois cacahuètes,
Posés dans une soucoupe,
Un amour pour conter fleurette,
Et des sentiments qui chaloupent,

Aidés par deux petits verres anisés
Où baigne des glaçons.
Ils boivent cette boisson prisée,
En partageant des émotions.

À quoi bon s’exposer à la chaleur,
Quand on s’aime à l’abri du soleil,
Devant un verre blond comme le miel
N’est-ce pas là le bonheur ?

194 – Que faire le dimanche / Lilou

Le dimanche est un drôle de jour. On l’attend toute la semaine et, une fois arrivé, on se demande ce qu’on va bien pouvoir en faire. Surtout lorsqu’il fait un soleil insolent et que personne n’a eu la bonne idée de vous inviter à déjeuner.
Première décision : s’habiller. Pas n’importe comment. Le dimanche mérite mieux que le vieux survêtement qui a connu trois confinements et deux couches de peinture. Non, aujourd’hui, c’est robe à bretelles. Bleue, de préférence. Le bleu fait des miracles : il donne bonne mine, inspire confiance et fait croire qu’on revient de vacances. La robe sera suffisamment courte pour laisser respirer les mollets, mais pas assez pour provoquer un embouteillage sur le trottoir. L’élégance, c’est l’art de laisser travailler l’imagination des autres.
Ensuite, il faut un chien. Le vôtre si vous avez eu la bonne idée d’en adopter un. Sinon, empruntez celui de votre vieille voisine. Elle vous bénira, le chien aussi. À défaut, poussez la porte de la SPA. Qui sait ? Vous y trouverez peut-être un compagnon à quatre pattes aussi esseulé que vous. Deux solitudes qui se rencontrent, c’est souvent le début d’une belle histoire. Et, entre nous, un chien vous regarde toujours avec davantage d’admiration qu’un être humain.
Vous voilà partis. Le chien devant, vous derrière. C’est lui qui décide de l’itinéraire ; inutile de lutter. Chaque réverbère mérite une expertise olfactive approfondie. Chaque platane raconte une histoire. Quant au pipi réglementaire, il se fera dans le caniveau. Nous sommes des gens civilisés.
Marchez sans but. Les dimanches n’aiment pas les programmes. Ils préfèrent les détours. Respirez les lilas, ou, s’il n’y en a pas, respirez quand même : l’imagination est un parfum gratuit.
Et puis, comme par enchantement, apparaît une terrasse de café. Il y en a toujours une qui vous attend. Les parasols font semblant de protéger du soleil, les habitués refont le monde pour la huit millième fois et un enfant tente d’escalader un lampadaire sous les protestations maternelles. C’est rassurant : certaines scènes résistent au temps.
Installez-vous. Un jus de pomme avec une paille. Oui, une paille. Parce qu’il n’y a pas d’âge pour boire en faisant des bulles, même si l’on évitera de le faire devant les voisins de table. Laissez le chien observer les pigeons avec des rêves de chasseur contrarié.
Et maintenant… attendez.
Le dimanche est le seul jour où il peut encore se passer quelque chose sans qu’on l’ait prévu. Un inconnu qui sourit. Une vieille chanson qui passe à la radio. Un bouquet de fleurs qu’on n’ose pas vous offrir. Une conversation qui commence par : « Il est gentil, votre chien ! »
Même si le chien n’est pas le vôtre.
Finalement, le dimanche, ce n’est peut-être pas le jour du Seigneur ; c’est celui des possibles.


194 – Paysages de terrasse – Laura

Cannelle peut se souvenir
Du paysage de la terrasse familiale, où elle ne se souvient pas d’avoir mangé ni bu quoique ce soit
Du paysage de la terrasse de la ville de naissance. où elle guettait la venue du beau brun qui ressemblait à Étienne Daho
Nombreuses terrasses
Avec son défunt mari
Sa première terrasse, se sa première fois au bord de la méditerranée 
La terrasse de la brasserie Georges à Lyon, où ils se donnaient rendez-vous.
La terrasse d’où il virent le feu d’artifice de la nouvelle année sur le Bosphore
La terrasse du café, hors de prix à Venise
La terrasse des Deux Garçons à Aix-en-Provence.
Des terrasses de café à deux.
Le partage dans un lieu
Deux regards. Deux mains.
Ça  lui manque oui
Mais elle sait être seule. Sur leurs paysages de terrasses ou sur de nouveaux paysages de terrasse. Se souvenir oui, mais en vivre d’autres. Comme celle d’ Eduardo Ungar que nous propose Mil et une encore cette semaine.
Mil et une encore n’est-il pas une terrasse de café où on parle d’écriture en mangeant des mots et en buvant des silences.

http://www.lauravanel-coytte.com/la-brasserie-georges

194 – la terrasse du café en été – J.Libert

Les vacanciers étaient venus chercher un refuge ombragé sur la terrasse du café « Les Voiliers ». C’était un après midi d’été parfait, de ceux où la chaleur enveloppe tout dans une douce torpeur, incitant à la paresse, à la décontraction totale.
Au-dessus des petites tables rondes où ils s’étaient installés, seul ou par groupe de deux ou trois, claquaient doucement de larges parasols enveloppants, à rayures jaunes et vertes. Sous l’effet d’une brise marine salvatrice, ils ne laissaient passer qu’une clarté tamisée et fraîche.
Ce décor aux couleurs vives, hardiment tranchées, aux personnages ronds et potelés, respirait une bonhomie naïve. Presque tous tournaient le dos à la mer dont le scintillement trop vif aurait blessé la vue. On entendait ou plutôt on devinait seulement le murmure régulier, lancinant, des vagues venant s’échouer le long de la jetée.
À une table, au premier plan, une femme seule, en robe bleue, courte et légère, porte cigarettes entre les doigts, ébauchait une conversation avec l’homme au pull orange qui cachait un bouquet surprise derrière son dos.
À sa gauche, un couple restait coi devant les exploits de leur fils qui prenait le réverbère pour une corde lisse tandis que, derrière elle, plusieurs randonneurs, les yeux rivés sur une carte de la région, préparaient une prochaine excursion.
Enfin, au loin, au niveau d’un bassin d’eau, deux femmes, en maillot de bain, allongées sur le dos, se doraient au soleil.
Le serveur zigzaguait, avec agilité, entre les tables, portant un plateau chargé de glaces multicolores et de boissons pétillantes.
Le temps semblait suspendu. Dans l’air, flottait un parfum d’iode et de café chaud. Sur cette terrasse, il n’y avait plus que le présent, le bruit du ressac, la fraîcheur de l’ombre et le goût sucré des vacances.

194 – Sous les parasols du temps – Marie Sylvie

Sous les parasols de la toile
Il y a cette manière étrange qu’ont les couleurs de retenir le temps.
Le vert et le jaune s’y étalent comme des promesses de chaleur
Des promesses de lenteur.
Les silhouettes
Rondes et pleines
Semblent faites de la même matière que les après‑midi d’Été :
Un mélange de soleil
De paresse
De conversations qui tournent en rond sans jamais s’épuiser.
On dirait que le peintre a voulu capturer l’instant juste avant qu’il ne glisse
Juste avant qu’il ne s’efface.
Un monde où rien ne presse
Où même le serveur
Figé dans son pas de côté
Devient un personnage de théâtre
Un acteur immobile dans une pièce sans fin.

Et chaque fois que je regarde cette toile
Je revois mes trajets en tramway
Place de la République.
Le Mans défilait derrière la vitre
Mais la place
Elle
Semblait toujours m’attendre.
Toujours la même lumière
Toujours les mêmes ombres sous les parasols des cafetiers.
Et surtout
Toujours les mêmes étudiants de Technopole Université
Échappés de leur quartier trop sage
Trop silencieux
Trop neuf pour offrir autre chose que des salles de cours et des trottoirs vides.

Ils disaient s’ennuyer là‑bas
Dans ce morceau de ville qui ressemblait à une parenthèse sans phrase.
Alors ils prenaient leurs voitures
Ou le tramway
Et venaient s’installer place de la République comme on s’installe dans une histoire qui ne demande rien.
Je les aurais imaginés à la Médiathèque
Penchés sur des livres
Ou flânant dans les librairies
Cherchant des pages à ouvrir
Des mondes à explorer.
Mais non …
Ils préféraient la terrasse
Ce refuge de lumière où l’on peut exister sans effort
Où l’on peut se laisser porter par le simple fait d’être là.

À chacun de mes passages quotidiens
J’avais l’impression d’un arrêt sur image.
Le tramway avançait
Mais eux restaient.
Toujours aux mêmes tables
Toujours dans les mêmes vêtements
Toujours avec les mêmes consommations.
Un café crème
Un soda
Un verre d’eau
Un sourire qui ne change pas.
Comme si la ville les avait peints
Comme si elle avait décidé de les garder dans une boucle de jeunesse immobile.
Ils étaient les personnages d’un tableau que je traversais sans jamais y entrer
Une scène répétée à l’infini
Un morceau de vie qui ne vieillissait pas.

Et moi
Dans le tramway
Je devenais spectatrice.
Je voyais le bouquet derrière le dos d’un garçon
Prêt à être offert
Ou peut‑être jamais donné.
Je voyais le petit chien attaché à son pot de fleurs
Fidèle gardien d’un instant qui ne bouge pas.
Je voyais les tables rondes
Comme des îlots de chaleur
Des cercles où l’on se raconte des choses qui n’ont pas besoin d’être importantes pour exister.

Aujourd’hui
En regardant cette toile de Eduardo Ungar
Je comprends que ce ●souvenir n’était pas seulement une scène répétée.
C’était une manière pour la ville de me dire que certains instants ne cherchent pas à avancer.
Ils se contentent d’être là
Posés comme des couleurs épaisses
Comme des parasols immobiles.
Et moi je les ai traversés sans les déranger
Comme on traverse un tableau sans y laisser d’ombre.

194 – Les vieux amis / An Maï

Rappelle toi mon ami, mon vieux copain d’enfance, de ce baiser sur ta joue déjà ronde. Nous avions passé l’après midi à jouer au Monopoly avec mon frère et ta sœur. Tu guignais l’Avenue des Champs-Élysées et la Rue de la Paix. Je tes les avais soufflées sous le nez. Tu m’en avais tellement voulu que ça avait fait rire les autres ! Énervé plus que de raison, tu avais balayé cartes et pions d’un revers de main rageur avant de quitter la table et d’aller bouder tout seul dans ton coin. Nous n’étions que des gosses mais ce souvenir reste gravé dans ma mémoire, tout comme celui de notre réconciliation avec ce baiser sur ta joue et ces mots de consolation que je t’avais murmurés à l’oreille :« Promis Jacquou, la prochaine partie je te les laisse !»
Nous avons grandi Jacques ! Les rondeurs toi et moi, nous les avons prises de partout. Mais qu’importe que les années nous aient changés, jusqu’à aujourd’hui, nous sommes parvenus à rester les meilleurs amis du monde. Oh ! Comme je voudrais que rien ne change ! Assise à la terrasse du Grand Café, sous l’un des parasols jaune et vert qui la fleurissent, je t’ai vu arriver, ton bouquet de fleurs caché dans le dos. Je sais ce que tu mijotes mon vieux pote ! Je sais que tu crèves d’envie d’entamer avec moi une partie d’un tout autre genre que celles qui nous rassemblaient autour d’une carte de Monopoly.
Depuis bien des jours, crois-moi, j’ai capté tous les signaux que tu m’envoies ! Déjà, quand tu étais môme, tu ne savais pas dissimuler tes sentiments !
Mon cher Jacquou, comment te dire sans te blesser que ce que tu rêves d’emporter et qui est pour toi tellement plus important que l’Avenue des Champs-Élysées et la Rue de la Paix réunies, tu ne l’obtiendras pas. Notre amitié m’est précieuse, la perdre me ferait énormément souffrir ! Pourtant, je crains que cette fois, aucun baiser sur ta joue ronde, ne puisse en recoller les morceaux quand je t’aurai dit ce qu’assurément, tu ne souhaites pas entendre. Cigarette à la main, assise à cette table devant le verre que je m’apprêtais à siroter, je t’observe du coin de l’œil. Tu es si prévisible mon vieil ami, que j’entends déjà ce que tu veux me dire ! Et je vais t’arrêter avant que tu ne le fasses ! Je le dois au souvenir sacré de notre amitié d’enfance. J’ai quelqu’un dans ma vie alors Jaques, même si ça doit te briser le cœur, il faut que tu acceptes le fait que nous ne serons jamais rien d’autre que de vieux amis.

194 – L’incontournable – Jill Bill

En terrasse, nous avons quoi, ce jour…. !?

Un dragueur, on le voit à sa mine
Enfin, à son bouquet d’fleurs…
Ca amuse cette Saprich
Au porte-cigarette qui
Délaisse quelque peu son York……

Un trio masculin
Au menu, politique !!

Un couple
Et son bon p’tit diable
En mode ouisiti !!!
Et pour lui, ce sera
Glace à la banane !

Deux bonnes femmes en maillot
En commande, zéro !!!
Ca agace Ignace, le serveur….
L’autre supervise, de loin, calculateur !

Ainsi va l’air de l’été,
De terrasse en terrasse
Avec ou sans pourboire
Sous les parasols bicolores…

Et ça fait du souvenir……. !

193 – les enfants au parapluie – François

Après avoir traversé Annemasse
Avant de rejoindre la Suisse,
Elle se sentit un peu lasse.
Attirée par un magnifique édifice,
Elle fit étape à Ville la Grand.

L’Église Mammès et son campanile.
Furent à ses yeux très surprenants.
Du village, du haut de ses talons aiguilles,
Elle n’était pas indifférente.

Le jardin des amours fit son bonheur,
Pour une statue en bronze de deux enfants.
Elle eut un véritable coup de cœur.

Elle s’appelait « Les enfants au parapluie ».
Était-ce des frères et des sœurs,
Qui semblaient enlacés pour se protéger de la pluie ?
Son sculpteur ne nous l’a pas dit,
Christian Maas, il s’appelle.

Ce bronze était là, pour défier la pluie,
Avec ses beaux aplombs la statue était belle.
Elle témoignait du climat,
Qui règne en Haute Savoie.
Après l’avoir vu, elle fera quelque pas,
Et vers, la Suisse tracera sa voie.

193 – le baiser inattendu / Lilou

Cela faisait longtemps que Val boudait. Lui en avait assez de jouer tout seul ; frère et sœur, c’est fait pour s’entendre, pour faire des bêtises, et surtout des bêtises.
Un jour d’ennui, où les cartes n’avaient plus aucun intérêt, où les sept familles s’étaient brouillées, où tout l’argent du Monopoly était dépensé, où la pyramide de dominos s’était écroulée et où les rollers avaient un peu trop égratigné les genoux, les deux gamins cherchaient une nouvelle occupation.
Ben, après avoir taquiné le chat Grisou qui avait craché de colère, ouvrit la porte de la cage de Kiki, le canari de Val. D’abord hésitant, Kiki prit un envol vigoureux. Peu habitué, il parcourut la pièce dans tous les sens sans trop savoir où il allait, se posant un peu partout, même à la portée de Grisou qui, un œil ouvert, guettait son passage. Se rendant compte de la difficulté à rattraper l’oiseau, Ben, dans un trait de génie, ouvrit la fenêtre, et le canari s’envola vers d’autres cieux. Val pleura son Kiki. Plus jamais elle ne l’entendrait chanter, et la dispute éclata :

— Méchant ! cria-t-elle sans pouvoir retenir ses larmes.

Depuis, Val tournait le dos à son frère. Pas de rires à partager, pas de goûter à s’échanger ou à chiper ; seulement le silence et le regard triste de Val. Ben, après s’être fait proprement gronder, compta son argent de poche et présenta les quelques euros à sa sœur.

— Viens, lui dit-il en s’approchant timidement, allons chez le marchand acheter un autre Kiki.

Alors, Val prit son frère par le cou et lui claqua un gros baiser sonore sur la joue.