J’ai bien connu Miss-tic, jadis, Elle sortait dans la nuit profonde, Avec ses pochoirs et sa bombe. Pour peindre des dessins poétiques.
Au début, elle a eu des ennuis, Mais sur la Butte-Aux-Cailles elle fut appréciée, Ses œuvres sur les murs étaient réclamées avec envie. C’était la poétesse de rue de grande notoriété.
La femme y était représentée, Avec sa chevelure noire et rouge, Défendant la cause féminine avec volonté. Et son émancipation pour que tout bouge.
La critique sociale elle pratiquait. Cynique Elle parlait des jeux de l’amour, Le Calembour s’inscrivait dans sa pratique.
Très forte est l’œuvre que nous a laissée Miss-tic Elle demeure dans tous nos souvenirs. Dans le fond d’art de la ville de Paris, Et au Victoria Albert Muséum aussi.
Effectivement, elle est partie pour rester. En disant, Je ne veux pas laisser de traces et ne fais que passer. Maintenant, On peut voir, sur ses pochoirs. L’émergence d’un street-art qu’il ne faut pas laisser choir.
1960, premier signe, des messages écrits, mais aussi des dessins font leur apparition sur les murs. Je me rappelle avoir lu dans un livre, quel était le premier mouvement qui a déclenché une suite d’enchaînement tragique. Effet papillon, ça vous dit quelque chose. Il fut nommé le « Graffiti writing » un garçon prénommé Darryl Mc Cray a commencé à taguer des inscriptions sur les murs de son quartier. Son geste n’est que pure déclaration amoureuse. Ainsi, il peint « Cornbread loves Cynthia ». Cela a rapidement évolué en un acte social et fut un déclencheur mondial. C’est le début d’une forme d’art qui va bouleverser tous les codes. 1974, on peut apercevoir des fresques de propagande qui envahissent les murs, marqués par les contestations politiques, sociales ou économiques. Dans tous pays, on peut observer des peintures appelées fresque murale, tag, flop, graff, pochoir, wildstyle, certains graffeurs sont même plutôt doués. Qui est ce jeune garçon, qui a laissé plein de message dans tous son quartier pour montrer son amour ? Pourquoi avoir choisi un mur pour communiquer ? Pourquoi ça a pris autant d’ampleur ? Est-ce de l’art ou un avertissement ? Certaines personnes y voient de la provocation. D’autres verront sur des photos historiques à l’arrière-plan des œuvres, des individus habillés un peu différemment ou avec un objet non connu pour l’époque. De ce fait, un petit groupe de suspicieux pensé qu’effectivement quelque chose se préparait. Ils pensèrent que certains propos autant graphique comme écrits, n’était pas de l’art, mais plutôt un signe, pour nous prévenir de notre chute, nous terriens, nous de l’espèce humaine. C’est grâce à eux que je suis né. Certains éprouvent une angoisse tant, ces symboles graphiques deviennent de plus en plus nombreux et agite les foules. L’art mural devient alors artistique mais aussi brutal, agressif, virulent, troublant. À New York pendant les guerres de territoire entre clans, ceux-ci écrivent leurs noms de crew sur les murs. C’est alors que la guerre civile s’intensifie. L’état social commence peu à peu à s’effriter. Les hommes politiques s’emparent de la condition actuelle, pour employer des graffeurs afin de rassembler le peuple à leurs propres idéaux. Soit éviter plus de heurts, soit pour le pouvoir. Par la suite, cela devient un art illégal. Les graffeurs sont traqués et abattus. Les villes sont sous contrôle politique. Des drones font leurs apparitions à échelle mondiale afin de surveiller les moindres faits et gestes des citoyens. La moindre infraction est susceptible d’un arrêt des forces de l’ordre au risque de se faire tuer. Les pays, ne sont plus que noirceur, peu de gens sorte de chez eux. Il est impératif de suivre le mouvement politique et de se taire. Sinon… C’est alors que des résistants font leurs apparitions. Ils continuent malgré tout à graffer leurs opinions. Les murs sont rapidement saturés et au fil du temps, les graffitis les plus anciens sont peu à peu effacés par l’ajout de nouvelles œuvres, créant une superposition constante. Le monde perd pied. De ce que j’en ai appris, les Terriens étaient la première compagnie dans cette galaxie et la dernière. Malgré tous les messages envoyés de la part de mes prédécesseurs, qui grâce à notre technologie ont pu retourner dans le passé pour essayer de les prévenir en ce mêlant à leur street art. Elle fut détruite en 2027. Les Terriens n’ont fait qu’observer en fermant les yeux et se sont détruit. Notre parole graffée étant considérée comme *« d’art bâtard des rues mal famées » Ils se les ont accaparés pour en faire d’autres à leurs propres images. Certains étaient plutôt imaginatifs de leurs plumes, de leurs bombes de peinture. Et notre voix fût écrasée, oublié. La rage, la haine, la violence, la colère, la discrimination, les inégalités, l’exclusion sociale etc., ont causé leurs pertes. Au début silencieuse, la guerre civile s’est propagée dans chaque pays pour finir par un conflit international. Les dirigeants de chaque nation voulaient profiter de l’état de faiblesse de son voisin pour récupérer ses richesses. Les avancées technologiques les ont emmenées vers leur destruction fatale. Boum !!!! Plus de planète.
Heureusement, les suspicieux ont su y faire face. Ils étaient au départ une quinzaine dont leur chef se prénommait *Aïko. Il a eu comme projet de concevoir un vaisseau spatial capable d’emmener 500 personnes sur une autre planète habitable pour reconstruire un monde plus stable, plus serein, sans violence, à l’égalité sociale, sans jalousie, sans dirigeant. Les bâtisseurs de cette civilisation étaient choisis en fonction d’un sens moral bien défini, le respect, l’intégration, l’altruisme. Mais aussi, ceux susceptibles d’apporter leur savoir-faire, scientifique, professeur, grand philosophe, écrivain, médecin, historien, etc. Le jour J, ils ont tous embarqué dans un vaisseau en capacité de naviguer dans l’espace parmi la matière noire et les galaxies, et bien d’autres phénomènes que l’homme ne connaissait pas encore. Pour fuir un monde à l’agonie dans un espoir désespéré. Et c’est comme ça que ma planète a vu le jour. Ils l’ont façonné à leur image avec ce qu’ils avaient tiré des erreurs de nos ancêtres les Terriens. Je suis né en 2145 sur la planète Kibou, dont le nom a été choisi en fonction de sa signification japonaise, d’espoir et de lumière. Je m’appelle Hope, je suis Kiboutien J’ai 35 ans et je suis en première année d’histoire. Dois-je remercier mes ancêtres les Terriens d’être né ? À quoi aura servi ma naissance ? Aujourd’hui, je laisse ce message, pas sur un mur, mais dans une boîte que nous avons décidé d’enterrer au pied de la statue d’Aïko sans qui nous ne saurions pas là. Nous avons par décision commune fait le choix de ne plus nous enfuir, mais d’accepter notre vraie nature. J’ai peur, car aujourd’hui, le 9 mars 2180 est apparu sur un mur, un tag :
*En 1933, le photographe et essayiste Brassaï qualifie les graffitis « d’art bâtard des rues mal famées ». *Aïko, prénom mixte signifiant, enfant de l’amour.
Elle s’était perdue dans cette relation toxique. Ce qu’elle partageait depuis vingt ans avec cet homme, sans violence, sans cris, pouvait sembler le bonheur à ceux de passage. Cela l’avait été d’ailleurs. Ils s’étaient aimés, ils avaient été tendres, attentionnés l’un envers l’autre. Les longues promenades dans les bois avec le chien avaient été de doux moments. Chaque venue de ses enfants l’avait été aussi.
Avec le temps, l’amour se transforme ; chacun devient un autre et parfois oublie d’être encore un peu pour l’autre, oublie de rester attentif aux besoins de l’autre, à son rythme, à ses envies. Lui avait oublié trop vite. Elle avait cru qu’en faisant taire ce qu’elle était vraiment, ce qu’elle aimait, en étant attentive et attentionnée pour deux, cela suffirait à entretenir la flamme. Mais la flamme avait faibli jusqu’à devenir imperceptible. L’amour était devenu habitudes, rien que des habitudes. Alors elle était partie, partie pour ne pas se perdre, partie pour rester elle-même, partie pour rester ancrée dans la vie.
Un jour, je suis partie pour un pays lointain L’avais décidé, sur le champ, un beau matin Là bas, tout là bas, à l’Est, au-delà du Rhin. Sans me retourner, suis allée au bout du monde Visiter la terre, m’assurer qu’elle était ronde, Heureuse et fière de mon équipée vagabonde. Je suis rentrée alors, des rêves plein la tête Grisée par les voyages et le cœur en fête Avec les images uniques de notre comète. J’ai dessiné sur une grande feuille bleue La couleur fulgurante des nuées de feu Qui courent emportées par les vents orageux La tendre fusion de la mer et des cieux, Le vol dans les airs de l’oiseau silencieux Et la brillance d’or d’un soleil radieux. Mais si je suis partie pour un pays lointain Suis rentrée pour rester dans le giron des miens.
Je suis partie pour rester, car on ne s’efface jamais vraiment quand on a dessiné ses rêves sur les murs de la ville. On ne quitte pas Paris, on s’y infiltre, on devient le grain du crépi, l’ombre d’une porte cochère, le reflet dans une flaque après la pluie. Longtemps, je ne croyais à rien, mais je n’y crois plus. Aujourd’hui, je ne crois qu’à l’instant, au rose qui claque sur le bitume et à cette liberté folle de n’appartenir à aucun dogme, pas même à celui du pessimisme. J’ai troqué mes doutes contre des bombes de peinture et mes silences contre des jeux de mots qui font mouche. Mon absence n’est qu’une pirouette, un clin d’œil poétique laissé sur le grain de la pierre. Ne cherchez pas ma statue, cherchez mon sourire au détour d’une ruelle sombre ou sur l’affiche arrachée d’un vieux boulevard. Ne soyez pas tristes : je suis devenue une partie du décor, une note de musique sur un trottoir, une éternelle invitation à aimer, à oser et à ne jamais s’excuser d’être là. Je suis partie, certes, mais avec la ferme intention de vous accompagner à chaque coin de rue. Je serai là pour murmurer à l’oreille des passants pressés que la vie est une œuvre d’art qui s’affiche sans permission. La fête continue, l’impertinence est un sport de combat, et ma trace, elle, ne connaît pas d’hiver.
Je suis partie pour rester a-t-elle dit avant de nous quitter mais son oeuvre reste et vient confirmer son propos. A travers ce qu’elle nous a laissé, elle est toujours là. Je ne la connais pas mais ces mots me donnent envie d’aller la rencontrer dans ces rues qu’elle a marquées de son sceau d’artiste. Combien comme elle sont partis mais demeurent éternellement vivants. Si le cœur nous en dit, nous pouvons toujours les voir, les lire, les entendre : peintres, musiciens, poètes, écrivains… Et puis il y a les simples mortels qui eux aussi demeurent vivants pour toujours dans le cœur et la mémoire de ceux qui continuent à les aimer par delà ce départ définitif. Je le dis et le répète depuis des années parce que j’y crois : la seule et véritable mort pour ceux qui sont partis, c’est lorsqu’on finit par les oublier. Voilà pourquoi je garde au fond de moi, tels de précieux trésors, toutes celles et ceux que la mort a emportés vers cet au-delà auquel je ne suis pas sûre de croire. Ce dont je suis sûre, c’est qu’il est dans mon cœur. Ce n’est pas un puits de tristesse mais un ciel de douceur et d’amour. Un endroit chaleureux parce que j’y entretiens la flamme vive pour qu’elle reste allumée.
Pour mémoire, je vous mets la première et la dernière strophe d’un poème magnifique de Henry Scott-Holland. qui fut faussement attribué à Charles Péguy (voir lien dans le nom de l’auteur) «La mort n’est rien.
Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté. Je suis moi, vous êtes vous. Ce que j’étais pour vous, je le suis toujours… La vie signifie tout ce qu’elle a toujours été, Le fil n’est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de votre pensée, simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je ne suis pas loin,juste de l’autre côté du chemin. Vous voyez, tout est bien.»
La ville se reflète dans chaque vitre Chaque arrêt de bus Chaque vitrine trop propre. Et moi je marche dedans comme dans un couloir de miroirs Avec mes ombres qui me suivent Mes élans qui me précèdent Et mes vérités qui n’osent pas toujours se montrer.
Le matin Les façades brillent comme des miroirs fatigués. Elles renvoient des silhouettes pressées Des vies qui filent Des regards qui ne s’attardent pas. Mais parfois Dans un reflet de travers Je surprends une femme que *je reconnais à peine Une femme qui se tient droite malgré les nuits trop longues.
Elle avance dans le verre Comme si elle *suis une ligne invisible que personne ne pourra détourner. Une ligne qui coupe la ville en deux : Ce qu’on montre Et ce qu’on tait.
Le reflet tremble Et dans ce tremblement Une part de moi *partie revient frapper à la surface. Une part que j’avais laissée derrière Dans une rue que je croyais oubliée Dans un silence que je pensais définitif.
Je m’arrête. Je me regarde comme on lit un pochoir de Miss.Tic : Sans détour Sans maquillage Avec cette ironie douce-amère qui dit plus que les mots. Le miroir urbain me renvoie une phrase que je n’avais jamais osé écrire Une phrase qui me ramène *pour moi-même Comme un graffiti que l’on ne peut plus effacer.
Alors l’image se redresse. Elle prend toute la place. Elle dit que je suis née pour *rester Même lorsque la ville voudrait me voir disparaître Même lorsque le monde préfère les silhouettes qui s’effacent. Pas pour m’excuser Mais pour tenir le trottoir Pour respirer plus large Pour occuper enfin mon propre espace.
Et dans un coin de la vitre Telle une signature que l’on devine plus que l’on ne lit Miss.Tic souffle encore : 《 Le reflet ne ment pas Il révèle ce que l’on n’ose pas dire. 》
Il avançait sous son chapeau, Triste, touché par le chagrin, le cœur gros, Il avait un lien charnel avec son cheval, Lequel s’est enfui, ce n’était pas banal.
Il s’adressa alors à des chasseurs, Du chaouvre, ils dégustaient En buvant du champagne de bon cœur, Un peu chavirés, ils ne voulaient pas être dérangés.
La démarche qui chaloupe, en deux mots L’un lui dit tout haut esprit chafouin Il est allé ailleurs manger du foin, En faisant griller sa viande au chalumeau.