200 – Notre portillon /Vegas sur Sarthe

On nous avait bien interdit
de pénétrer ce paradis
mais on aimait trop l’herbe folle
qui nous chatouille les guiboles


Tu m’as souri, quelle merveille
tu avais ton bel appareil
celui qui te fait zozoter
et fait penser aux barbelés


Mais la tentation était forte
enfer ou paradis, qu’importe
tu m’as dit « z’ai envie aussi »
ça sentait déjà le roussi


On a franchi en flageolant
ce portillon bringuebalant
avec son vieil arceau rouillé
qu’un sot vieillard avait fixé


Je revois tes cheveux bouclés
qui s’y étaient tant emmêlés
que j’ai dû sortir le laguiole
et je t’ai fait la coupe au bol


Tu ressemblais à un garçon
mais tu m’as prouvé le contraire
en arrachant mon caleçon
avec ton appareil dentaire


On a fermé le portillon
en jetant un dernier regard
l’air était plein de papillons
j’avais un trou à mon falzar


Chacun a pris son avoinée
moi pour l’accroc, toi les cheveux
ils auront beau nous cuisiner
ce portillon n’est qu’à nous deux

200 – en attendant l’amourette – François

Dans une main un panier,
Pour assurer les accrochages.
Massifs et réguliers,
De graines, de boulettes avant leurs largages.

Elles sont toutes les deux assises,
Sur un rocher au bord de l’étang,
La canne et l’éprouvette étant de mise,
Pour cette pêche qu’elles aiment tant.

Elles cherchent à ferrer l’amour blanc,
Cette carpe herbeuse asiatique,
Dont le format peut être grand,
Qui exige force et technique.

Non, elles n’attendent pas les violons de l’amour,
Une rencontre, une amourette !
Mais elles viennent pêcher comme toujours,
L’amour blanc, leur conquête.

200 – Les économies de bout de ficelles effilochent les liens. – Nana Fofo

Cette semaine, le cœur de Simone bât à 200 Mil !
Enfin, Ronchonchon a daigné partir en week-end avec elle…

Simone est sur un petit nuage de paille.
Elle s’imagine au bord d’un lac, à contempler les paysages,
à déguster le pique-nique que Ronchonchon aura préparé pour elle.
Il aura apporté une boisson à bulles qu’il sortira de l’eau dans un seau.
Ils trinqueront à leur amour sous une douce musique jouée aux violons.
Ronchonchon avait bien tout préparé pour partir en virée
avec sa petite Simone, frivole et joyeuse.
Il est passé à boul’ange récupérer du pain et du pâté.
Il a rassemblé toutes les affaires et « en route Simone ! »
Arrivés près du Lac, il monta la tente, sortit le pack de boissons à bulles,
posa les ficelles et le pâté dessus et partit installer les cannes à pêche.
Simone déchanta, les violons laissèrent place à la noirceur du piano mécontent.

Elle se rappelle que dans son rêve éveillé,
les personnages faisaient la gueule…

Ça aurait dû lui mettre la puce à l’oreille sur l’ambiance à venir.
Ahhh l’amour, il a tendance à rendre aveugle,

Ronchonchon ne pourrait jamais lui offrir autre chose qu’une relation légère,

un effiloché de liens passagers.

200 – Allons donc – An Maï

Allons donc tous deux pêcher l’amourette
Nul besoin de canne ou d’une épuistte.
Donne-moi la main, je la tiendrai bien
Et machons ensemble sur le chemin.


De mon cœur épris, entends la passion
Qui chante pour toi, tel un violon.
Pour moi tu n’es pas une midinette,
Je ne voudrais pas te conter fleurette.


Mais je veux te dire à quel point je t’aime
En te récitant mon plus beau poème.
Que je t’offrirai avec quelques fleurs.
Si ttu accepptais, pour moi quel bonheur !


Près de la rivière, allons nous poser
J’oserai peut-être alors t’embrasser.
Tu es si jolie, et moi si timide
Papillon coincé dans sa chrysalide !


Pour toi si tu veux, belle demoiselle,
J’ouvrirai un jour mon cœur et mes ailes !
Je n’ai pas grand chose d’autre à t’offrir
Que ce doux projet d’un tendre avenir.


Donne-moi la main, je la tiendrai bien
Et machons ensemble sur le chemin.
Allons donc tous deux pêcher l’amourette
Nul besoin de canne ou d’une épuistte.

200 -Pour une amourette – J.Libert

A l’époque, Lény chantait déjà :
« Pour une amourette qui passait par là
J’ai perdu la tête et puis me voilà.
Pour une amourette qui passait par là »

Le jeune pêcheur d’une étrange innocence
Lance sa ligne au son de sa romance
Au crépuscule, quand tombe la nuit
Sur la rive où le temps s’évanouit.

Porté léger sur le flot vagabond
Il frémit déjà d’un tendre abandon
Jette un sourire, un regard, un soupir
Sur la vague égarée du désir.

L’eau calme du lac cache le secret
De ce poisson qu’on nomme amourette.
Au loin, les notes d’un violon discret
Jouent un air que la nuit interprète.

Le pêcheur cherche une éphémère danse
Un frisson d’instant tout en nuance.
Mais le jeu, dès que l’ombre s’efface
Ne garde pas de prise dans sa nasse.

Même si cette pêche est vaine
Elle ne laisse ni rancœur ni peine.
Un soir, on a simplement badiné,
Surfé sur le flot d’un caprice doré.

200 – Les violons de l’automne – Aquarella

Le vent sifflait dans les branchages
Et les nuages à l’horizon
S’étiraient sur les paysages
Telles des ombres au plafond

Déjà, les violons de l’automne
Jouaient dans les feuilles séchées
La chanson triste et monotone
Des derniers beaux jours de l’été

Mais Thomas n’en avait que faire
Car depuis la fin des vacances
Il pensait à une écolière
Dont il avait fait connaissance

Pauline était vraiment jolie
Aimable et gentille avec lui
Et, s’il aimait sa compagnie,
Ell’ semblait l’apprécier aussi

A chaque fois qu’il la voyait
Il sentait son cœur s’emballer
Alors il se faisait discret
N’osant pas trop la déranger

Un jour, le courage lui vint
Lui proposa, avec espoir,
D’aller pêcher le lendemain
A la rivière du lavoir

Ainsi tout un après-midi
Thomas pêcha près de Pauline
L’observant en catimini
Et le cœur battant en sourdine

Quand la pluie gonfla le ruisseau
Finie la pêche à l’amourette
Repartant sous des trombes d’eau
Prirent la poudre d’escampette

Trempés comme des serpillères
Les enfants couraient en riant…
Main dans la main de l’écolière
Le garçon était tout content…

Certes, le ciel d’automne pleurait
Mais c’était des larmes de joie
Qui se répandaient en secret
Dans le cœur du jeune Thomas

200 – Pour une amourette – Laura

Pour une amourette
J’ai donné les traces de toi
J’ai perdu la tête
Pour un type pas bête
Qui était allé au violon


Pour une amourette
Je me suis renié
J’aurais pris perpète
Pour ses baisers
Qui me tournaient la tête


Pour une amourette
J’aurais joué du violon
Il me contait fleurette
Et je courais, rampais
Vraiment quelle bébête !


Pour une amourette
J’allais à la pêche
Aux compliments
Et lui me lançait des insultes
Je ne valais plus tripette


A La pêche à l’amourette
J’ai attrapé un virus
Une chute dans mes sondages
D’estime de moi
Pour une amourette

200 – LA PÊCHE D’UN SON INOUBLIABLE- Marie Sylvie


Il y a des souvenirs qui ne s’annoncent pas.
Ils ne frappent pas à la porte.
Ils ne disent pas leur nom.
Ils se glissent dans une pièce
Dans un souffle
Dans une musique.
Moi j’étais une enfant
Une petite silhouette docile envoyée pour une corvée de couture chez Madame Lair une vieille femme dont les mains semblaient avoir cousu plus de vies que de tissus.
Sa cuisine sentait le lait chauffé et le bois ancien
Et cette étrange solitude des maisons où le temps a cessé de courir.

Je cousais maladroitement en tirant le fil comme on tire une journée trop longue.
Elle derrière moi regardait un film.
Je ne voyais rien de l’écran
Seulement la lumière mouvante qui dansait sur les carreaux.
Mais soudain quelque chose a traversé l’air.
Un violon.
Pas un violon sage
Pas un violon discipliné
Pas un violon de salon.
Un violon qui semblait venir de loin
De très loin
D’un pays où le vent porte des parfums de sable et de nuit.

Je me suis figée.
Ce son m’a frôlée comme une aile.
Il a glissé dans mon oreille
Puis dans ma poitrine
Puis dans un endroit que je ne savais pas encore nommer.
Je ne connaissais pas le film
Je ne connaissais pas la musique
Mais je savais que quelque chose venait de m’attraper.
Une pêche à l’amourette
Silencieuse
Invisible
Mais irrémédiable.

Pendant des années j’ai recherché cet air.
On me proposait du classique.
On insistait
On m’imposait même parfois ces violons prestigieux que l’on brandit comme des vérités.
Mais moi je savais.
Je savais que ce violon-là n’avait rien à voir avec Les Quatre Saisons de Antonio Vivaldi.
Le mien avait la poussière du désert
La langueur des caravanes
La brûlure douce des couchers de soleil.
Il avait l’Orient dans ses cordes.

Lorsque j’ai enfin retrouvé le film Lawrence d’Arabie de Robert Bolt et Michael Wilson qui ont coécrit le scénario.
Ce fut comme retrouver un visage aimé que l’on croyait perdu.
La musique m’a enveloppée
M’a reconnue
M’a reprise exactement là où elle m’avait laissée
Dans la cuisine de Madame Lair
Avec mes doigts d’enfant et mon cœur en éveil.

Encore aujourd’hui ces accords me traversent comme une caresse ancienne.
Ils ne m’expliquent rien.
Ils ne me raisonnent pas.
Ils me reconnaissent.
Et peut-être est-ce cela le mystère :
Certaines musiques ne nous choisissent pas pour ce que nous sommes
Mais pour ce que nous allons devenir.

200 – Un rencontre no Kill – Mouna

Cela faisait plusieurs semaines que je l’observais de loin en train de pêcher au bord du bras mort de la Touques. J’aimais sa façon d’être concentré sur sa mouche, d’observer le fil de l’eau pour savoir où le poisson était caché et le sourire qu’il avait quand il en attrapait un et encore plus quand il le relâchait. Il y avait une sérénité qui me reposait, moi qui vivais toujours à 200 à l’heure.
J’ai réussi à l’aborder, d’abord quelques minutes pour savoir ce qu’il pêchait, puis un peu plus longtemps pour comprendre sa technique et pourquoi il les relâchait, puis des heures pour écouter sa vie comme on écoute la rivière couler le long des rochers. Il ne m’a pas sorti les violons quand il m’a chuchoté ses épreuves de vie. Il m’a raconté les choses simplement comme si cela faisait partie de la vie, voilà tout.
Et puis, et puis il n’est plus venu. J’y suis repassée pendant des mois sans jamais le revoir. Sa place restait désespérément vide comme si même le bord de l’eau l’attendait pour compléter le paysage. Il avait disparu aussi soudainement qu’une truite fario qui gobe une mouche de Mai au crépuscule.

200 – ?? – Jakpit

Une carpe Amour, lèvres pulpeuses et déhanché aquatique,
va et vient dans son étang.
Ses petits carpillons la suivent en zigzag, jouant comme des fous, se chamaillant pour un brin d’algue filamenteuse
ou un morceau de végétal aquatique
La maman carpe, elle, garde toujours un œil interrogateur vers les bords de l’étang.
Et soudain, sacrebleu ! voilà que se pointent deux amoureux, filet de pêche en mains.
Elle fronce ses nageoires et pense qu’il ne faut pas aller plus vite que les violons… restons calmes, ce ne sont que deux tourtereaux qui s’embrassent !
Mais les baisers terminés, les voilà qui prennent la canne,
Hameçons garnis de maïs, et plouf, dans l’étang.
Les carpillons, évidemment, trouvent cet appât drôlement appétissant.
La mère carpe, affolée, rameute sa troupe :
On ne se disperse pas ! On ne touche pas ! On file !
Les amoureux, eux, restent bredouilles
. Heureusement, ils se consolent avec de longs baisers,
ce qui, au fond, arrange bien toute la famille carpe.