188 – La réclame – François

Il vous fallait un aspirateur,
Ou un lion dans votre moteur
Sans oublier le réfrigérateur,
Un rasoir avec un moteur,
Et de quoi vous savonner de bon cœur.

C’était le temps de la réclame,
Même si le mot a vieilli,
Aujourd’hui c’est la publicité que l’on clame,
L’idée est de vanter un produit.

Elle était déjà là pour vous solliciter,
Depuis les moyens de vente on fait leur chemin,
Le but est toujours de vous faire acheter,
Pour que vous réclamiez avec entrain.

Les grandes marques avaient pris leur espace,
Les articles répondaient aux besoins de la maison,
Les nouveautés y trouvaient leur place,
En inspirant le modernisme avec raison.

188- Souvenirs du passé… / Annick

Dans un coin du grenier,
Refuge empoussiéré,
Une valise oubliée…
Souvenirs du passé…

De vieilles photos froissées,
D’anciennes publicités,
Ravivent curiosités
De moments de télé.

Ménage facilité
Aspirateur léger…
Le froid en maisonnée
Pour repas appréciés…

La barbe bien rasée
Par rasoir adapté…
Avoir peau de bébé
De douceur satinée…

Voiture améliorée
Par un tigre intégré…
Et comment oublier
Mère Denis en télé…

Ces vieilles photos trouvées,
Dans un coin du grenier,
Rappellent le temps passé
De moments oubliés…

Chemin de liberté ?
Ou vie empoisonnée
Par trop d’publicités
En radio ou télé ?

187 – Pierre Bénichou et le bébé Cadum – Laura

Je me souviens de cette saillie de Pierre Bénichou qui vantait d’avoir été choisi comme Bébé Cadum à Oran où il était né. Il importe peu que cette histoire soit vraie ou fausse. J’ai cherché en vain sur le net une trace de ce que j’ai entendu mais peu importe car que je veux, par le bébé Cadum(et peut-être suis-je hors sujet ), rendre hommage à cet homme à la gouaille truculente.

Je l’ai découvert à la télé 1 puis je l’ai écouté en même temps que je découvrais(je ne sais comment), Les grosses têtes 2 où sa voix (au phrasé qu’on disait difficile à comprendre) me charmait quand la radio(que j’écoutais peu) m’a pris la main sur mon chemin de vie et de plus en plus depuis mon veuvage.

En elle, j’entendais l’Algérie qui m’intéresse depuis que j’ai travaillé sur l’Orient et vécu au Maroc où mon mari travaillait pour des juifs séfarades comme Pierre Bénichou Cet homme m’intéresse par son statut d’exilé, de journaliste aux opinions atypiques et contestées, son air de dandy bambocheur et sa culture

187 – Madame regarde les anciennes réclames / Lothar

C’est la même cuisine.
Quarante ans plus tard.

Le carrelage a jauni.
Le Frigidaire a disparu depuis longtemps.
Le rasoir repose dans une boîte, avec des piles mortes, des notices pliées et un vieux thermomètre qui ment de deux degrés depuis 1987.

Madame est devenue grand-mère.

Elle retombe sur les anciennes réclames en rangeant un carton.

Elle sourit.

Pas avec nostalgie pure.
Avec cette tendresse ironique des gens qui ont survécu à leur époque.

. Image possible
Madame assise à la table de cuisine.
Lunettes basses sur le nez.
Vieille publicité Electrolux dans les mains.

Le rasoir en narration :

« Elle les regarde comme on regarde de vieilles photos de classe.
Avec affection…
et un léger malaise. »

. Petit monologue de Madame
« Tout avait l’air simple dans ces pubs… »

Elle tourne la page.

« Les femmes souriaient devant les frigos.
Les hommes rasaient leur avenir de près.
Les bébés sentaient tous la lavande et la réussite sociale. »

Petit silence.
« On croyait que les objets allaient nous libérer du temps. »

. Case suivante : Elle regarde sa cuisine moderne pleine d’appareils compliqués.

Robot multifonction.
Chargeurs emmêlés.
Écran qui clignote « mise à jour disponible ».

« Finalement, ils ont surtout inventé de nouvelles notices. »

. Une autre case forte

Elle retrouve la vieille pub Esso.

Le tigre rugit dans l’image.

Madame :

« Toute une époque voulait mettre des tigres partout.
Dans les moteurs.
Dans les hommes.
Dans la croissance. »

Puis :

« Maintenant on trie les emballages en regardant fondre les glaciers.
C’est moins spectaculaire graphiquement. »

Le rasoir :

« Les humains remplacent toujours une illusion par une autre.
C’est leur moteur principal. »

Les slogans vieillissent. Le besoin reste.

. Case tendre

Petit-fils dans la salle de bain découvrant le vieux rasoir.

— « Mamie… c’est quoi ce truc ? »

Madame éclate de rire.

« Ça, mon chéri…
c’était l’intelligence artificielle des années soixante. »

Le rasoir, vexé :

« J’entendais beaucoup plus de choses que votre enceinte connectée. »

. Dernière grande case

Madame range doucement les publicités dans la boîte.

Expression calme.
Ni cynique ni naïve.

« Ce n’était pas vrai, bien sûr… »

Petit silence.

« Mais ça nous aidait peut-être à avancer. »

Le rasoir :

« Les humains ont parfois besoin de croire
qu’un grille-pain, un savon ou un moteur
pourraient réparer quelque chose en eux. »

. Dernière vignette minuscule : Le vieux rasoir au fond de sa boîte.

Bzz.
(très faible)

Comme un insecte mécanique survivant aux Trente Glorieuses, aux slogans, aux modes et aux cheveux noirs. Ce qui somme toute est finalement une assez bonne définition de la vieillesse.

188 – Souvenirs / J.Libert

Regardant ces gravures, on jette un œil dans le rétroviseur des années, on prend le chemin en marche arrière et l’on fait la pause entre les années 1948 et 1960, une époque « que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître », celle qui raconte l’histoire d’une société de consommation encore dépourvue de télévision et d’internet. Alors, le moindre support papier se prête à recueillir les publicités du moment.


Il y a quelques décennies, l’usage du stylo bille n’était pas généralisé. Tout bon écolier ne connaissait que la plume et l’encre. Le buvard, cette sorte de papier absorbant, était donc indispensable pour essuyer le trop plein d’encre pour l’empêcher de se diffuser, de s’infiltrer entre les fibres du papier annulant toute la peine que l’on avait eu à former « la belle écriture ».

Et comme le buvard était utilisé par tous, les publicitaires ne tardèrent pas à s’en emparer en imprimant leurs slogans et faire « la réclame » de produits populaires et proches des préoccupations des gens. En dehors de celles présentées ci-contre, à titre d’exemples, on retrouvait pèle mêle : La vache qui rit, la brosse à dents, le chocolat Meunier, l’amidon Rémy, André, le chausseur sachant chausser, la moutarde
Amora, la montre Lip, le critérium, le ruban adhésif : scotch…

De toutes ces publicités et slogans, il ne reste plus qu’un souvenir très estompé recouvert, aujourd’hui,
par une avalanche de pubs télévisées dont certaines ne sont pas toujours du meilleur goût.

188 – Inventaire d’une Vie Retirée / Marie Sylvie

Dans cette mosaïque d’images
Je ne vois plus des objets d’hier
Mais les silhouettes effacées de gestes que je ne fais plus.
Les électroménagers alignés comme des promesses de facilité …
Ce sont des mondes qui ne m’appartiennent plus.
Je ne remplis plus le frigo.
Je ne fais plus tourner la machine
Je ne porte plus le poids des jours comme on porte un foyer.
Tout cela s’est éloigné de moi
Doucement
Brutalement.

Le tigre dans le moteur ne rugit plus pour moi non plus.
Je n’ai plus de trajet professionnel
Plus de carburant à verser dans une vie qui me broyait.
La route s’est arrêtée
Mais un autre chemin s’est ouvert :
Celui où je n’avance plus avec mes jambes
Mais avec ma conscience nue.

Le rasoir lui raconte une autre histoire.
Il parle de l’ancien corps
Celui que la souffrance avait sculpté comme un corps d’homme
Massif
Tendu
Façonné par l’esclavage du travail.
Puis l’invalidité est venue
Non comme une chute
Mais comme une vérité :
Elle a défait la cuirasse
Elle a laissé revenir la femme que j’étais
Que je suis
Que je reste.
Une transformation lente
Douloureuse
Mais réelle.

Et la savonnette…
Elle dit la renaissance de mon corps
Oui
Mais aussi sa fragilité.
La musculature s’en va
La peau devient celle d’un enfant
Et avec elle vient la dépendance
Cette dépendance que je n’ai jamais choisie.
Une régression imposée
Mais aussi une douceur étrange :
Celle de renaître malgré tout
Dans un corps qui se défait
Mais qui continue d’être moi.

Alors cette mosaïque n’est pas un catalogue de produits.
C’est un autel discret où reposent mes anciens gestes
Mes anciennes forces
Mes anciennes illusions.
Et au milieu de tout cela il y a moi :
Debout autrement
Vivante autrement
Avançant sur un ●chemin que personne ne voit
Mais que je porte avec une dignité qui ne s’efface pas.

188 – Bébé Cadum /Vegas sur Sarthe

Il en aura montré des popotins joufflus
des frimousses ravies à la sortie du bain
du tout doux, du propret et tant de chérubins
ce dessin simplement paré de superflu.


Peintre décorateur Arsène * crée l’affiche
alors que nait Doisneau, nait le Bébé Cadum
ainsi il a suffi d’un sarthois, d’un bel homme
pour qu’aux murs de Paris rosissent tant de miches.


A l’heure du surgras et du tensio-actif
des stickers hydratants, des compresses stériles
où l’on met – insouciants – l’épiderme en péril


Ayons une pensée pour ce savon d’antan
notre peau vit d’amour et pas de charlatans
Respect aux créateurs, aux imaginatifs.

  • Arsène Le Feuvre, maire du Mans de 1925 à 1931

188 – Piqûre de rappel / Jill Bill

La barbe, la pub
A nous rappeler des besoins
Nous montrer le chemin
De ceci cela
Sans quoi, sans qui notre vie
Serait un cauchemar éveillé……

Avez-vous pensé au « tigre »
Au rasoir nouveau, monsieur
Au frigidaire
Et autres électroménagers
Au savon de jouvence, madame…. !?

NON… !!
Et bien et bien chère petite madame, monsieur
Nous sommes là… ! Dieu merci……

Esso S…. Esso S
Terrien en détresse
Dans la pub noyé
Chaque jour que dieu fait…

sujet 188 – Coté Écrivains


Piqûre de rappel – Jill Bill
Bébé Cadum – Vegas sur Sarthe
Inventaire d’une vie retirée – Marie Sylvie
Souvenirs souvenirs – J.Libert
Madame regarde les anciennes réclames – Lothar
Pierre Bénichou et le bébé Cadum – Laura
Souvenirs du passé… – Annick
La réclame – François