183 – Dictons de chatons /Vegas sur Sarthe

Chercher le chas de l’aiguille dans une meule de chafouin peut rendre fourbe


Il n’est si petit chagrin de sable qu’on ne puisse observer à la chaloupe à moins
qu’elle ne chavire victime d’un grain


Un chasseur peut-il chasser sans son chafrère au risque de briser un lien
charnel ?


Il ne faut pas vendre le chapeau du chaource avant de l’avoir chassé


Mozart disait que le chalumeau c’est du pipeau quand Paul Bocuse disait que le
chalumeau c’est du flageolet


Et pour finir sur une touche festive :
Le champagne c’est chacrémant bon (avec modération)

182 – S’il te plait /Vegas sur Sarthe

« S’il te plaît»
Désorienté je m’interromps, le pinceau en l’air au risque de voir se ramollir un peu plus les montres de mon œuvre.
A nouveau cette voix derrière moi « S’il te plaît… dessine-moi un mouton ». Le morveux doit avoir dix ans et l’air effronté des mômes de Figueras.
« Laisse-moi petit, tu vois pas qu’je bosse? »
«Qu’est-ce que tu fais ?» insiste-t-il en tournoyant autour de mon chevalet comme un sioux qui aurait déterré sa hache de guerre.
« Ecoute, je termine une œuvre majeure qui s’appellera La persistance de la mémoire »
Le morveux cesse de tournoyer : «Il est bizarre ton désert et puis tes tocantes sont pas à l’heure »
Commence à m’énerver ce gamin : « Je ne suis pas horloger, je suis artiste peintre »
« Et pour mon mouton ? Tu sais pas peindre les animaux ? »
Depuis quand un talentueux artiste peintre doit-il se justifier auprès d’un morveux, fut-il de Catalogne comme moi.
Je réplique : «Bien sûr que si. Je viens de terminer des cygnes se reflétant dans les éléphants »
Le morveux est subjugué : «Et tu l’appelleras comment cette peinture ? »
Je me sens morveux devant ce morveux : «Cygnes se reflétant dans les éléphants »
Le môme prend un air ahuri puis reprend : «Alors tu peux me dessiner une oveja, un mouton c’est fastoche ».
Je sens que je vais devenir chèvre : « Comment tu t’appelles, gamin ? »
« Matisse » dit-il effrontément.
« Comme le peintre ? »
« Quel peintre ? »
Je soupire …
Le môme s’approche de mes montres molles, détaille la signature au bas du tableau :
«C’est ton nom Dali ? »
Je redresse le buste : « En effet. Dali i Domènech mais tout le monde m’appelle
Dali »
« Domènech ? l’entraîneur de football ? »

J’ai replié vivement mon chevalet et rangé mes montres molles dans leur carton
avant que l’envie ne me prenne de lui enfoncer sur la tête.
Un jour je leur prouverai à tous que je suis un génie.
Il y a toujours un moment dans la vie où les gens s’aperçoivent qu’ils m’adorent

179 – Installation – Emma

Isabelle appelle ça « mon autel culturel ».
-« Des vieilleries », grommelle Brigitte en passant le plumeau d’un air dégoûté, « des nids à poussière ».
-« Enfin, Maman », dit Sylvie, « les escargots devant l’homme pressé, c’est amusant, mais pourquoi as-tu besoin d’enrubanner de dentelle ces vieux bouquins ?
Qu’est-ce que tu leur trouves ? As-tu l’intention de les relire ? Plus personne ne lit Paul Morand, Pierre Benoit, Martin du Gard ! Le gros Dumas passe encore, mais le traité de cosmographie de l’antiquité à nos jours, édition 1912, Maman !
Si tu veux je te cherche une édition plus belle de tous ces titres… »
-« Ma chérie, je ne veux pas de livre neuf. Ceux-là, pas d’autres. Qu’importe
qu’ils soient sales et dépiautés ! Je n’ai pas besoin de les ouvrir pour entendre Antinéa et Milady me parler avec la voix de mon père qui aimait tant ces livres.  
La cosmographie… c’est étrange, je ne sais pas ce qu’elle fait là… mais le vieux réveil, ma chérie, un réveil qui ne réveille pas, n’est-ce pas infiniment reposant ?
-« Ta mère est à la pointe de l’art », intervient Marc. Elle fait des INSTALLATIONS ! Comme celles que nous avons vues au musée d’art moderne. C’est épatant !
Mère, il faudra qu’on vous y emmène, ça vous donnera des idées ! Tu te rappelles, Sylvie ? Ce caddie débordant de bouteilles et de paquets de lessive, follement exotique! Et le billard rempli de boue dans laquelle dormaient des gnomes en plastique, qui se mettaient à copuler frénétiquement dès qu’un visiteur passait devant ?
Géant !!! Ah Ah Ah !!! »
Mais Sylvie ne rit pas. Sa mère l’inquiète.
Elle a toujours été fantasque, mais depuis quelque temps, elle multiplie les installations incongrues un peu partout dans la maison. Et elle interdit qu’on y touche !
La pire, qui broie le cœur de Sylvie, est qu’elle a posé les vieilles pantoufles de son père en plein milieu du vestibule, pour le cas où « il se déciderait à rentrer ».
-« Maman, s’il te plaît, ce sont des folies, tu le sais bien, pourquoi fais-tu tout
cela? »
-« Mais, ma chérie », dit Isabelle avec l’air malicieux qu’elle avait autrefois quand elle leur avait préparé un bon gâteau ou concocté une surprise, « je fais mes
bagages, tu vois bien »…

179 – Le carton des défis / Ecridelle

Ce samedi, je suis allé fouiller dans le grenier de Lilou ! Chut !!
Elle ne le sait pas.
J’ai trouvé un carton rempli de photos anciennes qu’elle garde jalousement
pour nous proposer ses défis !!
Celle çi est bien floue mais je me demande quel secret elle renferme donc !
Qui a déposé ce foulard clair et soyeux , sur ce tas de livres anciens, usés par le temps mais sentant si bien l’odeur du papier et de l’encre…
Impossible d’en lire les titres et c’est vraiment mystérieux !
Seule un réveil sur ses deux pieds révèle seize heures, ou bien quatre heures du matin, on ne sait pas en fait…
Je ne vois rien d’autre sur la photo ancienne.
Je ne vois pas du tout ce que sont ces cinq objets posés sur l’étagère devant le réveil ! Cela pourrait être des balles de tennis mais elles me paraissent grandes
Des boutons de porte, des escargots séchés !! Houlala, l’imagination travaille !
J’en profite pour jeter un œil sur les autres photos, mais dès que je les touche
hop hop elles deviennent transparentes !! J’ai compris !
La Lilouette, elle à le pouvoir d’escamotage !
Tu touches, tu disparais !! Vaindiou !!
Je ne m’attarde pas et vite je lui envoie ces mots.
Bien sur, elle saura que j’ai fouillé son carton des défis, mais tant pis
je ne tiens pas à disparaître de la liste des participants !!
Et puis je n’ai rien vu alors !!!

178 – Folie quand tu nous tiens / Ecridelle

Le forgeron n’est plus ce qu’il était !!
Saperlipopette le voilà qui se prend pour le printemps !
Tout en renouveau, il s’admire dans le miroir depuis que le livreur lui à laissé sa commande !
Il est vêtu de son accoutrement de printemps, et tel un Ornithologue, il examine chaque oiseau qui se pose sur lui.
Sa chemise ressemble à des branches de pommier, son pantalon à des nids à la place des poches de devant et derrière, et il est coiffé d’une casquette en mosaïque !
Le pauvre, le voilà qui fait la danse de la pluie à présent pour faire fleurir les violettes des bois….
Le forgeron a perdu le contrôle de sa forge, l’hiver lui a glacé les neurones !
Le pauvre ne se doute pas qu’arrivé à l’automne il sera tout nu !!!

Je marche sans moteur, et mon pouvoir indiscutable est
de savoir faire ralentir des dizaines de voitures.
Je n’ai ni feu rouge, ni barrière, ni clignotant, ni stop, mais je peux être colorée.
Je peux aussi vous créer un embouteillage monstre genre celui des vacances !
Devant moi, deux chevaux claquent leurs fers sur la chaussée tranquillement.
Parfois, ces chevaux lâchent des bouses odorantes bien grasses !
Derrière moi, les conducteurs soupirent pour certains, râlent pour beaucoup d’autres.
Je transforme une route censée être rapide en promenade presque touristique.
Je peux vous former en un rien de temps une longue chaîne de voitures modernes tirées au ralenti par un mode de transport d’un autre siècle que dans le mien.

Qui suis-je ?

178 – Mémoire volatile /Vegas sur Sarthe

Un ornithologue un peu perché que d’aucuns nomment « l’oiseau rare » s’interroge dans son laboratoire … il en est ainsi des gens à la mémoire
volatile :
Un miroir aux alouettes peut-il refléter aussi des mouettes, des fauvettes et des chouettes ?
Peut-on danser la danse des canards en col vert ?
Dans l’Eure un livreur peut-il livrer plus d’un bouquin dans l’heure ?

Les forgerons habitant Clermont-Ferrant sont-ils en général maréchal-ferrant ?

Une pluie battante est-elle plus forte qu’une douche écossaise ?
Est-ce qu’un vent de renouveau peut récolter la tempête ?
Une grande mosaïque disparate doit-elle contenir plus de dix parates ?

« Saperlipopette ! » s’écrie t-il hors de contrôle.
Bayer aux corneilles ou faire l’autruche, après tant de questions … il hésite encore.

177 – Sur un air de Charles Trenet /Vegas sur Sarthe

Aux environs des années cinquante
Lorsqu’on redécouvrait l’hippomobile
Une hippo-stoppeuse souriante
Guettait un providentiel coupe-file
en chantonnant cet air connu :

Je t’attendrai à l’aire de covoiturage
Tu paraîtras dans ta superbe hippo
Il fera nuit, mais avec le péage
On pourra voir jusqu’au flanc du coteau
Nous partirons sur la route de Narbonne
Toute la nuit le cheval crottera
Et derrière nous direction Carcassonne
Un gros bouchon klaxonnera
Customisée à la manouche
Ta roulotte au teint chatoyant
Fera dire aux gens, la voyant
Passons notre chemin… pas touche !
Pied au plancher de ta roulotte
Tu cabreras le percheron
qui trottera des paturons
une vraie course à l’échalote

A ce furieux train-train d’enfer
Pour qu’il survive priant l’essieu
Les roues de bois cerclées de fer
Lanceront des éclairs aux cieux

Le lendemain ces randonnées
Nous conduiront à Montauban

Suivis d’une horde effrénée
Qui nous traitera de talibans !
Pour terminer ce délire de poète
Et pour fêter ce retour au passé
D’aucuns nous suivront à bicyclette
En freinant bien pour ne pas nous dépasser
En freinant bien pour ne pas nous dépasser

Aux dernières nouvelles l’hippo-stoppeuse – moins souriante – attend
toujours

177 – Qui suis je / Ecridelle

Je marche sans moteur, et mon pouvoir indiscutable est
de savoir faire ralentir des dizaines de voitures.
Je n’ai ni feu rouge, ni barrière, ni clignotant, ni stop, mais je peux être colorée.
Je peux aussi vous créer un embouteillage monstre genre celui des vacances !
Devant moi, deux chevaux claquent leurs fers sur la chaussée tranquillement.
Parfois, ces chevaux lâchent des bouses odorantes bien grasses !
Derrière moi, les conducteurs soupirent pour certains, râlent pour beaucoup d’autres.
Je transforme une route censée être rapide
en promenade presque touristique.
Je peux vous former en un rien de temps une longue chaîne de voitures modernes tirées au ralenti par un mode de transport d’un autre siècle que dans le mien.

Qui suis-je ?

175 – Le banc des souvenirs – Tarval

Assise sur un banc, immobile, une vieille femme,
Le regard perdu, le visage triste,
M’aborde gentiment alors que je passe devant elle,
Me demandant si je peux l’aider à retrouver son chemin.
Je m’asseye près d’elle, et lui propose de la raccompagner,
Mais elle ne sait plus où elle habite,
Et elle commence alors à me raconter l’histoire de ce banc,
Où elle a rencontré son mari il y a de cela soixante ans.
Elle avait alors vingt ans, et elle aimait flâner dans les parcs,
S’installer sur un banc et observer les oiseaux, le paysage,
Et emmenait souvent un livre, qu’elle dévorait le temps d’un après-midi,
En profitant du soleil et de la nature.
Un jour, assise sur ce banc, un homme passe et la regarde,
Il continue son chemin puis revient sur ses pas,
Et ose lui demander s’il peut s’asseoir près d’elle.
Perplexe, elle finit par accepter. C’est un jeune homme, avec un charme certain,
Il doit avoir dans les vingt-cinq ans et il est grand et athlétique,
Ce qui ne lui déplaît pas.
Ils commencent à discuter, et se découvrent beaucoup de points communs,
Il est très intéressant, agréable et malgré son physique, d’une grande humilité.
L’après-midi se passe, il est temps de rentrer.
Il lui propose de la raccompagner, et elle accepte.
Ils se reverront sur ce banc pendant de nombreux jours,
Avant qu’il ne l’invite à dîner,
Et suite à cette superbe soirée, il lui avoua qu’il voulait partager sa vie avec elle,
Qu’elle était celle qu’il attendait, qu’il envisageait de l’épouser.
Il lui fit cette déclaration sur ce banc,
Et sans hésiter, elle lui dit oui,
Deux mois plus tard ils étaient mariés.
Elle n’a jamais regretté cette décision, elle a aimé son mari d’un amour fort,
A eu trois beaux enfants et a vécu heureuse.
Malheureusement, il a été emporté par un cancer il y a trois mois,

Et depuis, le vide l’habite, et rien n’y fait, il lui manque.
Soixante ans de vie commune, c’est la meilleure preuve d’amour qu’il soit.
Je l’ai écouté avec attention, son histoire m’a ému,
Et maintenant je dois trouver un moyen de la ramener chez elle.
Heureusement, elle a un téléphone, avec lequel je peux appeler un de ses enfants,
Qui va venir la chercher, il sait où elle est, et il l’héberge chez lui depuis le départ de son père.
Je suis rassurée, elle est bien entourée, et j’attends avec elle sur ce banc,
Qui lui rappelle tant de souvenirs.