201 – L’autre regard – Aquarella

Silencieux et peu amical,
Assis à l’ombre d’un platane,
Bernard a ouvert son journal
Ignorant les passants qui flânent

Pour lui c’est une certitude
Les nouvelles ne sont pas bonnes
Il le sait, il a l’habitude,
Il n’y a plus rien qui l’étonne

Les faits divers, la politique,
Les événements dramatiques,
Les problèmes économiques, …
Et parfois un acte héroïque

Il ne croit plus en l’avenir
Les hommes sont devenus fous
Ils ne savent pas se conduire
Autrement que des loups garous ?

Pourtant s’il lâchait son journal
Et regardait autour de lui
Il verrait que tout n’est pas mal
Et douce peut être la vie

Au soleil, le chien fait la sieste
Les orangers ont refleuri
Les oiseaux ne sont pas en reste
Sifflotant une mélodie

Sous le ciel d’azur, ce matin
Il ne subit pas d’injustice,
Tous les jours il mange à sa faim,
Personne ici n’est au supplice…

Mais il n’a pas encor compris
Que le bonheur ça se mérite
Et qu’il ne peut être accueilli
Avec la mine déconfite

Nécessaire est l’information
Mais en prenant des précautions
Car vivre par procuration
N’est pas la bonne solution

Alors il ne tient qu’à Bernard
De faire tout simplement le choix
De mieux orienter son regard
Pour ressentir un peu de joie

200 – Notre portillon /Vegas sur Sarthe

On nous avait bien interdit
de pénétrer ce paradis
mais on aimait trop l’herbe folle
qui nous chatouille les guiboles


Tu m’as souri, quelle merveille
tu avais ton bel appareil
celui qui te fait zozoter
et fait penser aux barbelés


Mais la tentation était forte
enfer ou paradis, qu’importe
tu m’as dit « z’ai envie aussi »
ça sentait déjà le roussi


On a franchi en flageolant
ce portillon bringuebalant
avec son vieil arceau rouillé
qu’un sot vieillard avait fixé


Je revois tes cheveux bouclés
qui s’y étaient tant emmêlés
que j’ai dû sortir le laguiole
et je t’ai fait la coupe au bol


Tu ressemblais à un garçon
mais tu m’as prouvé le contraire
en arrachant mon caleçon
avec ton appareil dentaire


On a fermé le portillon
en jetant un dernier regard
l’air était plein de papillons
j’avais un trou à mon falzar


Chacun a pris son avoinée
moi pour l’accroc, toi les cheveux
ils auront beau nous cuisiner
ce portillon n’est qu’à nous deux

200 – Les violons de l’automne – Aquarella

Le vent sifflait dans les branchages
Et les nuages à l’horizon
S’étiraient sur les paysages
Telles des ombres au plafond

Déjà, les violons de l’automne
Jouaient dans les feuilles séchées
La chanson triste et monotone
Des derniers beaux jours de l’été

Mais Thomas n’en avait que faire
Car depuis la fin des vacances
Il pensait à une écolière
Dont il avait fait connaissance

Pauline était vraiment jolie
Aimable et gentille avec lui
Et, s’il aimait sa compagnie,
Ell’ semblait l’apprécier aussi

A chaque fois qu’il la voyait
Il sentait son cœur s’emballer
Alors il se faisait discret
N’osant pas trop la déranger

Un jour, le courage lui vint
Lui proposa, avec espoir,
D’aller pêcher le lendemain
A la rivière du lavoir

Ainsi tout un après-midi
Thomas pêcha près de Pauline
L’observant en catimini
Et le cœur battant en sourdine

Quand la pluie gonfla le ruisseau
Finie la pêche à l’amourette
Repartant sous des trombes d’eau
Prirent la poudre d’escampette

Trempés comme des serpillères
Les enfants couraient en riant…
Main dans la main de l’écolière
Le garçon était tout content…

Certes, le ciel d’automne pleurait
Mais c’était des larmes de joie
Qui se répandaient en secret
Dans le cœur du jeune Thomas

199 – Mystérieux chapardages – Aquarella

Il y avait dans le village
Une inquiétude grandissante
Qui se lisait sur les visages
Des clientes et commerçantes

Bruissaient rires et chuchot’ments
Car la rumeur allait bon train
À propos de quelqu’un volant
Des sous-vêtements féminins

Disparus l’antique panty
De la très vieille mère Denis,
La culotte de Virginie
Et le slip de Nathalie

Sans compter le joli tanga
Et puis le string un peu sexy
De la voluptueuse Anita
Et la séduisante Aurélie

Était-ce un dangereux pervers
Ou tout simplement un malade
C’était encore un grand mystère
Mais on craignait une escalade

Tous avaient été dérobés
Alors qu’ils étaient suspendus
Sur corde à linge pour sécher
Mais personne n’avait rien vu

Alors quand quelques jours plus tard
On les vit face à la mairie
Accrochés tels des étendards
Tout le monde fut très surpris

Diminuant au fil du temps…
Des sous-vêtements éclectiques
Preuves par rétrécissement
Du réchauffement climatique !

Le dossier fut rapidement
Classé par la gendarmerie
Car il n’y eut pas de plaignant
Dénonçant la plaisanterie

On ne sut qui était l’auteur
De ce placardage incongru
Militant avec bonne humeur
Pour cette cause reconnue

198 – lessive des souvenirs – Aquarella

Quand je revois cette machine
Me revient l’époque chagrine
Où j’abhorrais la perspective
D’avoir à faire une lessive

Cette boîte toute en plastique
Était l’image emblématique
Du lave-linge rudimentaire
De très nombreux célibataires

Je me souviens de ce temps-là
Où je portais à bout de bras
Mon indépendance et le poids
Du bouclage des fins de mois

Certes ce n’était pas facile
Il fallait se montrer habile
Dépasser les difficultés
Et apprendre à se débrouiller

Rien à voir avec aujourd’hui
Ce temps béni où il suffit
Juste après avoir fait le tri
D’enclencher programme choisi

Aucun parfum de nostalgie
Encor moins de mélancolie
En redécouvrant cet objet
Qui pourtant eut son intérêt

Et probablement sera-t-il
À quelqu’un d’autre bien utile
Car lorsqu’on est dans le besoin
On ne dédaigne aucun moyen

197 – Une idée de génie – Aquarella

Une idée de génie
Je connais un drôl’ de bonhomme
Un peu spécial et sans complexes
Richard, c’est ainsi qu’il se nomme,
Peut parfois vous laisser perplexe…

C’est un garçon très surprenant
Avec des idées fantaisistes
Dont l’étrange comportement
Est cependant loin d’être triste

Sachez qu’il a un bon ami
Qui ne le contrarie jamais
Très souvent il parle avec lui
Et lui confie tous ses secrets

Cet ami est un gros poisson,
Une carpe dans le bassin
Situé derrière sa maison
Dans un joli coin du jardin

En l’absence d’occupation
Autre que fair’ des ronds dans l’eau
Richard eut un jour l’impression
Que s’ennuyait l’ami Momo

Alors voulant y remédier
Fit la promesse à son poisson
De lui offrir une échappée
Et de lui montrer la région

Mais c’était un sacré défi
De sortir Momo du bassin !
Alors une idée de génie
Surgit de sa tête un matin…

Dès lors, le lendemain très tôt
On vit marcher notre bonhomme
Poussant sur les roues d’un landau
La caisse d’un gros aquarium

Indifférent que l’on s’étonne
De cet attelage bizarre
En ce tout début de l’automne
Ainsi déambulait Richard

196 – Fin des vacances – Aquarella

Ce matin, au p’tit déjeuner
Laissant échapper un soupir
Elle a siroté son café
Esquissant un léger sourire
Appréciant les reflets dorés
De la lumièr’ sur l’océan
Elle essaie de mémoriser
La beauté de l’instant présent
Dehors le soleil est très haut
Et le ciel toujours aussi bleu
En cet été parfois si chaud
Qu’il brûle encor de nouveaux feux
Annie a pris des couleurs d’ambre
Sur la plage, jour après jour…
Mais à l’approche de Septembre
Il faut préparer le retour
Elle aimerait bien prolonger
Ce temps béni de la détente
Où son esprit a occulté
Celui des dossiers en attente
Dernière journée de vacances
Avant de remplir la valise
Aujourd’hui sa seule exigence
Est s’offrir une gourmandise
Elle va prendre un dernier bain
Plonger au cœur de l’océan
Ne pas trop penser à demain
Pour bien profiter du moment
Ensuite, en réservant sa place
Au petit restaurant de plage,
Elle ira déguster sa glace
En s’imprégnant du paysage
Voilà, c’est la fin des vacances !
Mais écartant sa nostalgie
Annie sait avoir eu la chance
De retrouver son harmonie

194 – souvenirs sous les parasols – Aquarella


Comme il est dit dans la chanson
« Chaque jour je prends du bon temps »
Et quand arrive la saison
Les vacanciers en font autant

Sûr, ils profitent du soleil
Mais recherchent aussi le frais
Qui favorise leur sommeil,
En quête de l’accord parfait

Alors ils oublient les soucis
Et tentent de se faire plaisir
Pour un extra, à petits prix,
Qui leur donnera le sourire

À l’abri sous des parasols
Qui éclatent sur les terrasses
Tels des bouquets de tournesols
Ils viennent savourer des glaces

Puis à la pêche aux souvenirs
Ils admirent les paysages
Flemmardent, bronzent à loisir
En lézardant le long des plages

Les enfants font châteaux de sable
Que les marées de l’océan
Vont balayer, impitoyables,
Par la force de leurs courants

Ils construisent alors des remparts
Luttant très courageusement
Mais les vagu’s ruinent leurs espoirs
Qui deviennent sable mouvant

Les grands-parents, à la retraite,
Les regardent en souriant
Les pieds nus dans les vaguelettes
Marchant sur les rives du temps

Et moi je flâne au bord de l’eau
Observant tous ces vacanciers
L’esprit joyeux sous mon chapeau
Au cœur de ce nouvel été

Je me dis que j’ai de la chance
De vivre ici toute l’année
Que chaque jour j’ai du bon temps
Et m’efforce de l’apprécier

193 – Le baiser de l’amitié – Aquarella

Paul et Marie sont des enfants
Remplis de joie et d’énergie
Qui jouent ensemble très souvent
Et sont devenus des amis

Depuis la section maternelle
Jusqu’à la classe de primaire
Leur belle amitié se révèle
Être bien solide et sincère

Oui mais voilà, dernièrement,
Paul ne voit presque plus Marie
Car sa cousine d’Orléans
Ne veut pas jouer avec lui

Tout d’abord Marie n’ose pas
S’imposer devant sa cousine
Mais ne veut pas en rester là
Car ce silence la chagrine

Alors se dressant fièrement
De sa petite voix lui dit :
« Tu n’as qu’à jouer avec les grands
Aux cart’s ou au Monopoly

Moi, je m’en vais voir mon copain
Mais tu peux venir si tu veux,
Au bac à sable du jardin
Y’a un tobogan et des jeux »

Paul était près de la fontaine
Assis, isolé sur un banc,
Et semblait avoir de la peine.
Marie s’approcha doucement

Sur sa joue posa un baiser
« Tu seras toujours mon ami
Dis-moi que tu n’es pas fâché »
Paul secoua la tête et sourit…

Quand la cousine d’Orléans
Vint les rejoindre au tobogan
Aux cœurs légers et insouciants
Éclatèrent rires d’enfants

192 – La cabane forestière – Aquarella

Depuis plusieurs années déjà
Petit Pierre en avait rêvé
De sa cabane dans les bois
Là-haut, sur un arbre, perchée

Combien de fois avait-il fait
Des dessins et tracés des plans
Pour concrétiser son projet
Et le montrer à ses parents

Parfois ses amis se moquaient
De sa cabane imaginaire
Mais jamais il n’abandonnait
L’idée qu’un beau jour il l’aurait

Puis vint l’instant inoubliable,
Après avoir déménagé,
Où Pierre découvrit l’érable
Au fond de la propriété

C’était un arbre magnifique
Dégageant la belle énergie
D’un grand maître du fantastique
Qui semblait n’attendre que lui

Dès lors, pendant tous ses loisirs
Et avec l’aide de son père,
Il s’employa à la construire
Cette cabane forestière

Ce fut son ballon d’oxygène
Son espace de liberté,
Le château du petit domaine
Dans lequel il put s’affirmer

Petit Pierre est devenu grand
Et la cabane est toujours là
Témoin de ses rêves d’enfant
De ses pleurs et puis de ses joies

Sous le feuillage de l’érable
Les planches sont devenues grises
Mais des souvenirs agréables
La lui rendent toujours exquise

Nous avons tous au fond de nous
Un refuge privilégié, …
Moi, ma cabane sans remous
C’est mon petit monde enchanté