Sous les orangers l’œil qui pèse.
Sous les orangers elle travaillait.
Elle avait appris à se tenir droite
À ne pas trop parler
À ne pas trop respirer.
Le jardin semblait paisible mais pour elle il n’était qu’un décor :
Un lieu où l’on exigeait qu’elle soit parfaite
Disponible
Silencieuse.
L’homme assis dans la chaise dorée feuilletait son journal sans vraiment le lire.
Elle le sentait.
Son regard glissait sur elle comme une lame froide.
Il observait ses gestes
Ses pauses
Ses hésitations.
Il notait tout sans jamais le dire.
Ce n’était pas de l’intérêt :
C’était de la surveillance.
Chaque fois qu’elle se penchait pour arranger une plante elle sentait son regard dans son dos.
Chaque fois qu’elle se redressait elle le voyait détourner les yeux trop tard.
Il ne la lisait pas
Il la scrutait.
Le harcèlement ne criait pas.
Il murmurait.
Il s’insinuait dans les heures
Dans les tâches
Dans les respirations.
Il transformait le jardin en cage
Les orangers en témoins muets
La lumière en façade.
Elle aurait voulu partir.
Mais partir c’était perdre son salaire.
Rester c’était perdre un peu d’elle-même chaque jour.
Alors elle avançait héroïque malgré elle dans ce théâtre de feuilles et de silence.
Héroïque parce qu’elle tenait.
Héroïque parce qu’elle survivait.
Héroïque parce qu’elle savait que personne ne voit jamais vraiment la force qu’il faut pour continuer.










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