181- Cascade intérieure / Marie Sylvie

Dans cette scène je me reconnais.
Je suis cette femme penchée sur la table
Non pour fuir le monde
Mais pour écouter ce qui remue en moi. Je reste immobile
La tête appuyée contre ma main
Et déjà les souvenirs se lèvent
Un à un
Telle une cascade lente qui cherche son chemin.

Je ne tiens plus de crayon.
Mes doigts ne tracent plus les lignes d’autrefois.
Mais je pousse les lettres
Doucement
Comme on déplace des pierres sacrées. Chaque pièce de scrabble devient un fragment de moi
Une prière minuscule
Un acte de fidélité envers ma propre histoire.

Sur la table de la toile
L’encre déborde.
Un mince filet noir
Fragile
Qui me rappelle mes propres débordements intérieurs.
Les souvenirs surgissent sans ordre
Tels des morceaux de puzzle que je tente de rassembler.
Parfois ils s’emboîtent
Parfois ils résistent
Mais tous portent une lumière
Même ceux que je croyais perdus.

Je n’ai pas de verre de vin.
Devant moi c’est une tisane chaude
Une vapeur douce qui monte comme une bénédiction discrète.
Elle m’ancre.
Elle m’apaise.
Elle me dit que je suis encore là
Vivante
Présente
Capable d’accueillir ce qui revient.

Dans cette femme je vois ma propre patience.
Ma manière d’avancer autrement
D’écrire autrement
De me souvenir autrement.
Je vois ma force silencieuse
Celle qui ne fait pas de bruit
Mais qui persiste
Qui rassemble
Qui répare.

Et dans ce moment suspendu
J’entends une voix intérieure
Légère comme un souffle :

《 Laisse venir.
Ce qui remonte n’est pas là pour te blesser
Mais pour te révéler. 》

180- Le Cadeau que la Vie ne fait pas / Marie Sylvie

La vie ne nous fait pas de cadeau.
Elle distribue les jours sans mode d’emploi
Sans garantie
Sans promesse de douceur.

Que l’on soit gentil ou méchant
Généreux ou égoïste
Courageux ou paresseux
Honnête ou voleur
Volontaire ou absent
Elle nous mène tous au même rivage :
Celui où le temps commence à peser.

Nous vieillissons.
C’est la seule équité du monde
La seule justice que personne ne peut contourner.
Nous portons la marque de nos années
comme d’autres portent un manteau trop lourd :
Les souffrances physiques qui tirent sur les os
Les blessures morales qui s’incrustent dans la mémoire
Les fatigues du corps qui ne répond plus comme avant.

La vieillesse ne choisit pas.
Elle s’installe.
Elle défigure parfois
Elle ralentit
Elle rappelle ce que nous avons traversé
Ce que nous avons perdu
Ce que nous avons aimé trop fort ou pas assez.

Et pourtant …
Dans ce qui semble être une punition
Il y a un cadeau secret.

Un cadeau que l’on ne voit pas tout de suite
Parce qu’il ne brille pas
Parce qu’il ne flatte rien
Parce qu’il ne promet aucune renaissance spectaculaire.

Ce cadeau
C’est la vérité de notre passage.
C’est la lucidité qui s’ouvre lorsque les illusions tombent.
C’est la tendresse que l’on apprend pour soi-même lorsque le corps devient fragile.
C’est la gratitude pour chaque geste simple
Chaque respiration
Chaque matin qui recommence malgré tout.

La vie ne nous fait pas de cadeau
C’est vrai
Mais elle nous laisse celui-ci :
La possibilité de devenir plus humains
à mesure que nous devenons plus vulnérables.

Et peut-être est-ce là
le seul cadeau qui compte.

179- Les cartons que la vie n’a pas pu voler / Marie Sylvie

Dans la cave de ma vie
Il y avait des cartons lourds
Trop lourds pour quatre étages sans ascenseur
Trop précieux pour être ouverts à la hâte.
Je les avais déposés là
Comme on dépose un trésor dans un lieu sûr
En me disant :
《 Je les monterai plus tard. 》

Un jour pourtant
On a cambriolé mon appartement comme si quelqu’un savait
Que je n’avais pas encore défait mes cartons
Que ma vie tenait encore dans ces boîtes empilées entre deux murs neufs.
Ils ont pris ce qui était visible
Ce qui pouvait se revendre
Ce qui fait croire que l’on possède quelque chose.

Mais dans la cave il restait mes vrais trésors :
Mes écritures poétiques
Mes cahiers où j’avais rangé ma vie
Mes dessins faits au crayon lorsque je n’avais pas encore de téléphone
pour capturer le monde.
Là étaient mes albums
Mes photographies sans appareil
Mes mémoires écrites à la main
Pour ne pas disparaître.

Alors j’ai compris que les voleurs n’avaient pris que des objets.
Ils n’avaient pas touché à ce qui me tenait debout.
Ils n’avaient pas trouvé les cartons de la cave
Ceux qui battent encore doucement tel un cœur de papier
Car rien n’a vraiment été perdu.

Ce que j’ai écrit
Ce que j’ai rêvé
Ce que j’ai dessiné
Reste vivant dans les plis du temps.
Ils ont volé des choses
Mais ils n’ont pas pu voler ma vie.
Elle était déjà ailleurs :
Dans mes mots
Dans mes cartons intérieurs
Que personne ne pourra jamais ouvrir sans moi.

178- La danse du miroir / Marie Sylvie

LA DANSE DU MIROIR

Le *forgeron revenait à son atelier pour récupérer un outil oublié lorsqu’un bruit sec le fit sursauter.
*Saperlipopette, souffla-t-il en se plaquant contre le mur.
Dans la maison voisine, une silhouette venait de forcer la fenêtre.
Le Printemps apportait son *renouveau mais ce soir-là l’air avait quelque chose de crispé.

À travers l’entrebâillement, il aperçut l’intrus qui fouillait la pièce avec une précision glaciale.
Il décrocha un *miroir qu’il glissa sous son bras avant de se diriger vers la sortie.

C’est à ce moment que le *livreur de fleurs arriva, un bouquet soigneusement préparé dans les mains.
Il effectuait toujours cette livraison à la même heure :
Un collègue, secrètement épris de la destinataire, préférait la discrétion du soir, certain qu’elle serait rentrée chez elle.
En tournant dans la ruelle, le livreur tomba nez à nez avec l’homme qui sortait de la maison voisine.
Il se figea.
Ce visage, il l’avait déjà vu.
Souvent.
Trop souvent.

Cet individu se présentait comme *ornithologue, toujours à rôder dans le quartier, soi-disant pour observer les oiseaux.
Mais le livreur, lui, avait remarqué ses détours suspects, ses regards trop longs, ses présences répétées.
Ce n’était pas un passionné de nature.
C’était un voyeur méthodique.

Le voleur fit un pas vers lui puis un autre.
Une *danse silencieuse, tendue, où chacun évaluait l’autre, prêt à fuir ou à frapper.

Ce n’est qu’alors que le livreur remarqua l’objet serré contre la poitrine de l’homme :
Un miroir somptueux, encadré d’une *mosaïque de pierres fines, un travail d’artisan d’une valeur inestimable.

La *pluie se mit à tomber, d’abord en gouttes éparses puis en rideau plus dense.
Le livreur sentit une délivrance discrète :
Il put baisser la tête pour protéger le bouquet, laissant l’eau ruisseler sur son visage.
Ce geste banal lui permit d’éviter le regard du voleur, de ne pas se laisser happer par ce *contrôle silencieux qui pesait entre eux.

Alors, sans un mot, chacun profita de ce rideau d’eau pour poursuivre sa route :

Le voleur s’éloigna d’un pas vif, le livreur accéléra vers sa livraison et le forgeron, toujours tapi dans l’ombre, sentit que la pluie venait d’effacer les traces d’un instant dangereux.

177- Là où les chaînes se dénouent / Marie Sylvie

Je regarde ces roulottes avancer
Lentement
Sur la route
Et quelque chose en moi se soulève
Comme un souvenir ancien qui remonte à la surface.
Depuis l’enfance un rêve m’habite
Celui de briser les chaînes invisibles qui retiennent à la vie moderne
À ses obligations qui s’empilent
À ses conventions qui étouffent.

Longtemps
J’ai imaginé une existence
Où la poésie ne s’écrit pas seulement …
Elle se vit.
Une vie où l’on marche au rythme des chevaux
Où l’on écoute le vent avant de décider
Où chaque matin porte l’odeur d’un ailleurs possible.

Mais on m’a raconté de vilaines choses sur ceux qui vivent autrement.
On m’a appris à craindre ce que j’admirais
À détourner les yeux de ces routes libres
À croire que la différence était une menace.
Alors j’ai rangé mon rêve dans un coin de moi
Comme on range un trésor trop fragile pour le montrer.

Pourtant
Il n’a jamais cessé de respirer.
Il s’est fait discret
Mais il a continué à battre quelque part sous la peau.
Et aujourd’hui
En voyant cette caravane colorée avancer au bord de la mer
Je sens ce rêve se redresser
Ouvrir les bras
Réclamer sa place.

Je comprends que la liberté n’est pas toujours une destination.
Parfois
Elle commence dans la manière de regarder le monde
Dans la façon de refuser les chaînes que l’on ne voit plus
Dans le courage de rester fidèle à ce qui appelle depuis longtemps.

Je ne vis pas dans une roulotte.
Je ne suis pas partie sur les chemins
Mais je porte en moi cette part nomade
Cette part qui sait que la poésie peut être un mode de vie
Même immobile
Et chaque fois que je croise une caravane
Un cheval
Un horizon ouvert
Je sens ce rêve d’enfant se remettre à marcher
Lentement
Obstinément
Vers la lumière.

La lenteur d’un cheval rappelle alors que la liberté
marche toujours à nos côtés
et même immobile
aucun rêve n’arrête vraiment d’avancer.

176 – Entre deux femmes de moi – Marie Sylvie

Lorsque je regarde cette toile
Quelque chose se déchire doucement en moi.
Je n’y vois pas seulement des formes
Des couleurs
Des femmes figées dans un rêve.
J’y vois mon histoire
Ma peau
Mon poids
Ma lutte.
J’y vois ce que j’ai été forcée de devenir
Et ce que je tente encore
Malgré tout
De redevenir.

Pendant quinze ans
J’ai travaillé sous un joug qui ne disait pas son nom.
Jour après jour
Mon corps s’est épaissi
Alourdi
Sculpté par la contrainte.
Un manteau de muscle s’est formé sur moi
Épais
Dur
Étranger
Jusqu’à transformer ma *silhouette de taille 38 en un 58 qui ne m’appartenait pas.
Je portais ce corps comme on porte une armure trop lourde
Une armure que l’on ne peut jamais déposer.

Puis l’invalidité est arrivée.
Sept ans d’immobilité
Sept ans à habiter un corps qui ne bouge plus comme avant
Mais qui continue de crier la mémoire du travail forcé.
Rien ne s’efface vraiment.
Le muscle dissous laisse une douleur sourde
Un souvenir qui serre encore les os.

Alors dans cette toile de Paul Delvaux
Je vois une femme nue qui marche vers la lumière.
Elle avance sans peur
Sans poids
Sans passé accroché à ses épaules.
Elle est la version de moi qui renaît
Celle qui se dépouille enfin de ce qui m’a brisée.
Elle n’est pas encore moi
Mais elle est la direction vers laquelle je respire.

Et puis il y a l’autre femme
Celle en rouge.
Fine
Élégante
Presque fragile.
Sa robe rouge me rappelle mon ancien manteau
Mais allégé
Adouci
Devenu simple couleur au lieu de fardeau.
Sa pâleur dit la souffrance
Oui
Mais aussi la vérité nue d’un corps qui ne ment plus
D’un corps qui ne peut plus mentir.

Je me tiens entre elles deux.
Entre la femme que j’ai été forcée d’être
Et celle que je deviens lentement
À mon rythme
Dans ma lumière à moi.
Entre la douleur qui persiste
Et la renaissance qui
Parfois
Se glisse en moi tel un souffle neuf.

Dans cette toile
Je reconnais ma silhouette.
Pas celle que le monde voit
Mais celle qui
En silence
Cherche encore à se relever
À se retrouver
À se réinventer.

Ce n’est pas mon corps qui me définit Mais la lumière
Que je parviens encore à faire passer À travers lui.

175 – L’évasion mobile – Marie Sylvie

Je regarde ce banc comme on regarde un seuil.
Il ne mène nulle part et pourtant il ouvre.
Il est posé là
Fragile
Un peu de travers
Comme si le monde l’avait sculpté sans vraiment y penser.
Et moi immobile depuis tant d’années
Je sens en lui une invitation silencieuse.

Je ne marche plus mais je contemple.
Et dans cette contemplation quelque chose se déplace.
L’eau devant moi ne bouge presque pas.
Elle retient la lumière
La retourne
La transforme.
Elle me montre un paysage que je ne peux plus atteindre
Mais que je peux encore habiter.

Je laisse mon regard glisser sur la surface
Comme on laisse une main suivre le grain du bois.
Je sens la lenteur du monde
Sa respiration profonde
Sa manière de continuer sans bruit.
Et dans cette lenteur je me reconnais.

Je ne suis pas sortie depuis des années
Mais je n’ai jamais cessé d’être traversée par le dehors.
Il entre par les images
Par les souvenirs
Par cette soif intacte de sentir la terre
Même de loin.

Je m’assieds en pensée sur ce banc.
Je sens son équilibre précaire
Sa force discrète
Sa fidélité au lieu.
Il ne promet rien.
Il ne demande rien.
Il est là simplement.
Et moi aussi je suis là.

Dans cette immobilité partagée
Je découvre une forme de paix.
Une paix qui ne ressemble pas à la résignation
Mais à une écoute.
Une paix qui me dit que je peux encore être présente
Même sans mouvement.

Je reste un moment
À regarder l’eau
À écouter le silence
À laisser le monde venir jusqu’à moi.
Et je comprends que l’évasion n’est pas toujours un départ.
Parfois elle est une ouverture.
Un espace intérieur qui s’élargit
Telle une fenêtre qu’on entrouvre pour laisser entrer un peu d’air.

Je ne marche plus
Mais je contemple.
Et dans cette contemplation
Je me sens vivante.

174 – La tambouille des premiers jours – Marie Sylvie

On raconte qu’au bord de cette rivière Bien avant les mots
Les humains parlaient avec leurs mains.
Chaque matin
La brume s’accrochait aux arbres
Telle une peau légère
Et les potiers sortaient de l’abri de pierre pour reprendre leur ouvrage.
La terre encore fraîche de la nuit attendait d’être réveillée.

Aru le plus jeune s’asseyait toujours le premier.
Il aimait ce moment où l’argile cédait sous ses doigts
Où la forme naissait sans qu’il sache encore ce qu’elle deviendrait.
À côté de lui la grande jarre de pigments chauffait doucement près du feu.
Ils appelaient ça la *Tambouille
Un mélange d’ocre
De cendre
Et d’eau de rivière qui sentait la pluie et le bois brûlé.

Ce matin-là Nara la doyenne
Observait Aru en silence.
Elle tenait dans ses mains un vase presque terminé
Lisse tel un galet.

《Tu vois》 dit-elle enfin
《Ce que tu fais là ce n’est pas seulement un pot.
C’est une trace.
Une façon de dire que nous sommes passés par ici.》

Aru leva les yeux.
Il n’avait jamais pensé à ça.
Pour lui c’était juste de la terre qu’on apprivoise.

Mais autour d’eux tout semblait confirmer les mots de Nara :
Les empreintes de pas dans la poussière
Les outils taillés
Les paniers tressés
Les poteries alignées telle une petite armée silencieuse.
Chaque objet racontait un morceau de leur vie
De leurs peurs
De leurs espoirs.

Alors Aru plongea ses doigts dans la Tambouille
Traça une ligne
Puis une autre
Hésita
Recommença.
Le vase prit une voix.
La voix devint histoire.
Et l’histoire doucement trouva sa place parmi les autres.

Lorsque le soleil monta plus haut Nara sourit.

《Voilà.
Maintenant tu sais.
Nous ne façonnons pas seulement la terre.
Nous façonnons le temps.》

Et la rivière
Comme pour approuver
Fit scintiller ses écailles de lumière.

Chaque geste raconte
Avant même
Que les mots n’existent. 

173 – Le plamottement du monde – Marie Sylvie

    LE PLAMOTTEMENT DU MONDE 

Il y avait au bord du chemin un sourire discret
Un *gélasin qui fendait l’ombre telle une promesse.
Je marchais sans hâte
Dans une humeur *débonnaire
Laissant le monde *plamoter autour de moi
Car oui l’aube parfois plamotte.
Elle bavarde en lumière
Elle hésite
Elle papillonne.
Sur le chemin une vieille *bachelette
Ni tout à fait jeune
Ni tout à fait vieille
M’arrêta d’un geste doux.
Elle tenait entre ses doigts une *patarafe
Un papier froissé
Griffonné d’une écriture qui semblait vouloir fuir sa propre encre.
《 Ne te laisse pas *embabouiner par les jours trop pressés.》 Me dit-elle.
Sa voix avait la texture d’une pétoffe
Un tissu un peu solide
Un peu rèche
Mais réconfortant.
Je repris ma route
Son avertissement battant dans ma poitrine
Car je savais combien le monde aime *tancer ceux qui s’attardent
Ceux qui rêvent
Ceux qui s’écartent des lignes droites.
Et pourtant quelle *messéance ce serait de vivre sans lenteur
Sans ces pauses
Où l’on écoute son propre souffre tel un animal timide.
Plus loin un marchand criait ses prix
Mais ses mots sonnaient faux
Presque cruels.
Une *malenchère vibrait dans l’air
Une offre injuste
Une valeur dévoyée.
Je passais mon chemin
Refusant de troquer mon calme contre ses cris.
Au détour d’un sentier
Je tombais sur une *guénuche
Une petite chose fragile
Un être ou un objet
Nul ne sait vraiment
Mais qui semblait réclamer un peu d’attention.
Je la ramassai
La posai dans ma paume.
Elle tremblait comme si le monde entier lui pesait dessus.
Alors je lui offris mon gélasin
Ce sourire premier
Celui qui ne coûte rien
Et pourtant répare.

Quatre bols et le pain – Marie Sylvie

Sur la table aux carreaux sages

Quatre bols attendent leur passage.

Chacun une couleur

Chacun une humeur

Comme les notes d’un matin en douceur.

Le jaune pour la joie, éclat sans détour

Le rose pour la bonne humeur, tendre velours.

Le vert clair pour la clarté, limpide et vive

Et l’orange … pour la force qui ravive.

Ils ne sont pas que vaisselle ou décor

Ils sont l’ *instrument d’un pacte d’aurore.

Un appel discret de se nourrir de lumière

À faire du pain un repère, une prière.

Le pain repose, modeste mais ferme

Tel un rappel que le jour se confirme.

Et derrière, le chien blanc presque effacé

Veille sur ce rite, ce monde apaisé.

Le petit déjeuner devient philosophie 

Un art de vivre, une douce liturgie.

Chaque bol une offrande, 

Chaque geste un lien

Entre le corps, le cœur … et le pain.