191 – Après mures réflexions – Jakpit

Bien assise dans mon fauteuil moelleux, je fais face à mon ordinateur comme une héroïne face à son destin.

Aujourd’hui, je pinaille, je ratiocine, je calcule, je peste…

Impossible de pondre un tableau. où je serais magistralement assise, le regard questionneur, les mains jointes :
Un simple tableau.

Je pourrais demander de l’aide à l’IA…
Mais non.
Fierté mal placée, orgueil ancestral,
Je veux y arriver seule,
Alors j’ouvre
Paint.NET.
Puis Gimp.
Puis Inskape.
Puis Photoshop.
Puis Photofiltre.
Puis… ma patience se désinstalle toute seule.
Toujours pas de Joconde à mon image.
À croire que même Léonard aurait tout laissé tomber en voyant ma souris trembler.
Pendant ce temps, mon ordinateur consomme de l’énergie, et émet du CO2 à chaque soupir que je pousse.

On dirait qu’on réchauffe la planète à deux, lui et moi, en parfaite complicité.
Je suis désabusée, dégoûtée, désespérée…

Ah… être au temps des Aurignaciens de la Grotte Chauvet ! Eux, au moins, pas de logiciels, pas de mises à jour, pas de “Erreur 404 : inspiration introuvable”.
Juste des mains, du charbon, et une envie furieuse de dessiner des lions qui n’existent plus.
Mais soudain je réfléchis.
S’ils maîtrisaient si bien la combustion du bois… N’est‐ce pas eux, finalement, qui ont lancé le premier barbecue planétaire, et ouvert la voie au réchauffement climatique ?
Il n’y a pas de fumée sans feu !
On accuse nos ordinateurs, mais peut‐être que tout a commencé avec un Aurignacien qui a soufflé un peu trop fort sur la braise.

187 – Sur le vif – Jakpit

C’est devenu un rituel
Tous les dimanches, enfin sauf ceux d’aout, période de rut vers l’océan, on place la perche. Elle est là bien installée pour matraquer la table et tous les convives.
Le père, fier de sa marmaille, la mère qui n’a pas perdu ses kilos depuis la naissance du dernier, qu’elle tient sur ses genoux.
Le chien, fidèle qui prend la pose.
La grand-mère, elle, affiche son plus beau sourire (qui, vu ultérieurement, sera trahi par ses rides)
Tandis que les deux beaux-frères, à l’insu de leur bon vouloir, sont pris en flagrant délit d’enguirlande politique.
Mêle le gigot et ses accompagnements y passent. Et Toto, peu intéressé, les doigts dans le nez, fait une apparition un passage éclair, un clin d’œil, et hop, déjà reparti. Impossible de le garder fixe à table :
c’est un invité en mode libre.

Puis gourmandise oblige, le dessert arrive, lui aussi figé pour l’éternité.
The end.
Alors Jules, le geek de service, se lève et va rabattre la perche à selfie extensible
Demonte le trépied pliable, met la télécommande dans sa poche. Il lui tarde que la nuit tombe : ses photos piaffent déjà, prêtes à faire leur show sur internet

183 – Noce en futaie / Jak pit

À la lisière de la forêt, dans un bosquet de charmilles,
le chapeau mis de guingois, façon séductrice,
paraît sous un aspect presque charnel
la fouine à l’esprit facétieux.
Aujourd’hui, c’est un jour sans chagrin :
elle se marie avec un rusé chafouin,
qui depuis de longs mois lui faisait les yeux doux.
Nombreux et bariolés sont les invités :
ils s’enivrent de champagne et de chaource frais,
et, très vite,
Divaguent, chavirent, chaloupent dans la futaie

Sur son cheval blanc, un braconnier‐chasseur rôde dans les parages.
Il est ébahi devant un tel spectacle
et, pris d’un élan artistique soudain,
sort des airs de danse de son chalumeau de roseau
un instrument qui, d’habitude, ne sert qu’à faire fuir les lapins.
Alors toute l’assemblée entre en farandole avec frénésie,
fouine, chafouin, braconnier, invités titubants,
et même deux mulots qui n’étaient pas sur la liste.
Bref : un mariage parfaitement réussi.
Cela va faire du bruit dans Landerneau !

On en parlera encore longtemps…

179 – Mot carton /Jak

C’est le grand chamboulement dans ma vie.

Mes ans ne me permettent plus de rester seule, aussi j’ai pris mes marques dans une jolie résidence senior où j’ai écrit pour retenir une place.
Il faut faire vite car il y a beaucoup de demandes Toutes ces années vécues avec passion ont accumulé beaucoup, beaucoup trop, de choses et d’objets. et il me faut faire mes cartons. Aujourd’hui, j’essaie d’attribuer le contenu de ma bibliothèque qui, il faut l’avouer, est en surcharge. Les étagères doivent souffrir en silence.

Comment répartir ?
Jeter ? Nenni, pas question.
Partager selon les affinités ?
Mais qui, comment ?
Alors je repasse un à un mes livres… et me voici plongée dans de nouvelles lectures.
Je gage que d’ici à ce que j’aie tout vérifié, il en sera passé du temps…
et le délai pour occuper mes nouveaux lieux de vie sera dépassé.

Qu’importe, je resterais, on, verra bien ! Et toujours le réveil bien ancré sur ses pieds me rappellera le temps qui passe