Dans cette mosaïque d’images
Je ne vois plus des objets d’hier
Mais les silhouettes effacées de gestes que je ne fais plus.
Les électroménagers alignés comme des promesses de facilité …
Ce sont des mondes qui ne m’appartiennent plus.
Je ne remplis plus le frigo.
Je ne fais plus tourner la machine
Je ne porte plus le poids des jours comme on porte un foyer.
Tout cela s’est éloigné de moi
Doucement
Brutalement.
Le tigre dans le moteur ne rugit plus pour moi non plus.
Je n’ai plus de trajet professionnel
Plus de carburant à verser dans une vie qui me broyait.
La route s’est arrêtée
Mais un autre chemin s’est ouvert :
Celui où je n’avance plus avec mes jambes
Mais avec ma conscience nue.
Le rasoir lui raconte une autre histoire.
Il parle de l’ancien corps
Celui que la souffrance avait sculpté comme un corps d’homme
Massif
Tendu
Façonné par l’esclavage du travail.
Puis l’invalidité est venue
Non comme une chute
Mais comme une vérité :
Elle a défait la cuirasse
Elle a laissé revenir la femme que j’étais
Que je suis
Que je reste.
Une transformation lente
Douloureuse
Mais réelle.
Et la savonnette…
Elle dit la renaissance de mon corps
Oui
Mais aussi sa fragilité.
La musculature s’en va
La peau devient celle d’un enfant
Et avec elle vient la dépendance
Cette dépendance que je n’ai jamais choisie.
Une régression imposée
Mais aussi une douceur étrange :
Celle de renaître malgré tout
Dans un corps qui se défait
Mais qui continue d’être moi.
Alors cette mosaïque n’est pas un catalogue de produits.
C’est un autel discret où reposent mes anciens gestes
Mes anciennes forces
Mes anciennes illusions.
Et au milieu de tout cela il y a moi :
Debout autrement
Vivante autrement
Avançant sur un ●chemin que personne ne voit
Mais que je porte avec une dignité qui ne s’efface pas.
