je vous donnerai le dernier sujet 195 de la saison le 11 juillet ; vous aurez un mois pour composer vos textes.
La reprise est prévue pour le 15 août avec le sujet 196 !

je vous donnerai le dernier sujet 195 de la saison le 11 juillet ; vous aurez un mois pour composer vos textes.
La reprise est prévue pour le 15 août avec le sujet 196 !

toile de Eduardo Ungar (clic) merci à Emma et en hommage
le mot facultatif : souvenir


Après avoir traversé Annemasse
Avant de rejoindre la Suisse,
Elle se sentit un peu lasse.
Attirée par un magnifique édifice,
Elle fit étape à Ville la Grand.
L’Église Mammès et son campanile.
Furent à ses yeux très surprenants.
Du village, du haut de ses talons aiguilles,
Elle n’était pas indifférente.
Le jardin des amours fit son bonheur,
Pour une statue en bronze de deux enfants.
Elle eut un véritable coup de cœur.
Elle s’appelait « Les enfants au parapluie ».
Était-ce des frères et des sœurs,
Qui semblaient enlacés pour se protéger de la pluie ?
Son sculpteur ne nous l’a pas dit,
Christian Maas, il s’appelle.
Ce bronze était là, pour défier la pluie,
Avec ses beaux aplombs la statue était belle.
Elle témoignait du climat,
Qui règne en Haute Savoie.
Après l’avoir vu, elle fera quelque pas,
Et vers, la Suisse tracera sa voie.
Cela faisait longtemps que Val boudait. Lui en avait assez de jouer tout seul ; frère et sœur, c’est fait pour s’entendre, pour faire des bêtises, et surtout des bêtises.
Un jour d’ennui, où les cartes n’avaient plus aucun intérêt, où les sept familles s’étaient brouillées, où tout l’argent du Monopoly était dépensé, où la pyramide de dominos s’était écroulée et où les rollers avaient un peu trop égratigné les genoux, les deux gamins cherchaient une nouvelle occupation.
Ben, après avoir taquiné le chat Grisou qui avait craché de colère, ouvrit la porte de la cage de Kiki, le canari de Val. D’abord hésitant, Kiki prit un envol vigoureux. Peu habitué, il parcourut la pièce dans tous les sens sans trop savoir où il allait, se posant un peu partout, même à la portée de Grisou qui, un œil ouvert, guettait son passage. Se rendant compte de la difficulté à rattraper l’oiseau, Ben, dans un trait de génie, ouvrit la fenêtre, et le canari s’envola vers d’autres cieux. Val pleura son Kiki. Plus jamais elle ne l’entendrait chanter, et la dispute éclata :
— Méchant ! cria-t-elle sans pouvoir retenir ses larmes.
Depuis, Val tournait le dos à son frère. Pas de rires à partager, pas de goûter à s’échanger ou à chiper ; seulement le silence et le regard triste de Val. Ben, après s’être fait proprement gronder, compta son argent de poche et présenta les quelques euros à sa sœur.
— Viens, lui dit-il en s’approchant timidement, allons chez le marchand acheter un autre Kiki.
Alors, Val prit son frère par le cou et lui claqua un gros baiser sonore sur la joue.
Dis‑moi… où as‑tu caché le pot de confiture de mamy Soise ?
La fillette chuchote, le garçon fait semblant d’être sage.
Mais son sourire dit tout : le pot n’est pas loin…
Et ses doigts collants non plus !
Après les jours d’orage
Quand les cris de colère
Sont au bout du voyage
Disons halte à la guerre.
Derrière les mots tus
Les barrières de glace.
Adieu malentendus.
Pour le cœur, une place.
On change de climat.
Le calme sur la plaine.
Silence sous les pas
Libérés de leurs chaînes.
Se réconcilier
C’est rebâtir un pont
Ce n’est pas oublier
Mais offrir son pardon.
En courant, la rivière
Emporte les conflits
Reverdit les clairières
Renforce ce qui unit
Le matin était gris
Un de ces matins où la lumière semble hésiter à entrer dans le monde.
Je marchais pour tenir debout
Pour que mes pas fassent au moins semblant de me porter.
Au détour d’une place je les ai vus :
Les deux enfants de bronze.
Ils étaient enlacés dans une douceur figée
Un geste d’enfance que le temps n’avait pas réussi à voler.
Le garçon penché vers la fille
Un secret glissé dans l’air.
La fille tournée vers lui
Confiante
Ouverte
Intacte.
Je me suis arrêtée.
Pas par admiration.
Par déchirure.
Le vent a glissé entre eux
Soulevant une odeur de métal froid.
Et dans ce souffle
Une image s’est imposée :
Un plateau de Monopoly
Les billets colorés
Les rues alignées
Les cartes Chance qui promettent de recommencer
De gagner
De perdre
Mais toujours de rejouer.
Un jeu où rien n’est définitif.
Un jeu où l’on peut tout reconstruire.
La vie
Elle
Elle ne m’a pas laissé cette possibilité.
On m’a arraché la vie de mon enfant pour m’atteindre.
Ce geste-là n’a pas de seconde partie.
Il n’a pas de carte « Sortez de prison « .
Il n’a pas de retour en arrière.
Il n’a pas de réparation possible.
Je suis restée devant les statues
Incapable de détourner le regard.
Leur tendresse me blessait.
Leur innocence me brûlait
Parce que je savais que jamais je ne verrais ma fille dans cette posture
Enlacée
Confiante
Tournée vers un avenir.
Jamais elle ne jouerait en riant
En trichant un peu
En s’énervant beaucoup.
Jamais elle ne referait une partie.
Jamais elle ne recommencerait quoi que ce soit.
Autour de moi la ville vivait.
Des pas
Des voix
Des rires.
Le monde continuait comme si rien n’avait été arraché.
Mais moi je restais là
Devant ces deux enfants figés dans un futur que je ne connaîtrai pas.
Je me suis assise sur le bord de la fontaine.
L’eau tombait en perles régulières
Presque apaisantes.
J’ai pensé à ces mots que l’on lance parfois pour consoler
Pour expliquer
Pour recoudre.
Ils ne me concernent pas.
Ils n’ont pas de prise sur mon histoire.
Il existe des vies où rien ne se répare.
Des injustices qui ne trouvent pas de pont.
Des arrachements qui ne deviennent jamais des leçons.
La mienne en fait partie.
Je me suis levée.
J’ai effleuré du bout des doigts le bronze froid.
Pas pour chercher un apaisement.
Juste pour dire silencieusement :
Je sais.
Je sais que ce monde-là n’est pas le mien.
Je sais que cette scène ne m’appartient pas.
Puis j’ai repris ma marche.
Pas plus légère.
Pas plus forte.
Juste fidèle à ce que je porte.
La sculpture est restée derrière moi
Dans sa douceur immobile.
Moi j’ai continué
Avec ma vérité :
Il existe des histoires qui ne se rejouent pas
Des pertes qui ne trouvent pas de mots
Des amours qui demeurent malgré tout.
Paul et Marie sont des enfants
Remplis de joie et d’énergie
Qui jouent ensemble très souvent
Et sont devenus des amis
Depuis la section maternelle
Jusqu’à la classe de primaire
Leur belle amitié se révèle
Être bien solide et sincère
Oui mais voilà, dernièrement,
Paul ne voit presque plus Marie
Car sa cousine d’Orléans
Ne veut pas jouer avec lui
Tout d’abord Marie n’ose pas
S’imposer devant sa cousine
Mais ne veut pas en rester là
Car ce silence la chagrine
Alors se dressant fièrement
De sa petite voix lui dit :
« Tu n’as qu’à jouer avec les grands
Aux cart’s ou au Monopoly
Moi, je m’en vais voir mon copain
Mais tu peux venir si tu veux,
Au bac à sable du jardin
Y’a un tobogan et des jeux »
Paul était près de la fontaine
Assis, isolé sur un banc,
Et semblait avoir de la peine.
Marie s’approcha doucement
Sur sa joue posa un baiser
« Tu seras toujours mon ami
Dis-moi que tu n’es pas fâché »
Paul secoua la tête et sourit…
Quand la cousine d’Orléans
Vint les rejoindre au tobogan
Aux cœurs légers et insouciants
Éclatèrent rires d’enfants
Je n’ai plus l’espoir
Que nous nous réconcilions
Et que nous jouions un jour au Monopoly
Eux et moi
Je vous ai tant aimés
J’ai tant voulu votre bonheur
Je vous ai tant admirés
Mais rien ne semble pouvoir
Vous réconcilier avec moi
J’ai tant voulu que vous m’aimiez
Mais vous m’avez fait si mal
Je vous l’ai dit
Et vous avez recommencé
Rejetant toute la faute sur moi
Aujourd’hui je veux simplement
Me réconcilier avec moi-même
Car je mérite non pas l’amour
Mais le respect
Sous un parapluie trop étroit pour contenir deux orages,
deux enfants se retrouvent,
coincés dans cet entre‑deux où les statues apprennent
à respirer
et bougent les sourcils quand personne ne regarde.
Autour d’eux, les tags s’étirent comme des chats de couleur.
Le soleil peint sur le mur sort une trompette de sa bouche
et souffle des rayons en papier qui bruissent comme des secrets.
Une vague en graffiti met un hula‑hoop autour de l’horizon,
et les pigeons tanguent comme des marins d’opérette.
Un cœur fraîchement bombé gonfle tellement le torse
qu’il se détache du mur,
flottant au-dessus d’eux comme un ballon
attaché à un soupir qui n’ose pas dire son nom.
Les deux petits se regardent.
« Tu m’en veux encore ? »
« Un peu… mais la pluie oublie plus vite que nous. »
Alors la pluie tire leurs ombres
comme des cerfs-volants mouillés.
Les tags applaudissent en couleurs.
Une girafe en aérosol valse avec un poisson à roulettes.
Trois lettres fluorescentes se changent en papillons
qui battent des ailes comme des rires renversés.
Les murs ouvrent grand leurs fenêtres.
Les trottoirs jouent de l’accordéon avec les flaques.
Même le parapluie, jaloux, se met à danser :
il se prend
pour la Rue de la Paix.
Les flaques deviennent un Monopoly,
où l’on paie les loyers
en éclats de rire.
Même les statues passent par la case Départ,
sans toucher deux mille rêves.
Les baleines du parapluie deviennent des jambes,
son manche une colonne vertébrale,
et il fait un tango avec le vent
comme s’il avait attendu ce moment depuis des siècles.
Pendant quelques secondes,
plus personne ne sait qui est vivant,
qui est dessiné,
qui est statue,
qui est souvenir.
Puis…
Pssssssssssss…
Le ciel ouvre la plus grande douche froide de l’univers.
Les couleurs fondent.
Le soleil retourne dans sa bombe de peinture.
La vague range son hula‑hoop.
Le cœur se recolle au mur, rouge de honte.
Les papillons redeviennent de simples éclaboussures.
Les tags retournent au mur comme des animaux mouillés.
Les deux enfants restent là, ruisselants,
minuscules,
avec des chaussures pleines d’orage.
Ils éclatent de rire.
Parce qu’une réconciliation,
c’est parfois un graffiti sous la pluie :
ça disparaît des murs,
mais jamais de celui
qui les a vus danser.

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