et le mot facultatif : chemin

Je rappelle qu’il est plus facile d’envoyer vos textes par mail en PJ plutôt qu’un lien.


Je rappelle qu’il est plus facile d’envoyer vos textes par mail en PJ plutôt qu’un lien.

C’est jour de fête dans le village,
La famille se met à la page :
Pif se prépare dans un p’tit coin
Mais loin d’Hercule, il est malin !
Tonton s’met sur son trente et un,
Costume trois pièces, chapeau melon,
Cheveux coiffés, cravate, parfum,
Le sourire un brin polisson.
Tata, pour sûr, a revêtu,
Pour l’occasion, une belle tenue.
Se dit pourtant « Que fais-je là ?
C’est pas ma fête, non loin de là ! »
Doudou, comme à son habitude,
Se moque bien de son attitude !
Comme souvent, met son doigt dans l’nez,
Le faisant just’ pour s’amuser.
Tous réunis, avant d’partir,
Font un selfie pour le souv’nir.
Sourires coquins et doigt dans l’nez
Pass’ront à la postérité !
La famille Gouluchois,
Était portée sur les rillettes
Qu’Ils achetaient en bon bourgeois,
En se refusant d’être à la diète.
Pour eux, tout ce qui était gras était bon.
Le cholestérol et le diabète,
En ce temps-là, était inconnus au bataillon.
Ils avaient tous une fringale de gourmandises.
Et ils firent les pires bêtises.
Ils étaient fiers de leur fils touché par l’embonpoint,
Pour eux, c’était un critère de bien vivre,
Même au chien, ils ne refusaient rien,
Même pas un alcool qui pouvait le rendre ivre.
En bon bourgeois ils faisaient bonne figure,
Pour leur apparente richesse, ils étaient respectés.
A moins que ce soit pour leur opulence qui dure,
Ils tenaient leur rang où ils s’étaient affectés.
Alors qu’ils étaient très bien nourris,
Ils développèrent quelques maladies,
Affirmant que celles-ci étaient pour les indigents,
Et non pas pour ceux qui avaient de l’argent.
L’étroitesse de leur savoir
En firent des repoussoirs.
Je suis un minuscule tambour.
Un studio sans fenêtres.
Une boîte sèche avec un cœur nerveux
qui tape dedans comme un voisin insomniaque.
Comme un locataire en crise.
La chaleur monte encore. Je la sens toucher ma coque,
lentement,
comme une main géante posée sur un front fiévreux.
Comme une langue de cuivre. Râpeuse.
Ça serre. Ça pousse.
Ça menace de me transformer en légume cuit.
Alors, dans un spasme, je bondis.
Pas par bravoure.
Par réflexe.
Par cette vieille panique animale élégante qui dit :
« pars, même si tu ignores où ».
Dedans, ça remue sans cesse.
La chenille gratte mes parois, plie son corps contre moi,
cogne comme si elle cherchait une sortie de secours
dans ce studio de cellulose.
Je suis un logement social pour anxiété biologique.
Un taxi uber sans volant.
Une auto-tampon.
Un petit cercueil qui refuse encore de coopérer.
Je n’entends du monde extérieur que des masses de sons étouffés.
Des voix humaines. Des rires énormes.
Un chien qui souffle tout près. Peut-être un chat.
Tout arrive jusqu’à moi comme à travers un oreiller humide.
Pourtant je comprends une chose : on m’observe.
Je suis devenu spectacle.
Le cirque du stress encapsulé.
Et cette chaleur a une odeur.
Poussière. Bois sec. Soleil sur table vernie.
L’odeur très précise du « si tu restes là, tu vas cuire doucement ».
Alors je saute encore.
À gauche. À droite. En diagonale. En erreur système.
Je ne vois rien.
Mais je devine l’ombre comme une promesse fraîche. Un endroit où la
coque cesse de brûler, où la chenille ralentit enfin son tambour intérieur.
Je suis un pois sauteur.
Un popcorn existentiel.
Je ne choisis rien.
Je trébuche vers la survie.
Et si je bondis encore, ce n’est pas pour amuser les enfants de Pif Gadget
ou rejouer l’époque des Pifitos mexicains.
Et si je repars dans ma danse absurde de haricot hanté,
c’est pour faire la fête, moi aussi.
C’est tout simplement pour éviter de finir
en gourmandise al dente.
……
Papa, maman, Gaston et moi, nous sommes prêts pour la photo de famille.
Il aura fallu deux heures pour que chacun d’entre nous soit à son avantage.
Papa porte un beau costume marron avec un gilet jaune en dessous, maman porte une robe verte avec un
petit décolleté blanc, quelques accessoires de chez Quartier, et une coiffure dont je pense que la coiffeuse
doit être en apprentissage.
Le petit Gaston porte de jolies chaussures vernies, qui le fait rire tellement elles brillent en voyant son reflet.
Et quant à moi, depuis ce matin, je brosse et lisse mon poil, tout est au poil, prêt pour le clic. Il n’y a que Hercule, malchanceux dans l’âme, qui a décidé de bouder dans son coin. Il faut dire avec deux jambes cassées, ce n’est pas facile de se déplacer. Nous voilà tous installés devant l’objectif.
Papa gonfle le torse de fierté, maman prend un sourire qui illumine son visage rempli d’amour et moi, je
souris, car je suis heureux de faire partie de cette famille.
Quant à Gaston, on va dire qu’il mange sa gourmandise favorite un doigt dans le nez.
C’est devenu un rituel
Tous les dimanches, enfin sauf ceux d’aout, période de rut vers l’océan, on place la perche. Elle est là bien installée pour matraquer la table et tous les convives.
Le père, fier de sa marmaille, la mère qui n’a pas perdu ses kilos depuis la naissance du dernier, qu’elle tient sur ses genoux.
Le chien, fidèle qui prend la pose.
La grand-mère, elle, affiche son plus beau sourire (qui, vu ultérieurement, sera trahi par ses rides)
Tandis que les deux beaux-frères, à l’insu de leur bon vouloir, sont pris en flagrant délit d’enguirlande politique.
Mêle le gigot et ses accompagnements y passent. Et Toto, peu intéressé, les doigts dans le nez, fait une apparition un passage éclair, un clin d’œil, et hop, déjà reparti. Impossible de le garder fixe à table :
c’est un invité en mode libre.
Puis gourmandise oblige, le dessert arrive, lui aussi figé pour l’éternité.
The end.
Alors Jules, le geek de service, se lève et va rabattre la perche à selfie extensible
Demonte le trépied pliable, met la télécommande dans sa poche. Il lui tarde que la nuit tombe : ses photos piaffent déjà, prêtes à faire leur show sur internet
Sous le grand tilleul du jardin, Tonton Nestor posait comme un ministre en campagne. Le ventre rentré, la moustache conquérante, il tenait son chapeau noir comme un sceptre. À ses côtés, Tante Agathe affichait ce sourire béat qu’on lui connaissait les jours de fête.
Un sourire rond, tranquille, presque éternel, où se mêlaient la tendresse et une douce gourmandise.
Agathe regardait Nestor avec cette admiration paisible que rien ne semblait pouvoir fatiguer.
Depuis des d’années elle approuvait tout :
ses discours sur la morale,
ses théories sur les voisins,
et même son fameux dogme du dimanche.
Car Tonton Nestor avait un dogme.
Il répétait à qui voulait l’entendre que « dans la vie, il faut toujours marcher droit, même quand le chemin tourne ».
Personne n’avait jamais compris cette phrase. Mais lui la prononçait avec tant de gravité que chacun hochait la tête par politesse. Tante Agathe, elle, souriait encore davantage à chaque répétition.
On aurait dit qu’elle entendait les paroles d’un prophète. Ses joues rebondissaient de bonheur simple,
et ses yeux pétillaient comme deux billes sous une lampe.
Le bébé, au milieu de cette cérémonie familiale, suçait son doigt avec application. Il semblait déjà méditer sur les mystères du monde adulte. Peut-être se demandait-il pourquoi les grandes personnes aiment tant parler pour ne rien dire.
Et puis il y avait Pif
Le brave chien regardait tout ce petit théâtre avec une sagesse silencieuse. Ses oreilles tombantes et son museau amusé donnaient l’impression qu’il savait quelque chose que les autres ignoraient. Après tout, dans cette famille, c’était peut-être lui le plus raisonnable. Il ne croyait ni aux grands discours de Tonton Nestor, ni au sourire béat et plein de gourmandise de Tante Agathe. Il se contentait d’être là, fidèle et tranquille, avec ce regard ironique des chiens qui ont compris depuis longtemps les faiblesses des humains.
Et sous le soleil pâle de l’après-midi, entre le dogme de Nestor et la gourmandise souriante d’Agathe,
Pif demeurait le seul philosophe véritable de la maison.
Enfant, je lisais le Journal de Mickey et cette image avec Pif ne me parle pas outre mesure. Elle me donne l’impression que Pif était plus irrévérencieux que Mickey qui convenait à la fille sage que j’étais. Ma gourmandisme s’étendait aux Castor junior dont j’avais aussi des livres.
Plus tard, je suis aussi passée à côté des Nuls, d’abord parce que je n’avais pas Canal + et ce que je voyais en clair, même a posteriori, ne me faisait pas rire.Par contre , j’aimais le Bêbete Show que je connaissais mieux que les Guignols de Canal +
A la fin du lycée et au début de la fac, j’ai découvert le Canard Enchaîné et le Hérisson 1.
Ma gourmandise s’était étendue l’actualité nationale, internationale, politique, à la presse, notamment des titres comme Actuel 2 et L’autre journal 3 grâce à mon père Ce virus qu’il m’a transmis, je l’ai toujours
Aux alentours des années 1920, dans les maisons de nos grands tantes ou grands mères, la photo de famille grand format, dans son cadre ovale ou rectangulaire, trônait sur les murs des salons ou des salles à
manger. On y retrouvait là, plusieurs générations : des vénérables aïeux aux petits enfants en passant par les parents de ceux ci. Tous, bien apprêtés, souvent la mine grave, esquissaient à peine un sourire ; les anciens, assis dans un fauteuil, tenaient par la main de plus petits parfois effrayés par le photographe et son drap noir.
Là, Prosper et Marie Jeanne semblent au bord de l’extase, tout du moins, très fiers de poser pour la postérité.
PROSPER a endossé son costume trois pièces dans lequel il se sent, maintenant, un peu à l’étroit.
Marie Jeanne est très bonne cuisinière, ceci expliquerait cela. Le chapeau melon dans une main et le bras
protecteur sur le dossier de la chaise sur laquelle sa femme est assise, de l’autre, il assume son rôle de chef de famille docte et protecteur.
Très jeune ouvrier dans une entreprise de pièces métalliques pour appareils ménagers, avec les années, il a gravi les échelons. Aujourd’hui, sous directeur, il pense terminer sa carrière après avoir franchi la dernière marche.
MARIE JEANNE, elle, a travaillé un ou deux ans dans la même entreprise, avant son mariage. C’est d’ailleurs là qu’ils se sont rencontrés. Depuis, avec deux enfants, dont l’un est en apprentissage dans une autre ville, elle a préféré rester chez elle s’occuper de son foyer. Et Prosper n’en n’est que plus satisfait estimant que c’est à lui seul d’assurer la sécurité financière de la famille.
Avec les grossesses, les années, les bons petits plats, Marie Jeanne s’est un peu alourdie. Elle s’efforce pourtant de rester coquette dans sa robe vert pomme au décolleté carré orné d’une soie claire et ses cheveux bruns ramenés en chignon au dessus de sa tête. Son dernier né dans les bras, elle arbore un sourire extatique.
Tous ont bonne mine, presque grassouillets, donnent l’image du couple parfait, témoins d’une époque où chacun se conforme aux stéréotypes que la société leur assigne.
On dirait une famille sortie d’un vieux film colorisé
Un de ceux où les couleurs sont trop vives
Les sourires trop sages
Et les poses trop parfaites pour ne pas sentir la mise en scène.
Le père
Impeccable dans son costume brun
Tient son chapeau tel un acteur qui attend son entrée en scène.
Il a ce port altier des personnages qui savent qu’ils sont observés
Et qui jouent leur rôle avec une application presque comique.
La mère
Assise avec une élégance soigneusement étudiée
Sourit telle une héroïne de magazine d’un autre temps.
Sa robe verte tombe exactement comme il faut
Ses mains sont posées avec une douceur chorégraphiée
Et l’on devine qu’elle pourrait
D’un battement de cils
Faire s’arrêter le vent lui-même.
Le bébé lui ne joue pas.
Il vit.
Il goûte la vie du bout des doigts
Le regard grand ouvert sur un monde qui n’a pas encore appris à tricher.
Il est la seule vérité brute dans ce tableau trop bien repassé.
Et puis il y a le chien.
Ah ce chien.
Debout tel un figurant trop enthousiaste
Il semble prêt à prendre la parole
À réclamer sa scène
À voler la vedette à tout le monde.
On dirait qu’il attend juste qu’on lui tende un micro.
Dans cette composition trop parfaite pour être innocente
Quelque chose frémit
Quelque chose cligne de l’œil.
Et c’est là que naît la ●gourmandise :
Celle de croquer dans l’illusion
De savourer le décor
De goûter ce petit théâtre familial où chacun joue à être heureux
Comme on joue à être sage sur une photographie de classe.
Une gourmandise douce
Presque tendre
Celle qui nous prend lorsque l’on regarde une scène trop lisse
Et que l’on sent sous le vernis
La vie qui déborde
La fantaisie qui s’échappe
Le rire qui menace de tout renverser
Car au fond ce tableau n’est pas parfait.
Il est mieux que ça
Il est vivant
Il est drôle malgré lui
Il est délicieusement faux
Et c’est précisément ce qui donne envie d’y mordre à pleines dents.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.