187 – La photo souvenir / Jill Bill

Portrait, photo d’famille
Costume cravate, robe à bavette
Pif, le chien
Et bouboule, l’unique, doigt dans l’pif…….

La vie va belle
Les affaires reprennent
Après la guerre
Vitrier, et comment donc…..
Ca la joue bourgeois
Beau linge
Monsieur Madame
Firmin Peulaporte – Emma Houppette…

Souriez, enfin….
Pensez à une gourmandise…. Oui,
Le p’tit oiseau vaaa sooortiiir…. !!

Ce gamin, mon arrière-grand-père,
Devenu Président d’la République, un jour,
Les doigts dans l’nez, aux votes,
Ah le destin tout d’même…

sujet 187 – Coté Écrivains


La photo souvenir – Jill Bill
Le théâtre des apparences -Marie Sylvie
Photo de famille – J.Libert
Pif gadget versus le Journal de Mickey – Laura
Sous le tilleul de Tante Agathe – Lilou
Sur le vif – Jakpit
photo de famille – Cathy
Monologue du pois sauteur – Lothar
la Famille Gouluchois – François
La maice en photo – Annick






186 – Ma vocalise c’est / François

Suis-je un âne ou un mulet ?
À la question ainsi formulée,
Je réponds que je suis un âne,
Intelligent, adoré par bien de gens.

C’est fou comme les enfants m’aiment,
Tout près de moi, ils s’amènent.
Je les laisse s’approcher à leur guise,
Ils me caressent et je vocalise.

Dans un iii han, en do majeur.
Parfois, je les remercie de bon cœur,
Ils sont là tous ces petits êtres,
Quand je passe ma tête à la fenêtre.

Je suis content d’avoir ces petits amis.
Et je les remercie en poussant mon cri,
III han,
III han.


186 – L’âne / An Maï

Naseaux à la fenêtre l’âne vocalise,
C’est que d’être enfermé, vraiment ça le fait braire
Dans sa prison coincé, il ne sait trop que faire
Et de claustrophobie, il redoute la crise.

«Voyez ce que je vois, là bas dans l’herbe tendre
Cette ânesse jolie qui sans moi fait bombance
Et de pousses bien grasses se remplit la panse,»
Semble dire la bête qui braille à cœur fendre.
«Qu’ai-je fait dites moi pour mériter ce sort ?
A son aise elle mange tandis que j’ai faim,
Je n’ai eu pour repas qu’un dur quignon de pain,
On m’a mis à la diète, voudrait on ma mort ?
Je suis l’âne si doux, marchant le long des houx…
Vous savez, celui là, dans cette poésie
Dont vous disiez les vers si sagement appris !

Avez vous oublié ? Allez, souvenez vous ! »
Naseaux à la fenêtre, l’oreille tendue
L’âne guette l’ânesse qui festoie au loin
Il brait à fendre l’âme, elle ne répond point,
Trop occupée qu’elle est à brouter l’herbe drue.

186 – Le petit âne / J.Libert

Il était un petit âne au joli pelage lustré dans les tons gris clair, presque blanc. Né depuis quelques mois seulement, il sautillait déjà, allègrement, dans le pré rempli d’herbe fraîche, appétissante. Tout le jour il gambadait, courait après les poules ou les canards qui jouaient entre ses pattes. Il s’arrêtait quand même,
le midi, au son de la cloche aigrelette de la petite chapelle, pour déguster son ballotin d’avoine et boire dans son auge pleine de l’eau d’une source proche.


Quand il faisait chaud, il se mettait à l’ombre, sous l’auvent de la cabane fabriquée par son propriétaire, s’allongeait sur le foin tout propre et fermait un œil, mais cela ne durait pas.Très vite, mis en alerte par les
conversations bruyantes et les éclats de rire des enfants du voisinage, il ressortait de sa cachette, s’approchait de la clôture et se laissait caresser. Pour les charmer, il poussait quelques vocalises, agitait les
oreilles, clignait des paupières sur son œil de velours. Il se savait gentil et affectueux, mais aussi très intelligent.


Le soir venu, juste après le coucher du soleil, il retournait dans sa cabane rejoindre ses parents. Son
père avait eu le temps de connaître, lui, une vie beaucoup plus aventureuse. Il avait grimpé sur des sentiers escarpés et caillouteux avec des chargements d’eau de source sous un soleil de plomb. Il avait reçu des coups de trique, sous les invectives d’un maître, lorsque celui ci voulait s’engager, malgré lui, sur des pistes trop risquées. Aujourd’hui, on lui lâchait la bride et c’était tant mieux !
Alors, petit âne avait bien raison de profiter de sa jeunesse avant de, peut-être, subir le sort de ses aînés.

186 –  Le Chant des Été Oubliés . / Marie Sylvie

Il passe la tête par la fenêtre comme un éclat du passé qui revient frapper doucement à la porte.
Dans ce museau posé sur la pierre
Dans ces yeux patients
Je retrouve un chemin que je croyais recouvert par les années :
Celui de mon adolescence
De nos deux ânes
De ces Été où la vie avait le goût du foin chaud et du vent dans les cheveux.

Il y avait Gaston l’âne du Poitou
Massif
Solide
Avec cette allure de vieux philosophe qui aurait choisi la lenteur comme vérité.
Et puis Ludmila
La douce
La tendre
Celle qui ressemblait tant à l’âne de la photographie.
Mon père les avait offerts comme on offre des compagnons de route : Gaston pour ma sœur Nathalie qui perdait tous ses moyens à cheval
Et Ludmila pour les cousins et cousines qui débarquaient en vacances les yeux pleins d’aventure.

On disait que les ânes étaient calmes
Rassurants
Presque faits pour les enfants.
C’était vrai… jusqu’au moment où ils décidaient de mordre
Juste pour rappeler qu’ils n’étaient pas des peluches mais des êtres entiers
Avec leur humeur
Leur fierté
Leur façon de dire 《 je suis là 》.
Moi je m’entendais avec tous les animaux
Chevaux
Ânes
Chiens
Chats
Même les bêtes silencieuses qui n’existent que dans les ombres du soir
Mais je choisissais toujours le cheval pour monter :
Son dos rond
Accueillant
Qui épousait le corps comme une promesse de stabilité.
L’âne lui avait cette colonne pointue qui obligeait à se tenir droit
À rester vigilant
À sentir chaque mouvement.

Je ne mettais jamais de selle.
Jamais.
Non par bravade mais par instinct.
Parce que je n’avais pas confiance dans le cuir
Dans les sangles
Dans les objets qui s’interposent.
Je voulais le contact direct
La chaleur du vivant sous mes jambes
La respiration qui monte et descend
La sensation d’être un seul être à deux souffles.
C’était ma manière d’exister :
Sans barrière
Sans artifice
Dans une vérité simple et nue.

Alors devant cette fenêtre où un âne pose son museau
Quelque chose se rouvre.
Une ●vocalise ancienne remonte
Un chant sans mots
Fait de poussière dorée
De rires d’enfants
De sabots sur la terre sèche
De confiance offerte et parfois trahie
De liberté pure.
Un chant qui ne fait pas de bruit
Mais qui traverse le cœur telle une brise d’Été traverse une maison ouverte.

Et je me dis que les souvenirs ne disparaissent jamais vraiment.
Ils attendent juste qu’un âne curieux passe la tête par une fenêtre pour venir les réveiller.

186 – Quelle Anne – Fredaine

Mon nom c’est ANNE
Pas de pseudo, pas de masque
Pas de nom d’scène
J’ai jamais su, j’ai jamais pu


Mon nom c’est ANNE
Pas facile à porter
Quand t’es qu’une enfant
Entourée de p’tits cons
Pour qui un âne fait HI HAN


Mon nom c’est ANNE
J’lai pas choisi
Lui il voulait Annie
Elle Marianne


Finalement


Mon nom c’est ANNE
Un jour on m’a dit
Pour une question d’respect
Ce sera Madame
Vous y croyez-vous
Qu’il passe par là l’respect
Moi pas


Mon nom c’est ANNE
Juste ANNE

186 – Ne sais pas braire – Ecridelle

Vous voyez ce que je vois ??
L’âne de Germaine n’en revient pas.

Il écarquille un œil, et se demande si à son foin n’était on a pas ajouté de l’herbe qui fait voir la vie en rose !
Déjà depuis quelques jours il entendait des bruits bizarres de son box fermé, mais là, il peut voir, la porte est ouverte !

La Germaine, assise sur botte de foin, qui fait des vocalises !
Non mais quoi alors !! L’âne , planté dans son box, la tête appuyée sur la porte
est tout tourneboulé par cette vision !
C’est que la Germaine, elle chante comme lui il brait quand il engrosse l’ânesse !

Passe le fermier son époux depuis des lustres qui lui crie ;
_Alors la Germaine toujours partante pour The Voice ?
Puis il se met à rire et s’en va nourrir ses bêtes.

Ah ben voilà pense l’âne, La Germaine s’est inscrite à un concours de chant !!
Mais la pauvre ! Faut lui dire !! Faut lui dire ! Elle ne sait pas chanter.
Il comprends pourquoi depuis qu’elle fait ça, que;

Sa voix empêche de pondre les poules !
Le coq ne fornique plus,
Les canards ne viennent plus à la mare ni manger,
le cochon ne se roule plus dans la boue,
Les lapines n’en sont plus car les lapins les ignorent pour se boucher les oreilles,
Les vaches donnent du lait caillé.
L’âne comprends que la ferme va mal !

Mais que faire pour que la Germaine cesse ses vocalises ?
Il n’est qu’un âne à qui l’intelligence n’a pas été offerte en prime !
Mais il a une idée;

Quand elle va venir lui donner sa pitance, il va la culbuter dans le box !
Oh juste un peu bien sur, juste le temps qu’elle avale de la poussière
et que sa gorge soit irritée et qu’elle devienne aphone.
Finalement elle verra ainsi que tout va reprendre son cours normal car hier encore il l’avait entendue se plaindre que les bêtes avaient quelque chose d’étrange ! Pour sur ! C’est sa voix qui les indispose !

Elle le comprendra quand même, elle, elle l’a eue l’intelligence !

186 – Charlie, l’âne irlandais / Lothar

Je pensais que les humains n’avaient que deux passions :
crier… et surtout oublier de me nourrir correctement.

Là-bas, la pluie traversait le toit effondré,
et mes os grinçaient comme de vieilles portes en hiver.

Ils me traitaient de têtu, de cabot, de bâté.
Mots amusants.

Les humains tirent des charrettes
pleines de misère toute leur vie
et reprochent à l’âne de s’arrêter.

Certains jours, je travaillais le ventre vide.
Certaines nuits, j’étais attaché si court
que je ne pouvais même pas me coucher.

J’ai arrêté de braire au bout d’un moment.
Le silence, c’est ce qu’apprennent les vieux animaux
quand personne n’écoute plus.

Puis un jour… le camion est arrivé. Je croyais que c’était encore la fin. Mais c’était un commencement.

Ici, on parle doucement.
On me brosse lentement.
Personne ne frappe.
Personne ne rit quand je boite.

J’ai de la paille propre maintenant.
Des pommes parfois.
Une petite fille embrasse mon museau
chaque dimanche
et me dit que je suis beau.

Cette pauvre enfant aurait besoin de lunettes,
mais j’apprécie l’intention.

Je suis vieux.
Mes dents sont mauvaises.
L’hiver fait encore mal.

Mais pour la première fois depuis des années…
je me repose sans peur.

Charlie ferme les yeux un instant, puis laisse échapper un étrange chant grave, en irish donkey comme venu du fond des collines irlandaises, un chant, quelque part entre une complainte celte et un meuble qu’on déplace sur un parquet humide.

« Hôô baa-rum…
Clasha moor, clasha mee…
Brééé na follum taa…
Hiii rumm tá, hiii rumm tá…
Eeeh-boroo… shaaan-donkey maa… »

Et cela signifie probablement :

« Merci pour le foin, les caresses, et le droit d’être enfin inutile en paix. »

Ce qui est, honnêtement, un rêve assez noble.


Lisa Gerrard n’aurait pas dit mieux