186 – Martin / Jill Bill

Qu’est-ce qu’il a encore vu
Mon têtu de bourriquet
Pour qu’il daigne ne pas sortir
De l’écurie, bon dieu…

Aaah, les sacs dans la cour
Môssieur rechigne à l’ouvrage, hein !

Je suis un meunier
Qui a de quoi braire, avec cet âne…
Vocalise seulement Martin
A la ronde
Pour qu’on te plaigne ;
Le petit cheval blanc de Brassens
Est autrement courageux, lui… !
Le boulanger attend sa farine
Tu le sais, mais; tu t’en fous…
Tu ne manges pas d’brioche, soit….. !!

Demain, je te vends au boucher
Tu finiras en saucisson
Mais siiii
Et j’achèterai une femme
Qui me sera bien plus utile, en tout…….

Si ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd
Il se bougera l’cul… patience…

Hi han, hi han, hi han…

Aaah tout d’même,
En route Martin, en route
Avec bâton et carotte, je sais,
Tu marches à la friandise……

185 – Nilo, Liora et Samba / Lilou

Ils avaient marché trois jours sous un ciel couleur mangue avant d’atteindre le village englouti. On racontait qu’ici, les maisons poussaient encore sous les racines, intactes, habitées par des voix qui ne savaient pas qu’elles étaient mortes.
Nilo avançait le premier.
À ses côtés trottait un grand chien fauve nommé Samba, maigre comme une flamme. Depuis l’enfance, l’animal possédait un étrange don : il grognait chaque fois qu’un souvenir cherchait à revenir au monde.
Quand ils arrivèrent devant la clairière, Samba s’arrêta net.
— Tu entends ? demanda Liora.
Au début, Nilo ne perçut rien. Puis un bruit très léger traversa les arbres : des couverts qu’on pose sur une table, un rire étouffé, le tintement d’un verre. Le village respirait encore.
Ils trouvèrent une maison couverte de lianes rouges. À l’intérieur, une table était dressée pour quatre personnes. Les fruits semblaient frais cueillis. Une soupe fumait doucement dans des bols de terre.
— Impossible… murmura Liora.
Alors une voix s’éleva derrière eux :
— Vous êtes en retard.
Une femme se tenait dans l’embrasure de la porte. Ses yeux avaient la couleur des rivières avant l’orage. Nilo sentit immédiatement qu’il la connaissait, sans jamais l’avoir rencontrée.
Samba gémit.
La femme sourit tristement.
— Il me reconnaît. Les chiens n’oublient personne.
Le vent se leva dehors. Les arbres se mirent à chuchoter entre eux.
— Qui êtes-vous ? demanda Nilo.
Elle posa une main sur la table, doucement, comme pour calmer un cœur invisible.
— Je suis celle qui est restée quand les autres ont fui la grande sécheresse. J’ai attendu si longtemps que le temps a fini par tourner autour de moi comme un animal fatigué. Le feu vacilla.
Et soudain Nilo comprit : la maison n’était pas abandonnée.
Elle était prisonnière d’un jour ancien qui refusait de mourir.
Alors la femme leur servit à manger.
Et tandis qu’ils partageaient le repas, dehors, la forêt entière retenait son souffle, comme si le monde hésitait encore entre se souvenir… ou disparaître.


185 – Fidélia / J.Libert

Fidélia, tout le village l’appelait Fidélia, mais ce n’était pas son prénom d’origine. Peut être était ce son compagnon d’alors qui l’avait prénommée ainsi parce qu’il la savait d’une fidélité à toute épreuve, contrairement à lui d’un naturel plutôt aventurier et volage. D’ailleurs, de temps en temps, comme un enfant fugueur, il disparaissait, réapparaissait sans plus donner d’explications ni modifier son comportement amoureux. Et Fidélia l’acceptait tel qu’il était. Pourtant, un jour, il ne revint pas.
Ne lui restait en souvenir que ses trois chiens aussi fidèles que leur maîtresse. « Au moins eux, ne lui feraient pas faux bond » pensait elle quand elle les nourrissait ou les promenait dans la campagne environnante. Ils étaient devenus ses gardiens, de jour comme de nuit.
Un matin d’hiver, elle faillit être malmenée par un intrus de passage qui, la voyant seule, pénétra un peu
plus avant, dans la cour, s’apprêtant à la ligoter. Les chiens, jusque là placides, montrèrent les crocs, cela
suffit à l’éloigner, manu militari.
Désormais, Fidélia se sentait en sécurité. Plus tard, elle fit la connaissance d’un peintre de grande renommée, spécialisé dans le portrait. Fidélia, la belle cinquantaine, brune et souriante, se laissa peindre, sous un ciel coloré, entourée de ses trois chiens qui posèrent patiemment, le temps nécessaire à la confection du tableau.
Aujourd’hui, Fidélia n’est plus, mais le chef d’œuvre du peintre reste accroché dans la cage d’escalier
de la maison où vit maintenant son héritière.

185 – L’aurore à travers le flou / Marie Sylvie

Dans cette toile
Quelque chose s’ouvre comme une clarté trouble.
Les formes vacillent
Les couleurs se mêlent
Et pourtant une lumière circule
Une lumière qui connaît les chemins difficiles du corps
Mais qui continue d’avancer.

Parfois
Ma propre vision se brouille
Comme si le monde hésitait à se laisser saisir.
Les contours se fondent
Les lignes se déplacent
Et la réalité devient un paysage mouvant.
Mais ce flou n’est pas une nuit :
C’est une aurore diffuse
Une manière différente d’habiter la lumière.

Dans cette œuvre de Rémi Jouanbert
Je reconnais cette sensation :
Un monde qui tremble un peu
Mais qui reste vibrant
Traversé d’éclats vifs
De couleurs qui refusent de s’éteindre.
Les chiens y avancent comme des guides
Silhouettes fidèles qui ouvrent un passage vers quelque chose de plus doux.

Et je me dis que même lorsque la vue se trouble
La lumière
Elle
Ne renonce jamais.
Elle trouve toujours un chemin.

185 – le cadeau / Jill Bill

Elle adore ses chiens, maman
Trois lévriers,
J’en ai fait faire un portrait, pictural
Expressif
Par un artiste, spécialisé…

J’entends déjà les commentaires
Toujours à se distinguer, la cadette,
Avec ses p’tits cadeaux… !!

Cette fois-ci, en grand,
Deux mètres sur un
Tout un mur, qu’on aime ou pas !

Et pourquoi une casquette, hein… !?

L’artiste a eu carte blanche,
Ne lui cherchez pas la petite bête
Ou je… mords !!!!

Elle adore ses chiens, maman
Et sa cadette, bande de jaloux, va…

Bon anniversaire maman chérie
Bon anniversaire…

sujet 185 – semaine du 2 mai au 7 mai

Bonjour à Tous

Je pars quelques jours et je ne pourrai pas mettre en ligne vos textes avant jeudi matin donc vous avez largement le temps de peaufiner votre texte d’après cette œuvre que nous avait proposée notre chère Emma que je remercie infiniment.

Rémi Jouandet clic et clic


184 – C’est la vie ça va passer… / Annick

Vivre c’est de la bombe
Et créer c’est résister
Mais avec des lendemains qui chantent faux
Je suis partie…

Le temps est-il un crime parfait ?
Je revendique l’absolu minimum
Et devenir simple c’est compliqué
Alors je joue oui…

L’art et la vie ne font qu’un
La poésie est un luxe de première nécessité
Alors vous reprendrez bien une ligne de poésie ?
La poésie agrandit le monde

Mais que faire du bonheur dans un monde sans joie ?
Je vais compter jusqu’à toi
Et l’amour mon amour
… Pour rester