Fidélia, tout le village l’appelait Fidélia, mais ce n’était pas son prénom d’origine. Peut être était ce son compagnon d’alors qui l’avait prénommée ainsi parce qu’il la savait d’une fidélité à toute épreuve, contrairement à lui d’un naturel plutôt aventurier et volage. D’ailleurs, de temps en temps, comme un enfant fugueur, il disparaissait, réapparaissait sans plus donner d’explications ni modifier son comportement amoureux. Et Fidélia l’acceptait tel qu’il était. Pourtant, un jour, il ne revint pas.
Ne lui restait en souvenir que ses trois chiens aussi fidèles que leur maîtresse. « Au moins eux, ne lui feraient pas faux bond » pensait elle quand elle les nourrissait ou les promenait dans la campagne environnante. Ils étaient devenus ses gardiens, de jour comme de nuit.
Un matin d’hiver, elle faillit être malmenée par un intrus de passage qui, la voyant seule, pénétra un peu
plus avant, dans la cour, s’apprêtant à la ligoter. Les chiens, jusque là placides, montrèrent les crocs, cela
suffit à l’éloigner, manu militari.
Désormais, Fidélia se sentait en sécurité. Plus tard, elle fit la connaissance d’un peintre de grande renommée, spécialisé dans le portrait. Fidélia, la belle cinquantaine, brune et souriante, se laissa peindre, sous un ciel coloré, entourée de ses trois chiens qui posèrent patiemment, le temps nécessaire à la confection du tableau.
Aujourd’hui, Fidélia n’est plus, mais le chef d’œuvre du peintre reste accroché dans la cage d’escalier
de la maison où vit maintenant son héritière.
