Il était un petit âne au joli pelage lustré dans les tons gris clair, presque blanc. Né depuis quelques mois seulement, il sautillait déjà, allègrement, dans le pré rempli d’herbe fraîche, appétissante. Tout le jour il gambadait, courait après les poules ou les canards qui jouaient entre ses pattes. Il s’arrêtait quand même,
le midi, au son de la cloche aigrelette de la petite chapelle, pour déguster son ballotin d’avoine et boire dans son auge pleine de l’eau d’une source proche.
Quand il faisait chaud, il se mettait à l’ombre, sous l’auvent de la cabane fabriquée par son propriétaire, s’allongeait sur le foin tout propre et fermait un œil, mais cela ne durait pas.Très vite, mis en alerte par les
conversations bruyantes et les éclats de rire des enfants du voisinage, il ressortait de sa cachette, s’approchait de la clôture et se laissait caresser. Pour les charmer, il poussait quelques vocalises, agitait les
oreilles, clignait des paupières sur son œil de velours. Il se savait gentil et affectueux, mais aussi très intelligent.
Le soir venu, juste après le coucher du soleil, il retournait dans sa cabane rejoindre ses parents. Son
père avait eu le temps de connaître, lui, une vie beaucoup plus aventureuse. Il avait grimpé sur des sentiers escarpés et caillouteux avec des chargements d’eau de source sous un soleil de plomb. Il avait reçu des coups de trique, sous les invectives d’un maître, lorsque celui ci voulait s’engager, malgré lui, sur des pistes trop risquées. Aujourd’hui, on lui lâchait la bride et c’était tant mieux !
Alors, petit âne avait bien raison de profiter de sa jeunesse avant de, peut-être, subir le sort de ses aînés.
