Je suis un minuscule tambour.
Un studio sans fenêtres.
Une boîte sèche avec un cœur nerveux
qui tape dedans comme un voisin insomniaque.
Comme un locataire en crise.
La chaleur monte encore. Je la sens toucher ma coque,
lentement,
comme une main géante posée sur un front fiévreux.
Comme une langue de cuivre. Râpeuse.
Ça serre. Ça pousse.
Ça menace de me transformer en légume cuit.
Alors, dans un spasme, je bondis.
Pas par bravoure.
Par réflexe.
Par cette vieille panique animale élégante qui dit :
« pars, même si tu ignores où ».
Dedans, ça remue sans cesse.
La chenille gratte mes parois, plie son corps contre moi,
cogne comme si elle cherchait une sortie de secours
dans ce studio de cellulose.
Je suis un logement social pour anxiété biologique.
Un taxi uber sans volant.
Une auto-tampon.
Un petit cercueil qui refuse encore de coopérer.
Je n’entends du monde extérieur que des masses de sons étouffés.
Des voix humaines. Des rires énormes.
Un chien qui souffle tout près. Peut-être un chat.
Tout arrive jusqu’à moi comme à travers un oreiller humide.
Pourtant je comprends une chose : on m’observe.
Je suis devenu spectacle.
Le cirque du stress encapsulé.
Et cette chaleur a une odeur.
Poussière. Bois sec. Soleil sur table vernie.
L’odeur très précise du « si tu restes là, tu vas cuire doucement ».
Alors je saute encore.
À gauche. À droite. En diagonale. En erreur système.
Je ne vois rien.
Mais je devine l’ombre comme une promesse fraîche. Un endroit où la
coque cesse de brûler, où la chenille ralentit enfin son tambour intérieur.
Je suis un pois sauteur.
Un popcorn existentiel.
Je ne choisis rien.
Je trébuche vers la survie.
Et si je bondis encore, ce n’est pas pour amuser les enfants de Pif Gadget
ou rejouer l’époque des Pifitos mexicains.
Et si je repars dans ma danse absurde de haricot hanté,
c’est pour faire la fête, moi aussi.
C’est tout simplement pour éviter de finir
en gourmandise al dente.
……

J’aimeJ’aime
Une petite BD associée :
PL
J’aimeJ’aime