202 – Les souvenirs de musées – Mouna

Encore aujourd’hui, à plus de 80 ans, j’aime déambuler dans un musée. Je suis curieuse par nature et pour moi c’est un tel lieu de découverte que je ne m’en lasse pas. Les petits locaux, les grands nationaux, les thématiques, les plus contemporains … ils me plaisent tous. J’en ai parcouru des salles d’exposition et pourtant ce sont les souvenirs de ma première visite qui me reviennent constamment en tête.


Je devais avoir à peine quatre ans quand mon père décide de m’initier à l’art. Il avait lui-même arrêté les études à 16 ans mais sa mère avait toujours voulu que ses trois garçons écoutent de la belle musique. Ces premiers émois artistiques sont donc liés à Chopin. Puis, l’apprentissage s’est fait au fil des années en autodidacte. Avec chacune de ses filles, il a voulu transmettre cette passion.


La première fois que j’entrai dans ce grand bâtiment qu’était le Musée des Beaux-Arts de Rouen, je fus éblouie par toutes ces œuvres, tous ces tableaux dont je ne connaissais rien mais qui m’attiraient irrésistiblement. Je sus plus tard qui étaient Degas, Monet, Pissarro ou Andy Warhol mais à ce moment précis, c’était pour moi, des trésors ! Je suis restée un long moment devant la Femme à l’éventail de Modigliani car elle ressemblait fortement à ma mère décédée depuis peu.
Et cette petite fille en tutu, quelle beauté ! Je ne savais plus où poser mon regard et j’inondais mon père de questions : « Cette statue, c’est qui ? Et ce tableau, c’est quoi ? ». Je voulais tout voir, tout savoir. Patiemment, mon père me citait les noms, les techniques, les anecdotes, les histoires. Il en connaissait des choses, j’étais folle de joie ! Puis en grandissant, j’ai gardé l’habitude avant un rendez-vous ou pendant les vacances de faire le musée « du coin ». Rien de tel que ces lieux
feutrés pour laisser son esprit vagabonder et s’imaginer soi-même une artiste. Je n’ai pas eu d’enfants, mais j’ai perpétué cette habitude familiale avec mes petits-neveux et je suis assez fière de voir que certains y ont été sensibles puisque deux d’entre eux exposent dans des galeries.

200 – Un rencontre no Kill – Mouna

Cela faisait plusieurs semaines que je l’observais de loin en train de pêcher au bord du bras mort de la Touques. J’aimais sa façon d’être concentré sur sa mouche, d’observer le fil de l’eau pour savoir où le poisson était caché et le sourire qu’il avait quand il en attrapait un et encore plus quand il le relâchait. Il y avait une sérénité qui me reposait, moi qui vivais toujours à 200 à l’heure.
J’ai réussi à l’aborder, d’abord quelques minutes pour savoir ce qu’il pêchait, puis un peu plus longtemps pour comprendre sa technique et pourquoi il les relâchait, puis des heures pour écouter sa vie comme on écoute la rivière couler le long des rochers. Il ne m’a pas sorti les violons quand il m’a chuchoté ses épreuves de vie. Il m’a raconté les choses simplement comme si cela faisait partie de la vie, voilà tout.
Et puis, et puis il n’est plus venu. J’y suis repassée pendant des mois sans jamais le revoir. Sa place restait désespérément vide comme si même le bord de l’eau l’attendait pour compléter le paysage. Il avait disparu aussi soudainement qu’une truite fario qui gobe une mouche de Mai au crépuscule.