
Je rappelle encore qu’il est plus facile d’envoyer vos textes par mail en PJ
plutôt qu’un lien.
mot facultatif : fuite





C’est une maison de poupées,
Où tout reste figé.
La glace est de travers,
La souris est peinte sur les WC,
Une poupée est faussement en chair,
Est sur une étagère laissée.
Il y a bien Grosminet,
Qui pense manger la souris,
Mais il semble être en faïence,
D’où sa véritable patience.
Rien ne semble en vie !
C’est une maison de poupée,
Où l’inénarrable est figée !
« Il faut bien payer le logis familial à Pigalle et nourrir ma famille. Aussi, pour quelquessous de l’heure, je sers de modèle de danseuse à Monsieur Degas, le grand sculpteur.
Dans son studio d’art où la verrière filtre une douce lumière printanière, je reste des heures dans la même position.
A tout juste quatorze ans, je suis un petit rat de l’opéra, un rat parmi tant d’autres à défiler dans les couloirs.
Mes pieds me font mal, ancrés dans le parquet. Mes articulations crient de douleur. Monsieur Degas m’a dit de ne plus bouger, alors je reste là, figée, le menton levé, fier, regardant au loin, au-delà de la misère. Pour ne pas trembler, je serre les doigts de mes mains croisées derrière le dos et, sous mon tutu de tulle et mon corset de toile rêche, j’amorce la danse sans faire un pas.
Prisonnière de ce bronze, personne n’a vu toutes ces heures de barre, ni la sueur fine couler sous mon habit léger, ni la faim me tordre le ventre.
En silence, j’attends un impossible matin et défies les rumeurs, les regards des belles poudrées derrière leurs éventails dorés.
Je n’attends plus qu’un geste de l’artiste pour entamer une danse pour la postérité ».
Carine rêvait de devenir artiste.
Pas pour briller sous les projecteurs non.
Elle voulait simplement sentir son corps raconter quelque chose comme la petite danseuse de Edgar Degas :
Un menton levé
Une volonté qui tient debout malgré tout.
Mais chez elle l’argent manquait.
Alors pour financer ses cours de danse
elle avait trouvé un emploi de ménage dans un cabinet de gastro-entérologie.
Chaque soir elle frottait les sols.
Vidait les poubelles.
Récurait les sanitaires.
Et chaque soir elle constatait la même chose :
Les usagers laissaient derrière eux un désordre qui lui serrait le cœur.
Elle qui rêvait de beauté se retrouvait face à l’irrespect brut.
Un soir en rangeant ses affaires elle eut une idée.
Elle repensa à une image vue sur Internet :
Un rat de Banksy
Vif
Insolent
Presque philosophe.
Elle en trouva une reproduction
L’encadra
Et la déposa dans les toilettes du cabinet.
Le rat perché sur son lavabo semblait dire :
《 Je viens des égouts et pourtant je respecte mieux mon environnement que vous. 》
Les patients furent surpris.
Certains rirent.
D’autres se sentirent visés.
Mais Carine n’en resta pas là.
À la sortie du cabinet dans le couloir elle accrocha une autre image :
Le chat de Pompéi
Mosaïque antique
Noble
Immobile
Propre comme un symbole de civilisation.
Sous le cadre elle écrivit simplement :
《 Depuis des millénaires les chats sont propres.
Et vous ? 》
Les secrétaires applaudirent.
Le médecin amusé lui dit qu’elle avait plus de talent pédagogique que bien des affiches officielles.
Et les usagers… se mirent à faire attention.
Carine elle continuait de danser.
Dans sa petite chambre elle imitait la posture de la danseuse de Degas :
Les bras relâchés.
Les pieds en première.
La détermination en avant.
Elle se disait que peut-être l’art n’était pas seulement un rêve inaccessible.
Peut-être était-ce une manière de changer le monde même un tout petit peu.
Chaque fois qu’elle passait devant le rat de Banksy ou le chat de Pompéi elle souriait.
Ces deux animaux
Venus de deux époques et deux univers
Étaient devenus ses alliés silencieux.
Son éventail de courage.
Sa grand-mère lui avait offert un éventail au décor japonisant
Lors de son voyage à Venise avec son défunt mari, elle avait opté
Pour un éventail en dentelle ; cet objet a fleuri cet été
Mais Cannelle voudrait, grâce à ses éventails
Chasser les mots, qui paraissent des détails
Mais qui continuent à lui faire dire « aïe »
Elle voudrait revoir en pensée la lagune, la biennale
Sans réentendre qu’elle menait son mari par le bout du nez
Parce qu’ils en ont ramené en plus l’envie de polenta
Elle espère pouvoir un jour rouvrir les images de l’expo
Sur Pompéi(une concession parmi d’autres) sans revivre
La fin de ce week-end qui a si mal fini
Pourquoi n’ont-ils pas compris comment fonctionnait leur couple
Entre la danseuse de Degas et les trains, l’art et la technique
En partage des passions de l’autre, jusqu’à les faire sienne ?
Ces deux hommes se seraient sans doute entendus sur Banksy
Autour d’une bonne bière quoi que le premier préférait la pression
Et la modération aux canettes noires qui montent vite à la tête
Event-aïe-z -la de ces détails qu’elle ne parvient pas à chasser
De son esprit parce qu’elle ne comprend pas leur incompréhension
De leurs amours dans le temps et dans l’espace
Pourquoi l’un a t-il pu entendre son passé dont il faisait un peu partie
Sans en être jaloux bien qu’il ait eu plus de raisons que l’autre
Qui l’a agonie d’injures sexistes qui mériteraient une plainte ?
Pourquoi cet homme d’une certaine façon plus cultivé que le premier
A envahi son espace, sa chambre à elle, à la Virginia Woolf
Tout en le critiquant et en disant qu’elle s’occupait beaucoup d’elle-même ?
Toutes les belles choses comme leurs vœux réciproques à Passion Japon
Son soutien pour la dispersion des cendres de son défunt mari
Ou ses prières pour sa mère à lui ; bast comme il disait !
Tout est entaché mais elle va profiter de son temps et de son espace
Pour écrire , essayer de mélever avec le concours, lire, découvrir
Est-ce « péter plus haut que mon cul ? » Quand ils étaient encore làdd
Est-ce que les ménais par le bout du nez ?Soyez mon éventail
En me répondant : Ce que j’ai pu faire avec un homme semble t-il
Singulier. Je vais le faire seule, enfin seule, pas rééquilibrée mais presque heureuse
Encore aujourd’hui, à plus de 80 ans, j’aime déambuler dans un musée. Je suis curieuse par nature et pour moi c’est un tel lieu de découverte que je ne m’en lasse pas. Les petits locaux, les grands nationaux, les thématiques, les plus contemporains … ils me plaisent tous. J’en ai parcouru des salles d’exposition et pourtant ce sont les souvenirs de ma première visite qui me reviennent constamment en tête.
Je devais avoir à peine quatre ans quand mon père décide de m’initier à l’art. Il avait lui-même arrêté les études à 16 ans mais sa mère avait toujours voulu que ses trois garçons écoutent de la belle musique. Ces premiers émois artistiques sont donc liés à Chopin. Puis, l’apprentissage s’est fait au fil des années en autodidacte. Avec chacune de ses filles, il a voulu transmettre cette passion.
La première fois que j’entrai dans ce grand bâtiment qu’était le Musée des Beaux-Arts de Rouen, je fus éblouie par toutes ces œuvres, tous ces tableaux dont je ne connaissais rien mais qui m’attiraient irrésistiblement. Je sus plus tard qui étaient Degas, Monet, Pissarro ou Andy Warhol mais à ce moment précis, c’était pour moi, des trésors ! Je suis restée un long moment devant la Femme à l’éventail de Modigliani car elle ressemblait fortement à ma mère décédée depuis peu.
Et cette petite fille en tutu, quelle beauté ! Je ne savais plus où poser mon regard et j’inondais mon père de questions : « Cette statue, c’est qui ? Et ce tableau, c’est quoi ? ». Je voulais tout voir, tout savoir. Patiemment, mon père me citait les noms, les techniques, les anecdotes, les histoires. Il en connaissait des choses, j’étais folle de joie ! Puis en grandissant, j’ai gardé l’habitude avant un rendez-vous ou pendant les vacances de faire le musée « du coin ». Rien de tel que ces lieux
feutrés pour laisser son esprit vagabonder et s’imaginer soi-même une artiste. Je n’ai pas eu d’enfants, mais j’ai perpétué cette habitude familiale avec mes petits-neveux et je suis assez fière de voir que certains y ont été sensibles puisque deux d’entre eux exposent dans des galeries.
C’est moi, le si connu inconnu.
Je peins, je réfléchis, je dénonce…
Je suis tant occupé à sauver le monde que j’oublie parfois où j’ai posé mes pinceaux.
Je graffe sur les murs, et les passants s’interrogent :
Est-ce un génie ?
Un philosophe ?
Ou simplement un égaré qui avait une bombe de peinture en promo ? »
Mes messages prouvent à eux seuls que je ne suis pas du genre à rester les pieds en éventail. D’ailleurs,
mes pieds n’ont jamais vu un éventail de près.
Je plais, je déplais, on m’admire, on me déteste.
Certains clichent mes pochoirs avec trouble,
D’autres appellent ‘Urgence SNT’ le service de nettoyage total
Mais peu importe.
Pendant que les uns débattent, que les autres râlent, mes pochoirs font parler de moi.
Et c’est cela que j’aime.
Car dans un monde où tout le monde veut être vu,
Moi, le si connu inconnu, je réussis l’exploit d’être partout…
Sans jamais être là.
La foire aux souris
Quand le chat n’est pas là
Elles dansent, enfin ;
Elles saccagent
Que de DEGAS elles font
Dans la salle de bains… !
Lâchez donc les félins de Pompéi……
Dans la salle de danse
Le petit rat
Tutu en éventail
Patiente, mains dans le dos
Sage comme une image
L’arrivée de madame Claude Bessy
De l’Opéra de Paris…
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