173 – Les deux tableaux – J.Libert

LES DEUX TABLEAUX

Cette aile de manoir Renaissance, hérité à la mort de son père, n’avait pas encore été restaurée, était
restée en l’état du vivant du Comte de Malvoisin.
Les tableaux peints de son père et de sa mère accrochés sur l’un des murs de l’immense salle de billard,
désormais plongée dans l’obscurité, auraient laissé indifférent un œil étranger. Aujourd’hui, Pauline, elle, s’attardait sur chacun avec un regard tout neuf. Ses souvenirs d’enfant et de jeunesse lui revenaient soudain en mémoire.
Elle se posta d’abord devant le tableau représentant son père. Peint à l’approche de la quarantaine, il se
tenait digne dans son costume trois pièces de notable, petite moustache et nœud papillon. Ses yeux rieurs exprimaient ce côté débonnaire qu’elle avait tant aimé.
Il l’avait longtemps protégée de sa mère qui, représentée sur le tableau voisin, avait l’air d’une guénuche parée de bijoux extravagants. Jalouse de sa fille qui devenait, de jour en jour, une gentille bachelette au sourire gelasin, elle la tançait vertement et lui cherchait pétoffe pour un oui, pour un non.
Malgré des patarafes et de la mésséance, elle parvint à embabouiner son comte de mari pour envoyer
Pauline dans un pensionnat très éloigné d’où elle ne sortait que deux fois par an.
Mais, surcroît de malenchère pour la marâtre, elle ne survécut que peu de temps à une brutale crise
cardiaque et, ni Pauline, ni son père ne la plaignirent !

Un commentaire sur « 173 – Les deux tableaux – J.Libert »

  1. Chère Jacqueline

    Un récit piquant et très bien mené !
    J’ai beaucoup aimé la dualité entre ces deux tableaux et la manière dont tu as brossé le portrait de cette bachelette exilée.
    La fin est une juste revanche du destin.

    Une excellente scéne cinématographique !
    Bien amicalement, Marie Sylvie

    J’aime

Votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *