Après le repas, les soirs d’été, Séverine descendait dans le champ d’à côté. Elle allait s’asseoir sur le vieux banc de fortune qui se reflétait dans les eaux d’une grande mare irisée par le soleil couchant.
Pendant de longues minutes, elle restait là, immobile, paisible, comme en contemplation, se reposant
des travaux du jour, à la ferme.
Le soleil déclinait à l’horizon et les bruits de la vie s’estompaient. Bêtes et gens s’apprêtaient au repos
de la nuit tandis que les vents tièdes transportaient des odeurs de foin coupé.
Séverine semblait s’assoupir. Ses mains jointes sur sa robe noire à fleurettes, son chapeau de paille à larges bords dissimulant la moitié de son visage, lui donnaient un air de nonne en prière ou en adoration.
Mais il ne fallait pas s’y tromper. Séverine veillait. Quand 22 heures sonnait à la vieille église du village, elle relevait la tête, ôtait son chapeau en attendant de le suspendre, en rentrant, au crochet, placé près de la porte de la salle commune.
Aujourd’hui, le banc de bois déserté, est resté en place. Tous les ans, à la date anniversaire de Séverine,
un ou une anonyme y dépose un bouquet de marguerites…
J. Libert

Chère Jacqueline
Ton récit m’a profondément émue.
Tu as su donner une âme et une histoire à ce banc à travers le personnage de Séverine.
J’aime beaucoup l’idée que, bien que le banc soit aujourd’hui « déserté », il reste un lieu de mémoire où fleurissent des marguerites.
Ton texte apporte une dimension humaine et historique qui complète merveilleusement mon « Évasion immobile ».
Cette Séverine, en « adoration » devant le paysage, aurait pu être la gardienne de la paix que je cherchais à décrire.
Merci pour ce moment de lecture si touchant.
Bien amicalement, Marie Sylvie
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Durs durs les travaux de la ferme ! le rituel aidait probablement Séverine à vivre avec ce supplément d’âme. Avec le sourire
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