175 – Ne me laissez pas seul /Ecridelle

Immobile

Je n’ose presque pas respirer.. L’anxiété me serre la gorge,
j’ai l’impression de gonfler. L’angoisse n’est pas loin…
Non ! Ne pas céder à la panique !

Je reste là, immobile, dans l’attente depuis des jours.
Quelqu’un viendra. Ils ne peuvent pas me laisser mourir comme ça !
La verdure est calme, aucune brise dans les feuilles .
Seule l’eau de l’étang semble vivante.
Je m’y reflète et dieu que j’ai peur de me voir si seul, abandonné !

Avant, ils venaient, ils me caressaient, ils me confiaient des secrets !
Et jamais je le jure je ne les ai divulgués !
Pourquoi alors me laisser seul. Mon cœur bat la chamade.
Vais-je, ma vie durant, pourrir ici ?
Pourtant je suis encore résistant, je suis encore utile.
Avant je les entendais me parler, me complimenter.
Je me sentais important. Confiant de les rendre heureux.

Mais aujourd’hui, plus personne ne vient. Pourtant je n’ai pas changé,
j’ai juste pris quelques années de plus et je suis disponible, toujours.
Je me sens si seul et cette anxiété qui me serre le cœur.
J’ai peur, si peur de rester seul ici. Je sais que l’endroit est beau,
calme, reposant et verdoyant mais ne m’y laissez pas seul.
Je vous attends. Prenez le temps. Venez vous asseoir.
Vous verrez , vous pouvez tout me dire.
Je ne suis que le banc de bois, gardien de tous vos secrets.

2 commentaires sur « 175 – Ne me laissez pas seul /Ecridelle »

  1. Chère Ghislaine

    Quelle idée poignante de donner ainsi la parole au banc !
    C’est un choix narratif très fort qui transforme cet objet immobile en un être sensible, presque humain.
    On ressent vraiment cette détresse de ne plus être « utile » et cette peur de l’oubli que tu décris avec tant de justesse.
    Le contraste entre la beauté calme de la nature et l’anxiété du banc qui « bat la chamade » est particulièrement réussi.
    Tu nous rappelles avec beaucoup de poésie que les objets qui nous entourent sont souvent les gardiens silencieux de nos vies.

    Merci pour ce partage très émouvant.
    Bien amicalement, Marie Sylvie

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