175 – Reflets – Fredaine

Je m’y assois encore, j’y rêve encore, là immobile, comme absente à ce qui se déroule autour de moi. Tant de temps s’est écoulé depuis les premières fois, celles où j’étais encore trop petite pour juste m’y asseoir et où j’employais toute mon énergie, toute ma volonté pour y grimper.
Une fois installée là-haut, j’avais le sentiment d’être sur le toit du monde ; je voyais loin, de l’autre côté du lac, je suivais sur l’onde le voyage des nuages me racontant tant d’histoires que je pourrais aujourd’hui en faire un livre. Les enfants aiment se raconter des histoires. Je m’agenouillais pour essayer d’apercevoir mon reflet dans l’eau, l’opération était risquée mais l’insouciance de mon jeune âge me donnait toute l’inconscience nécessaire pour une telle opération. Là, penchée sur l’eau, ce n’est pas la fillette que j’étais dont j’apercevais le reflet ; ce reflet était celui d’une héroïne de contes de fées et, bien sûr, j’étais une fée.


Aujourd’hui, plus demi-siècle s’est écoulé. Je viens encore m’y asseoir même s’il manque quelques rondins au banc de mon enfance. Je n’ai plus besoin de m’agenouiller ni de mepencher pour apercevoir mon reflet. Je sais que je ne suis pas sur le toit du monde, je sais aussi que je ne suis pas une fée. Je ne suis plus le voyage des nuages et je crains même d’avoir du mal à me raconter des histoires. Quand je me penche, j’aperçois la petite fille que j’étais, celle aussi qui a grandi et qui venait s’asseoir là avec son père toujours à veiller à ce que rien de grave n’arrive à l’oisillon téméraire que j’étais. J’aperçois aussi leur reflet des années
plus tard quand devenue adulte, c’est moi qui lui prenais la main pour qu’il ne tombe pas.

4 commentaires sur « 175 – Reflets – Fredaine »

  1. Chère Fredaine

    Quel bonheur immense de te relire !
    Je suis vraiment ravie de voir que l’inspiration est de retour et avec quelle force !

    Ton texte sur les « Reflets » est d’une sensibilité infinie.
    J’ai été très touchée par ce voyage dans le temps, de la petite fée qui grimpait sur son banc pour dominer le monde à la femme d’aujourd’hui qui contemple ses souvenirs.
    Cette image de la main que l’on finit par tenir à son tour, pour rendre la protection reçue autrefois, est d’une beauté bouleversante.
    Merci pour ce partage si personnel qui résonne si bien avec mon « Évasion immobile ».

    Quel plaisir de te retrouver parmi nous !
    Bien amicalement, Marie Sylvie

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  2. Mais tu nous a manqué Fredaine ! et ton retour est super. Il est vrai aussi que le sujet est inspirant et se prête aux souvenirs et à la nostalgie. Avec le sourire

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  3. Merci à vous deux mesdames pour vos doux commentaires. Ce n’est pas l’inspiration (si parfois pour certains sujets) qui me manque mais le temps en ce moment. Cependant, ce banc près de l’eau m’a fait de l’œil.
    En écho à ce que tu as écrit Marie-Sylvie (cette image de la main que l’on finit par tenir à son tour, pour rendre la protection reçue autrefois, est d’une beauté bouleversante), un très bel album jeunesse (mais pas que) : « L’amour qu’on porte » de Jo Hoestland et Carmen Segovia.

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  4. Depuis cet observatoire propice aux rêves et au souvenir, voilà deux visions du monde, celle de l’enfance celle d’un moment d’introspection que tu décris très bien
    Cordialement

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