Lorsque je regarde cette toile
Quelque chose se déchire doucement en moi.
Je n’y vois pas seulement des formes
Des couleurs
Des femmes figées dans un rêve.
J’y vois mon histoire
Ma peau
Mon poids
Ma lutte.
J’y vois ce que j’ai été forcée de devenir
Et ce que je tente encore
Malgré tout
De redevenir.
Pendant quinze ans
J’ai travaillé sous un joug qui ne disait pas son nom.
Jour après jour
Mon corps s’est épaissi
Alourdi
Sculpté par la contrainte.
Un manteau de muscle s’est formé sur moi
Épais
Dur
Étranger
Jusqu’à transformer ma *silhouette de taille 38 en un 58 qui ne m’appartenait pas.
Je portais ce corps comme on porte une armure trop lourde
Une armure que l’on ne peut jamais déposer.
Puis l’invalidité est arrivée.
Sept ans d’immobilité
Sept ans à habiter un corps qui ne bouge plus comme avant
Mais qui continue de crier la mémoire du travail forcé.
Rien ne s’efface vraiment.
Le muscle dissous laisse une douleur sourde
Un souvenir qui serre encore les os.
Alors dans cette toile de Paul Delvaux
Je vois une femme nue qui marche vers la lumière.
Elle avance sans peur
Sans poids
Sans passé accroché à ses épaules.
Elle est la version de moi qui renaît
Celle qui se dépouille enfin de ce qui m’a brisée.
Elle n’est pas encore moi
Mais elle est la direction vers laquelle je respire.
Et puis il y a l’autre femme
Celle en rouge.
Fine
Élégante
Presque fragile.
Sa robe rouge me rappelle mon ancien manteau
Mais allégé
Adouci
Devenu simple couleur au lieu de fardeau.
Sa pâleur dit la souffrance
Oui
Mais aussi la vérité nue d’un corps qui ne ment plus
D’un corps qui ne peut plus mentir.
Je me tiens entre elles deux.
Entre la femme que j’ai été forcée d’être
Et celle que je deviens lentement
À mon rythme
Dans ma lumière à moi.
Entre la douleur qui persiste
Et la renaissance qui
Parfois
Se glisse en moi tel un souffle neuf.
Dans cette toile
Je reconnais ma silhouette.
Pas celle que le monde voit
Mais celle qui
En silence
Cherche encore à se relever
À se retrouver
À se réinventer.
Ce n’est pas mon corps qui me définit Mais la lumière
Que je parviens encore à faire passer À travers lui.

Un très beau texte intimiste qui reflète ma propre expérience de lien avec mon corps. Très émouvant. Tarval
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Un moi entre deux femmes, que j’ai aimé lire. Si bien écrit, émouvant.
PL
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Si j’ai boudé ce thème toi tu l’as survolé, d’une femme à l’autre, forte de ton parcours de vie, de tes blessures et ton combat.
Je te souhaite une belle lumière
Cordialement
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