177- Là où les chaînes se dénouent / Marie Sylvie

Je regarde ces roulottes avancer
Lentement
Sur la route
Et quelque chose en moi se soulève
Comme un souvenir ancien qui remonte à la surface.
Depuis l’enfance un rêve m’habite
Celui de briser les chaînes invisibles qui retiennent à la vie moderne
À ses obligations qui s’empilent
À ses conventions qui étouffent.

Longtemps
J’ai imaginé une existence
Où la poésie ne s’écrit pas seulement …
Elle se vit.
Une vie où l’on marche au rythme des chevaux
Où l’on écoute le vent avant de décider
Où chaque matin porte l’odeur d’un ailleurs possible.

Mais on m’a raconté de vilaines choses sur ceux qui vivent autrement.
On m’a appris à craindre ce que j’admirais
À détourner les yeux de ces routes libres
À croire que la différence était une menace.
Alors j’ai rangé mon rêve dans un coin de moi
Comme on range un trésor trop fragile pour le montrer.

Pourtant
Il n’a jamais cessé de respirer.
Il s’est fait discret
Mais il a continué à battre quelque part sous la peau.
Et aujourd’hui
En voyant cette caravane colorée avancer au bord de la mer
Je sens ce rêve se redresser
Ouvrir les bras
Réclamer sa place.

Je comprends que la liberté n’est pas toujours une destination.
Parfois
Elle commence dans la manière de regarder le monde
Dans la façon de refuser les chaînes que l’on ne voit plus
Dans le courage de rester fidèle à ce qui appelle depuis longtemps.

Je ne vis pas dans une roulotte.
Je ne suis pas partie sur les chemins
Mais je porte en moi cette part nomade
Cette part qui sait que la poésie peut être un mode de vie
Même immobile
Et chaque fois que je croise une caravane
Un cheval
Un horizon ouvert
Je sens ce rêve d’enfant se remettre à marcher
Lentement
Obstinément
Vers la lumière.

La lenteur d’un cheval rappelle alors que la liberté
marche toujours à nos côtés
et même immobile
aucun rêve n’arrête vraiment d’avancer.

3 commentaires sur « 177- Là où les chaînes se dénouent / Marie Sylvie »

  1. J’ai du mal à mettre en mots mon ressenti à la lecture de ton texte Marie Sylvie tant il résonne d’un même écho en moi. De toute évidence, nous avons été plusieurs à sentir souffler un vent de liberté en voyant cette photo et ton texte l’exprime avec la ferveur qu’il mérite.
    Et oui, la liberté n’est pas qu’une histoire de voyage, en tout cas ce voyage peut aussi être intérieur.

    Aimé par 1 personne

  2. Tu exprimes bien combien l’envie d’un ailleurs et d’une vraie liberté sont semées d’obstacles, de préjugés, de pressions de toutes parts. Alors cette route on la trace finalement à coups de rêves et d’écrits vains … et fouette cocher !
    Merci pour ce texte Marie Sylvie
    Cordialement

    Aimé par 1 personne

Répondre à Fredaine Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *