178- La danse du miroir / Marie Sylvie

LA DANSE DU MIROIR

Le *forgeron revenait à son atelier pour récupérer un outil oublié lorsqu’un bruit sec le fit sursauter.
*Saperlipopette, souffla-t-il en se plaquant contre le mur.
Dans la maison voisine, une silhouette venait de forcer la fenêtre.
Le Printemps apportait son *renouveau mais ce soir-là l’air avait quelque chose de crispé.

À travers l’entrebâillement, il aperçut l’intrus qui fouillait la pièce avec une précision glaciale.
Il décrocha un *miroir qu’il glissa sous son bras avant de se diriger vers la sortie.

C’est à ce moment que le *livreur de fleurs arriva, un bouquet soigneusement préparé dans les mains.
Il effectuait toujours cette livraison à la même heure :
Un collègue, secrètement épris de la destinataire, préférait la discrétion du soir, certain qu’elle serait rentrée chez elle.
En tournant dans la ruelle, le livreur tomba nez à nez avec l’homme qui sortait de la maison voisine.
Il se figea.
Ce visage, il l’avait déjà vu.
Souvent.
Trop souvent.

Cet individu se présentait comme *ornithologue, toujours à rôder dans le quartier, soi-disant pour observer les oiseaux.
Mais le livreur, lui, avait remarqué ses détours suspects, ses regards trop longs, ses présences répétées.
Ce n’était pas un passionné de nature.
C’était un voyeur méthodique.

Le voleur fit un pas vers lui puis un autre.
Une *danse silencieuse, tendue, où chacun évaluait l’autre, prêt à fuir ou à frapper.

Ce n’est qu’alors que le livreur remarqua l’objet serré contre la poitrine de l’homme :
Un miroir somptueux, encadré d’une *mosaïque de pierres fines, un travail d’artisan d’une valeur inestimable.

La *pluie se mit à tomber, d’abord en gouttes éparses puis en rideau plus dense.
Le livreur sentit une délivrance discrète :
Il put baisser la tête pour protéger le bouquet, laissant l’eau ruisseler sur son visage.
Ce geste banal lui permit d’éviter le regard du voleur, de ne pas se laisser happer par ce *contrôle silencieux qui pesait entre eux.

Alors, sans un mot, chacun profita de ce rideau d’eau pour poursuivre sa route :

Le voleur s’éloigna d’un pas vif, le livreur accéléra vers sa livraison et le forgeron, toujours tapi dans l’ombre, sentit que la pluie venait d’effacer les traces d’un instant dangereux.

3 commentaires sur « 178- La danse du miroir / Marie Sylvie »

  1. Marie-Sylvie, il y a ici une jolie maîtrise narrative, incarnée.

    Les contraintes sont respectées (ordre, intégration). Les mots imposés coulent comme ruisseaux s’embouchant en une belle et jolie rivière.

    Tu construis une vraie tension en un quasi polar. Avec un texte qui a un flux logique, très propre, où rien ne se fissure.

    Tu le fais déjà ici … Te lâcher un peu plus ? Déborder un tantinet ?

    _________
    PS.
    Tu m’as redonné l’idée des mots utilisés en ordre de bataille.

    Cadeau, Sonnet : Fabricando fit faber

    J’observe en forgeron, forgeant avec bonheur.
    Oui saperlipopette, et je construis l’idée
    D’un oiseau s’élançant du ciel filant l’ondée.
    Au matin renouveau qui fourbit son veneur.

    Quand du miroir des mers renait ce délivreur,
    Quand ma tasse de thé en reste bouche bée,
    Ornithologue d’un coup, je visionne la baie,
    Danse aux flaques des eaux, aux reflets de fraicheurs …

    Et je hurle ! À travers la mozaïque solaire,
    D’un rêve à l’équilibre, d’un paysage heureux
    D’où s’emporte au lointain mon regard circulaire :

    Sous la pluie des forêts, contrôle la clairière
    Dans les nuages blancs, la fièvre carnassière
    D’un Pivert éclatant qui s’imprime de bleus.

    PL

    Avec deux vers en palimpseste (autre defi) pour le fun :

    Aimé par 1 personne

Répondre à Fredaine Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *