178- Ophélie tout simplement / Lilou

Forgeron
Saperlipopette
renouveau
Miroir
Livreur
Ornithologue
Danse
Mosaïque
Pluie
Contrôle

Enfin, la mosaïque était achevée ! Tout était sous contrôle. Dans quelques heures, le livreur viendrait rendre le cadre. Il avait travaillé, Eloi Forgeron ; pas jour et nuit mais presque. Il avait à cœur de terminer cet ouvrage dans les délais. Et pourtant, plusieurs fois il avait bien eu la tentation d’abandonner tellement la tâche lui paraissait lourde, plusieurs fois il avait failli céder à la fatigue mais cela n’aurait pas été digne de lui. Mais il voulait surtout faire plaisir à Ophélie, sa copine d’enfance esthète accomplie. Ils avaient fait toute leur petite scolarité ensemble puis collège et lycée avaient vu divergé les chemins. Ophélie avait dirigé ses pas vers l’hôtellerie et lui était parti vers les Beaux Arts. Entre eux point d’amours d’enfance contrariées, ils avaient grandis ensemble, leurs chemins avaient été un moment parallèles c’est tout. Maintenant c’était bien différent…

Un jour de mars, quand le printemps vient frapper à nos portes et commence à marquer le renouveau de la nature, Ophélie était revenue après plusieurs années d’absence. Cassée par la vie, ayant perdu dans un accident ses deux enfants et son époux, elle avait besoin de se reconstruire enfin si cela était encore possible. Son frère l’avait accueilli à bras ouvert. Un homme particulier que ce Quentin ; il était horticulteur et avait une petite entreprise d’aménagement des espaces verts et naturels. Il avait la passion des  oiseaux et voulait en faire son métier mais  ornithologue ne nourrit pas toujours son homme alors il s’était tourné vers  l’horticulture plus sûre pour vivre. Lui aussi pas vraiment épargné par les soucis, sa femme s’était enfuie le jour même de leur mariage en lui disant qu’il était trop ou pas assez kantiste. Il avait cherché la définition de ce mot, n’avait rien compris, mais comme il n’était pas né de la dernière pluie, il avait décidé de l’oublier ; cependant elle s’était rappelée à son souvenir en lui déposant un petit paquet vagissant sur le pas de sa porte avec un simple mot : débrouille-toi avec ce petit !

Tout l’été, on avait vu Ophélie faire de grandes promenades en compagnie d’une chienne errante qu’elle avait adoptée ; d’ailleurs l’adoption était réciproque. Leurs courses les emmenaient souvent vers le petit château que ses parents lui avaient laissé. Le Castelet comme elle l’appelait était un peu délabré mais elle l’aimait bien. Est-ce dans ces moments là que l’idée germa ou lors des sorties qu’elle fit avec Eloi  dans les brocantes ? Probablement. Toujours est-il que maintenant, les travaux de restauration étaient bien avancés et soucieuse de refaire une décoration XIXème, elle avait confié à Eloi la réfection du  miroir qu’elle souhaitait placer dans le restaurant qu’elle comptait ouvrir. Elle avait aussi à cœur d’ouvrir, en mémoire de ses petites filles, un cours de danse pour les enfants démunis. Saperlipopette quel courage ! 

4 commentaires sur « 178- Ophélie tout simplement / Lilou »

  1. Bravo Lilou pour ton récit poignant et plein d’humanité.
    J’ai beaucoup aimé la façon dont tu as ancré chaque mot pour tisser une histoire de reconstruction très touchante.
    Le destin d’Ophélie et la loyauté d’Eloi rendent ce texte très fort.

    Une magnifique leçon de courage, magnifiquement écrite.
    Bien amicalement, Marie Sylvie

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  2. Lilou, tu nous racontes. Et c’est genéreux.
    Ton texte déroule avec une vraie ampleur narrative, qui se déploie, où l’on sent le soin apporté à la construction et aux liens entre les éléments. L’histoire est complète.
    Le travail autour du miroir et de la mosaïque donne une belle cohérence d’ensemble.
    De mon côté, j’ai tendance à laisser les mots s’échapper un peu plus… alors je regarde avec intérêt ces architectures bien tenues, où tout semble sous contrôle comme tu le dis d’ailleurs au début – ou presque.

    PL

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