181- La lettre/ Fredaine

Cette lettre, elle l’attendait depuis si longtemps qu’elle osait encore à peine l’espérer. Mais voilà, après de long mois d’impatience, elle l’avait trouvée ce matin glissée sous sa porte. Mille foiselle en avait imaginé le contenu, rêvé des mots qu’elle aurait voulu y lire. Mille fois elle avait pensé à ce qu’elle répondrait, parce que bien sûr, elle répondrait.
Alors, ce matin en la découvrant, elle avait décidé de patienter encore un peu pour la savourer. Elle s’était faite belle, avait relevé ses cheveux en un chignon serré comme il aimait, avait délicatement maquillé ses yeux et enfilé la robe en velours noir qu’il lui avait offert. Dans son sac, elle avait emporté ce dont elle aurait besoin pour lui répondre. Elle préférait l’encre et la plume au stylo récemment inventé et que tout e monde s’arrachait. Trop banal à son goût. Elle irait au café de Flore, s’installerait à leur table, celle où ils avaient passé tant de temps à s’attendre, s’espérer, se sourire. Elle commanderait un verre de ce délicieux Merlot qu’ils buvaient ensemble le samedi soir. Elle ouvrirait l’enveloppe, déplierait délicatement la feuille et lirait, et relirait ces mots tant attendus. Un moment magique… Elle vivait l’instant sur un nuage, comme on déguste son dessert préféré. La table était libre à son arrivée. Le serveur avait déposé le verre de Merlot à côté d’elle. Elle avait décacheté l’enveloppe, déplié la lettre, ouvert son sac pour en sortir son nécessaire d’écriture.
C’est là que le drame est survenu. Après avoir déposé l’encrier, alors qu’elle s’apprêtait à lire, sa main a heurté son verre dont une partie s’est répandue sur le papier et l’enveloppe effaçant les mots tant attendus et l’adresse pour la réponse.
Dommage …

3 commentaires sur « 181- La lettre/ Fredaine »

  1. Oui, la plume prête à répondre à… rien.

    La tension est entièrement construite sur l’attente. On sent presque physiquement le moment où elle retarde la lecture pour mieux la goûter. Mauvaise idée, évidemment.
    Le contraste entre le soin extrême (se faire belle, choisir la plume) et la banalité de l’accident.
    La chute sèche : “Dommage …”. Presque cruelle dans sa désinvolture. J’adore.

    Souvent dans nos pauvres vies, le réel est là, mais légèrement désaccordé. Exactement comme dans votre texte, Fredaine.

    J’aime bien vous lire. Il manquerait peut-être juste une petite fissure dans la langue elle-même, quelque chose qui déborde comme… le vin, justement.

    PL

    Lotharquejamaisfr.wordpress.com

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