190 – Désespoir d’opprimé – Ecridelle

Il avait cessé de regarder les cartes depuis longtemps.
La latitude ne lui disait plus rien, pas plus que les points cardinaux qu’on lui avait appris à suivre.
Tout ça appartenait à un monde qu’il avait quitté sans se retourner.
La nuit, seule une étoile persistait. Il ne savait même pas si elle existait vraiment ou si son esprit l’avait inventée pour ne pas sombrer. Mais c’était suffisant pour continuer à voyager, avancer, fuir peut-être.
L’énergie qui le portait n’avait plus rien de lumineux. C’était une tension sourde, presque violente, qui grondait sous sa peau. Quelque chose qu’il ne contrôlait plus. Il avait cru pouvoir conquérir sa vie, la plier à ses choix, mais il s’était trompé. On ne conquiert rien. On survit, au mieux.
Il avait traversé l’équateur comme on franchit une ligne invisible, en espérant que tout changerait de l’autre côté. Mais rien n’avait changé. Ou plutôt, si : lui.
Le trésor qu’il cherchait n’existait pas.
Ou pire… il existait, et il savait maintenant qu’il n’y aurait jamais accès.
Alors il continua d’avancer, sans direction, sans liberté réelle,
avec pour seule certitude ce changement silencieux qui l’éloignait
chaque jour un peu plus de ce qu’il avait été.
Ainsi vit il toujours dans ce peuple opprimé, et l’espoir s’est envolé,
il a baissé les bras, il n’en peut plus de se battre contre des moulins à vent.

Un commentaire sur « 190 – Désespoir d’opprimé – Ecridelle »

  1. Voici un texte très émouvant mais bien nostalgique et mélancolique. J’espère que ton voyageur parviendra un jour à voir l’étoile qui brille en lui et constitue le vrai trésor qui contient toute la richesse qu’il cherchait au dehors.

    Très beau texte, ma Ghislaine. Merci pour ce partage qui ne laisse pas indifférent.

    Bisous

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