191 – La petite fille des temps anciens / An Maï

Étendue sur sa couche d’herbe sèche, couverte d’une fourrure d’auroch,Ehi Sha se détend un peu en
repensant à tout ce qu’elle a appris aujourd’hui :
cueillir les baies comestibles dans les buissons piquants, remplir une outre d’eau et la ramener sans en renverser une goutte, tanner les peaux que les anciennes assembleront pour en faire des vêtements… Tout cela en guettant le moindre bruit furtif annonçant l’approche d’une bête sauvage assoiffée de sang. Oubliant un instant ses craintes, elle sent le sommeil la gagner.
Près d’elle, Sha Rah, sa mère, respire mieux. La toux qui lui déchire la poitrine jour et nuit, semble vouloir se calmer. La bouche grande ouverte, elle ronfle si fort que c’en est rassurant. Elle n’est pas la seule à faire du bruit. Il y a aussi ceux qui parlent en rêvant, ceux qui se tournent et se retournent en grognant sur leur couche parce qu’ils ne peuvent dormir à cause de ceux qui s’accouplent bruyamment. Il y a Ouhm Rah, la plus ancienne du clan, qui psalmodie en veillant sur le feu. Il y a les nourrissons qui geignent contre leur mère…Tous ces sons autour d’elle, c’est la vie !

Avant de fermer les yeux, elle regarde les parois sombres de la caverne faiblement éclairées par les braises rougeoyantes du foyer dans lequel Ouhm Rah remet du bois de temps à autre. Les dessins qui l’ornent sont si beaux ! Ils racontent les chasses qui ont vu périr tant d’hommes vaillants, jeunes et moins jeunes. Elle reconnaît le renne, le cheval, le bison ou l’auroch. Il y a d’autres animaux dont elle ne sait pas le nom. Il y a aussi des traces de mains.
Beaucoup sont celles des chasseurs. Combien de ces empreintes sont celles de disparus ?
Dans un petit coin connu d’elle seule, il y a les siennes. En voyant faire les grands, elle aussi a voulu laisser une trace pour se souvenir de l’avènement de son septième cycle. Nées du reflet des flammes, des ombres mouvantes dansent sur les sombres rochers redonnant la vie à ces animaux tués et mangés depuis longtemps.
Apaisée, Ehi Sha s’endort enfin.


(Un court extrait de mon roman «Les rêves d’Élisa», remanié pour la circonstance)

Vos petits mots qui font plaisir