191 – Le cri de la grotte – Marie Sylvie

Je suis entrée dans la grotte comme on entre dans un rappel à l’ordre.
Un rappel venu de plus de 35 000 ans en arrière
D’un temps où l’être humain savait encore marcher sans détruire ce qu’il touchait.
Ici
Les lions
Les chevaux
Les bisons ne sont pas des trophées :
Ils sont des maîtres.
Et l’homme lui n’était qu’un invité.

Dans cette obscurité vibrante
J’ai senti une vérité brutale :
La préhistoire n’était pas primitive …
C’est nous qui le sommes devenus.

Eux vivaient avec la terre
Pas contre elle.
Ils prenaient
Oui
Mais seulement ce qu’ils pouvaient rendre.
Ils gravaient la pierre pour remercier
Pas pour posséder.
Ils savaient que la survie dépendait de l’équilibre
Pas de la conquête.

Et pourtant cette humanité-là a disparu.
Balayée par le climat
Par les bêtes
Par la fragilité même de la vie.
Mais jamais par sa propre arrogance.

Nous en revanche…
Nous avançons comme si la catastrophe était un fantasme.
Nous creusons
Nous brûlons
Nous plastifions
Nous bétonnons
Jusqu’à ce que la terre elle-même se perde derrière un voile de ●fumée.
Nous vivons comme si la planète était un décor de théâtre que l’on peut changer entre deux actes
Comme si la terre nous appartenait
Alors que nous ne sommes même pas capables de la respecter.

En sortant de la grotte j’ai eu honte.
Honte de nos villes qui étouffent le ciel.
Honte de nos océans qui étouffent sous nos déchets.
Honte de cette civilisation qui se croit supérieure alors qu’elle a oublié l’essentiel :
La vie n’est pas un droit
C’est un prêt.

La Grotte Chauvet n’est pas un musée :
C’est un avertissement.
Un message laissé par ceux qui savaient encore écouter le monde.
Un message que nous refusons d’entendre
Trop occupés à courir vers notre propre effondrement.

Alors j’ai murmuré dans le silence :
《 Nous avons trahi la terre.
Mais il n’est pas trop tard pour redevenir humains. 》

Vos petits mots qui font plaisir