sujet 187 – Coté Écrivains


La photo souvenir – Jill Bill
Le théâtre des apparences -Marie Sylvie
Photo de famille – J.Libert
Pif gadget versus le Journal de Mickey – Laura
Sous le tilleul de Tante Agathe – Lilou
Sur le vif – Jakpit
photo de famille – Cathy
Monologue du pois sauteur – Lothar
la Famille Gouluchois – François
La maice en photo – Annick






186 – Charlie, l’âne irlandais / Lothar

Je pensais que les humains n’avaient que deux passions :
crier… et surtout oublier de me nourrir correctement.

Là-bas, la pluie traversait le toit effondré,
et mes os grinçaient comme de vieilles portes en hiver.

Ils me traitaient de têtu, de cabot, de bâté.
Mots amusants.

Les humains tirent des charrettes
pleines de misère toute leur vie
et reprochent à l’âne de s’arrêter.

Certains jours, je travaillais le ventre vide.
Certaines nuits, j’étais attaché si court
que je ne pouvais même pas me coucher.

J’ai arrêté de braire au bout d’un moment.
Le silence, c’est ce qu’apprennent les vieux animaux
quand personne n’écoute plus.

Puis un jour… le camion est arrivé. Je croyais que c’était encore la fin. Mais c’était un commencement.

Ici, on parle doucement.
On me brosse lentement.
Personne ne frappe.
Personne ne rit quand je boite.

J’ai de la paille propre maintenant.
Des pommes parfois.
Une petite fille embrasse mon museau
chaque dimanche
et me dit que je suis beau.

Cette pauvre enfant aurait besoin de lunettes,
mais j’apprécie l’intention.

Je suis vieux.
Mes dents sont mauvaises.
L’hiver fait encore mal.

Mais pour la première fois depuis des années…
je me repose sans peur.

Charlie ferme les yeux un instant, puis laisse échapper un étrange chant grave, en irish donkey comme venu du fond des collines irlandaises, un chant, quelque part entre une complainte celte et un meuble qu’on déplace sur un parquet humide.

« Hôô baa-rum…
Clasha moor, clasha mee…
Brééé na follum taa…
Hiii rumm tá, hiii rumm tá…
Eeeh-boroo… shaaan-donkey maa… »

Et cela signifie probablement :

« Merci pour le foin, les caresses, et le droit d’être enfin inutile en paix. »

Ce qui est, honnêtement, un rêve assez noble.


Lisa Gerrard n’aurait pas dit mieux

183 – Noce en futaie / Jak pit

À la lisière de la forêt, dans un bosquet de charmilles,
le chapeau mis de guingois, façon séductrice,
paraît sous un aspect presque charnel
la fouine à l’esprit facétieux.
Aujourd’hui, c’est un jour sans chagrin :
elle se marie avec un rusé chafouin,
qui depuis de longs mois lui faisait les yeux doux.
Nombreux et bariolés sont les invités :
ils s’enivrent de champagne et de chaource frais,
et, très vite,
Divaguent, chavirent, chaloupent dans la futaie

Sur son cheval blanc, un braconnier‐chasseur rôde dans les parages.
Il est ébahi devant un tel spectacle
et, pris d’un élan artistique soudain,
sort des airs de danse de son chalumeau de roseau
un instrument qui, d’habitude, ne sert qu’à faire fuir les lapins.
Alors toute l’assemblée entre en farandole avec frénésie,
fouine, chafouin, braconnier, invités titubants,
et même deux mulots qui n’étaient pas sur la liste.
Bref : un mariage parfaitement réussi.
Cela va faire du bruit dans Landerneau !

On en parlera encore longtemps…

sujet 183 – Coté Écrivains


Ma pauvre Marie Sophie / Jill Bill
Dictons de chatons / Vegas sur Sarthe
A l’Ouest du fleuve Mississipi / Cathy
Charles / An Maï
Chuchotis campagnard / Marie Sylvie
Tautogramme / La Licorne
Cendrillon / Lilou
Noce en futaie / Jak Pit
Le petit chaperon rouge / J.Libert
Un personnage hors norme / Annick
son cheval s’est enfui / François





181 – le jardinier amoureux/ Lothar

Procrastination masculine – carpe diem

Vendredi c’était mal,
Et le treizième jour frappera,
en cascade,
Encore et encore et encore,
Juste avant Petit Gilles.

Oui tout … dire à sa femme,
Sa moitié, encore,
Laver son linge sale et changer de famille,
Il sera temps !

Vous le lui demandiez,
Et vous avez dansé,
Jeune femme.
Déchantée …

Votre amoureux jardinant,
Laissant là ses rosiers,
Pour un sacré plan,
Fort. Il vous l’a fait.
Au Café du Boulevard,
Là.

Quand au milieu de la rue,
Téléphonant presque aphone,
Lui dire … Lui, lui dit :
Allo … Allo …
Sa femme bout ! Au fil.

Las ! Puis sa batterie recoupe
Les prétextes tournesols.
Il pause sur son café
Et sous le verre de vin.

Vous le lui demandiez,
Et vous avez dansé,
Jeune femme.
Déchantée …

Devin, en devinettes,
Peignant fort ses à-plats,
Au travers de la grille,
Au diaphragme soubresaut
De vos yeux carabine.

Alors,
Votre linge promesses,
En douce layette,
Qui séchait au-dehors s’enfonce, puis disparait.

Alors,
Sous votre rouge défait,
Seule à cette table :

Voici la solitude figée à fleur de peau.
Voici le gris linceul revêtant vos regrets.
Voici la douleur, vaine …

Et le cœur en gros plan.