180 – cadeau / Lothar

Ce n’est pas le pain
ni le sac qui bruisse contre la hanche,
ni même la main qui aide
sans faire de bruit.

Le cadeau tient ailleurs,
dans l’équilibre fragile
entre deux pas hésitants,
dans ce bras prêté
comme on prête du temps
sans facture ni reçu.

Le temps s’est défait,
un peu d’écume,
un peu de poussière,
où quelque chose reste
sans nom.

Elle avance,
chaque pas pris au sol
sur un chemin défait,
comme on prend appui sur rien,
et elle, à côté,
porte un peu plus que ses courses.

Le chemin cède par endroits,
presque sans prévenir,
dans des équerres faussées,
et cela suffit.

Le monde, lui, continue
à ne rien remarquer –
il laisse passer les miracles.

Alors oui, cadeau :
pas donné,
pas reçu,
mais tenu,
comme on tient debout
sur un chemin brisé.

179 – sur un mot / Lothar

Un mot dit parmi dix, mi-nu mais sans sursoir,
Un mot maudit sur six qui broutait du hiatus,
Jusqu’à n’y plus partir livrant tout son pain noir,
Qui coinçait, qui grinchait, cousu or points motus.

Un mot lu qui floutait sorti tôt du Roman,
Un mot Goth, tic ou tac, battant pignon sur Jaz
Ratatinant son son, hypnotisant son sang,
Modulant l’indistinct aux instincts d’un son jazz.

Oui, il fallut dormir ! ô soupirs disparus !
Dans son lit assourdi aux polochons vaincus,
Aux potions qu’a la fin du soir ni plus ni moins …

Aux poisons qu’a la mort, sis au mi-nuit du mot,
Qui sont la libration du mal vibrant si vain,
Aux vivants, à l’amour, aux cartons qu’a la faux.

G Perec, La Disparition

sujet 179 – Coté Écrivains



178 – forger la fuite des mots / Lothar

Si vous êtes cartésiennes cartésiens, trop, il vaut mieux passer votre chemin ! Cette fois-ci. Car là, je vois les dix mots mis bien au chaud, comme dans une cage, sous un bel oiseau, bien serrés sages en bas de ma page de traitement de texte : Notes Samsung.

Il suffit juste d’aller les chercher un à un et de les coller en une jolie phrase rallye. En haut de l’écran noir, non de mes nuits blanches, mais de ma tablette. Voilà. Sympa.

Je commence par cette très belle interjection « Saperlipopette ». Je la colle au bout d’argile de mon stylo pour mes tableaux de perles – peintures diamants. Et je la dépose ici en haut de mon post. Elle dégage déjà un joli souffle sur ma phrase future.

Je vais ensuite chercher « Forgeron » avec ma pince à épiler. Car il bouge un peu, lui. Le bougre. Hectic, il est en mouvement. Toujours. Je le colle à la suite de l’autre en laissant un peu d’espace. Attention aux doigts avec la glue instantanée car il se trémousse. Il veut s’envoler.

Quant pour « Livreur » et « Pluie », collés ensemble par l’humidité, je prends deux épingles à tête ronde colorées et je les picadore rapidement, fortement. Je les ramène tout chauds, tout brûlants. À la suite des autres. Je les consolide avec deux autres épingles.

« Renouveau » je ne le vois plus. Mince. Versatile. Je cherche un peu, et le découvre caché derrière un escargot. Quoicoubeh … Il est lent en fait. Je le prends directement avec les doigts et le colle ici. Là, je n’échappe pas aux doigts plein de glue. Vous savez toutes et tous comme c’est énervant. Vraiment. Allez, eau chaude et savonneuse ! Allez !

Il m’en reste encore cinq. Pour calculer bien, mon bagage scientifique me sert, voyez. « Contrôle», lui est d’un calme olympien. Mortel. Comme son binôme « Miroir » qui lui est dans l’urgence. Donc je me dépêche d’aller les chercher, avec mon stylo d’argile, tant qu’ils sont encore en vie.

Le trinôme restant se cache l’un derrière l’autre, j’envoie mon border collie, et rapidement je complète le tout par « Ornithologue » « Danse » et « Mosaïque ».

On vit dangereusement. Ici. Mon montage rallye est terminé. Pensez ! Il ne restera qu’à relier les dix mots par d’autres mots. Et le tour est joué, déjoué, surjoué.

Donc le résultat de la course, c’est :

***, murmure le *** *** de ***, en profitant du *** – si lent encore – pour prendre le *** et nous offrir mille enclumes de fer, cent ***s d’argent et dix pics d’airain. Cet *** du dimanche *** alors en *** d’hésitation et de douceur.

Aïe ! Mince les mots sont retournés vivre leurs belles vies sur des couvertures glacées de romans.

Vous me direz, il n’y a pas les mots écrits dans la phrase finale. La consigne n’est pas respectée. Eh bien non. Alors je serai disqualifié, voilà. Oui.

178 – Forger la fuite des mots / Lothar

Fabricando fit faber

Si vous êtes cartésiennes cartésiens, trop, il vaut mieux passer votre chemin ! Cette fois-ci. Car là, je vois les dix mots mis bien au chaud, comme dans une cage, sous un bel oiseau, bien serrés sages en bas de ma page de traitement de texte : Notes Samsung.

Il suffit juste d’aller les chercher un à un et de les coller en une jolie phrase rallye. En haut de l’écran noir, non de mes nuits blanches, mais de ma tablette. Voilà. Sympa.

Je commence par cette très belle interjection « Saperlipopette ». Je la colle au bout d’argile de mon stylo pour mes tableaux de perles – peintures diamants. Et je la dépose ici en haut de mon post. Elle dégage déjà un joli souffle sur ma phrase future.

Je vais ensuite chercher « Forgeron » avec ma pince à épiler. Car il bouge un peu, lui. Le bougre. Hectic, il est en mouvement. Toujours. Je le colle à la suite de l’autre en laissant un peu d’espace. Attention aux doigts avec la glue instantanée car il se trémousse. Il veut s’envoler.

Quant pour « Livreur » et « Pluie », collés ensemble par l’humidité, je prends deux épingles à tête ronde colorées et je les picadore rapidement, fortement. Je les ramène tout chauds, tout brûlants. À la suite des autres. Je les consolide avec deux autres épingles.

« Renouveau » je ne le vois plus. Mince. Versatile. Je cherche un peu, et le découvre caché derrière un escargot. Quoicoubeh … Il est lent en fait. Je le prends directement avec les doigts et le colle ici. Là, je n’échappe pas aux doigts plein de glue. Vous savez toutes et tous comme c’est énervant. Vraiment. Allez, eau chaude et savonneuse ! Allez !

Il m’en reste encore cinq. Pour calculer bien, mon bagage scientifique me sert, voyez. « Contrôle», lui est d’un calme olympien. Mortel. Comme son binôme « Miroir » qui lui est dans l’urgence. Donc je me dépêche d’aller les chercher, avec mon stylo d’argile, tant qu’ils sont encore en vie.

Le trinôme restant se cache l’un derrière l’autre, j’envoie mon border collie, et rapidement je complète le tout par « Ornithologue » « Danse » et « Mosaïque ».

On vit dangereusement. Ici. Mon montage rallye est terminé. Pensez ! Il ne restera qu’à relier les dix mots par d’autres mots. Et le tour est joué, déjoué, surjoué.

Donc le résultat de la course, c’est :

***, murmure le *** *** de ***, en profitant du *** – si lent encore – pour prendre le *** et nous offrir mille enclumes de fer, cent ***s d’argent et dix pics d’airain. Cet *** du dimanche *** alors en *** d’hésitation et de douceur.

Aïe ! Mince les mots sont retournés vivre leurs belles vies sur des couvertures glacées de romans.

Vous me direz, il n’y a pas les mots écrits dans la phrase finale. La consigne n’est pas respectée. Eh bien non. Alors je serai disqualifié, voilà. Oui.

sujet 178 – Coté Écrivains

Forgeron Saperlipopette renouveau Miroir Livreur Ornithologue Danse Mosaïque Pluie Contrôle


177 – Aux roulottes de la vie / Lothar

Bonne femme à la peau sombre
Qu’il est long le chemin
Aux chaînes de la vie :
Les chiens jaunes efflanqués
Et les lions opulents autour

Après ta jeunesse grandiose
L’astre de la vie
Pose ses ombres au cadran solaire

Le désert dit le couchant
Dans tes cheveux de bronze
Là où tu ne chantes pas
Là où ta jupe ne virevolte plus

Tu te souviens

De cette ribambelle d’enfants aux yeux immenses
Effarouchés
Les pull-overs,
les sarraus sales
Les tas d’ordure, la crasse informe

Tu te souviens

Puis de tes bras trop grands
À ne savoir qu’en faire
Vilain petit canard

Et un jour tu te fis belle
Tu devins princesse
Peignant tes cheveux corbeau
Telle une fleur au milieu des champs
Pleine de sang chaud et de feu
Ta voix rauque
Tes yeux d’un noir profond
Tsigane, gitane, plénitude

Douceur de la vigne
Au goût sucré des grappes

Tu jouais de la mandoline
Le soir près du feu
Tu as chanté, tu as dansé
Tu as aimé
Avec ceux qui pleurent dans leurs violons
Chemises blanches, manches plissées

Ton chez-toi c’était ta famille
Tu as vécu dans l’ailleurs
Aux endroits où il faisait bon vivre
Tu étais un éclat de miroir
Un parmi des milliers
Perdus sur la Terre

Aux roulottes…

sujet 177 – Coté Écrivains

La vie de Bohème – Jill bill
Aux roulottes de la vie – Lothar
Qui suis-je – Ecridelle
Sur les routes – J.Libert
Retour à la nature – Tarval
Là où les chaînes se dénouent – Marie Sylvie
Eloge de la lenteur – Fredaine
Sur un air de Charles Trenet – Vegas sur Sarthe
Les romanichels – An MaÏ
une vie de bohème – Annick
Prendre son temps – François



175 – Un parapluie d’étoiles- Lothar

Un parapluie d’étoiles

J’ai observé la silhouette broncher

– où étais-je ? Elle a regardé tout droit à travers mon visage. Dans l’équerre des mots.

L’horizon pâle de la mer était au-delà des nuées – insolentes de fureur : il filait comme ces grands tourbillons qui se lamentent et qui tournoient sans fin à l’angle des ruelles.

Le temps lui même était figé, la silhouette tremblait : alors j’ai marché de front contre mes faiblesses, j’ai accroché un parapluie d’étoiles à mes nuages noirs sous mes touches tendues, sous mes défenses d’y croire, sous mes détours trop vains de lignes en demi-lunes…

J’ai observé la silhouette broncher – où étais-je ? Et puis soudain, puisque le verbe tu ne peut retenir encore toujours la paroi d’équilibre, j’ai retourné la face et mis les yeux ailleurs, le cou marbré de verve sous mes mots effacés.