175 – Le banc de l’amour- Lothar

C’est un banc, un très vieux banc,
Un banc moussu chargé d’histoire,
Pliant sous le poids de nos mémoires,
Toujours vaillant, qui nous attend.

Ce n’est que du bois, que du vieux bois,
Du bois si triste, seul dans le soir
Qui n’attend que toi, au clair de ma voix
Comme doux refuge en reposoir.

Il porte nos mots en sautoir,
Se balançant au gré du temps,
Et tend à nos rimes un miroir
Que nul autre que nous n’entend.

Et devant lui coule l’espoir
D’où surgiront nos mots aimants,
Posés comme un son de guitare,
Immobile aux ailes du vent.

sujet 175 – Coté Écrivains


174 – Je, demain… sonnet – Lothar

Je, demain… sonnet

Ma main au jeu de dés compte ses osselets,
Pouce, index et majeur, ainsi qu’on les dénomme,
Étranglent à l’étrange un sang blanc de collets.

L’annulaire est uni à la paume insolente,
Où ma ligne de vie aux ongles bien crochus,
Ose, entre chair et os, éviter la mort lente,
Aux griffes d’une femme où les poings vont déchus.

L’auriculaire obtus, jamais ne veut entendre
Le convol dans la nuit d’une phalange tendre
Qu’un ergot de caresse ourdit sur mon moignon.

Ma poigne en néant d’air sèmera dans l’étreinte,
Sous ses doigts déformés de femme Cro-Magnon,
Mille et une tambouilles, fumant dans son empreinte.