182- Au soleil Levant / Annick

Une expo temporaire s’ prépare à l’atelier :
Quelque chose de nouveau, de très peu familier.
L’exposition future devrait faire un tabac,
Chacun sera séduit par les tableaux…ou pas !

Un artiste connu a offert quelques toiles
Mais grande incertitude vient ternir son étoile.
Aimera-t-on son art, classique ou insolite ?
Aimera-t-on ses œuvres, parfois de vraies pépites ?

Un diptyque de Dali où soleil se déploie
Parmi bien d’autres toiles aura place de choix.
D’abord juste lueur, là-bas sur l’horizon,
Avec la main du peintre, devient soleil tout rond.

Lueur subtile, lueur fragile d’un jour naissant,
Illumine le ciel, sortant de l’océan.
Les nuages s’enfuient, là un oiseau s’envole…
Promesse d’une belle journée, pour Dali le symbole.

182- Le voyage par les cases / Marie Sylvie

Je devais avoir huit ou neuf ans lorsque j’ai compris que le monde pouvait se laisser approcher autrement.
Ce jour-là dans ma chambre une illustration m’attendait sur la table :
Un paysage que je trouvais trop beau pour être vrai
Trop vaste pour que mes mains d’enfant puissent le saisir.
Je le regardais comme on regarde un pays lointain
Avec ce mélange de désir et de timidité qui précède les grands départs.

Alors j’ai pris mon crayon.
Pas pour dessiner
Pas encore
Mais pour tracer un quadrillage.

Case après case je découpais l’image comme on découpe un territoire inconnu en petites étapes rassurantes.
Je ne savais pas que j’étais en train d’inventer ma propre manière de voyager.
Mais déjà quelque chose en moi s’ouvrait :
Chaque carré devenait une halte
Une petite porte vers un ailleurs que je pouvais apprivoiser.

Sur ma feuille à dessin je traçais un second quadrillage
Plus grand ou plus petit selon l’humeur du jour.
C’était comme changer d’échelle pour mieux respirer.
Je ne recopiais pas l’image :
Je la faisais passer d’un monde à l’autre
D’un format à l’autre
Comme si je la faisais traverser une frontière invisible.

Je me penchais sur une case
Puis sur la suivante.
Je suivais une courbe
Une ombre
Un éclat de lumière.
Et chaque fois que je posais mon crayon j’avais l’impression de faire un pas de plus dans un pays que je découvrais lentement.
Le quadrillage n’était plus une technique :
C’était un voyage intérieur
Un déplacement silencieux où je me retrouvais autant que je retrouvais l’image.

Mes camarades
Eux
Ne comprenaient rien à ce mystère.
Ils voyaient le résultat
Fidèle
Précis
Presque magique.
Ils cherchaient le papier calque
L’astuce
Le secret.
Ils ne savaient pas que mon secret n’était pas dans la ruse
Mais dans la patience du regard
Dans cette manière de traverser l’image par fragments
Pour mieux la rejoindre.

Avec le temps j’ai compris que ce geste d’enfant disait déjà quelque chose de ma manière d’être au monde.
Je n’ai jamais aimé les vérités d’un seul bloc.
Je préfère les approcher par petites touches
Par éclats
Par fenêtres ouvertes.
Je préfère les reconstruire doucement
Comme on remonte un chemin pierre après pierre.

Et aujourd’hui encore lorsque je repense à ces après-midis silencieux où je faisais voyager une image d’une case à l’autre
Je me dis que j’ai appris là ma première leçon de lumière :
Que la beauté se découvre par fragments
Qu’elle se traverse comme un paysage
Et qu’elle renaît chaque fois qu’une main accepte de la reprendre.

182 -Salve d’or pour Salvador / Jill Bill

Dali, vous avez dit DALI ;
Dali, surréalisme à gogo
Sa méthode paranoïaque-critique
Le rêve, la sexualité, la nourriture
Sa nourriture artistique
Pour ce fou, de chocolat Lanvin….

Voyage, voyageons dans son monde dalinien,

Les éléphants, araignées
La girafe en feu
la rose méditative
Corpus Hypercubus
Profanation de l’Hostie
L’Enigma du Désir
Le Jeu Lugubre
Montre Molle
Nature Morte Vivante
Cannibalisme de l’Automne
Plaisirs Illuminés
Autoportrait Mou au Lard Grillé…. etc etc….
Et j’en passe, poèmes, sculptures.

Ce génie capable d’ensoleiller la toile
Lui qui a dit un jour
« Je pense à la mort
Surtout quand je mange des sardines en boîte…. »

Dali, vous avez dit DALI
Lui qui avait les moyens de manger du homard…

181 – La buveuse d’absinthe/ François –

Elle connaît une grande solitude,
Bercé par la mélancolie,
Qui révèle son attitude,
Perdue dans ses rêveries.

C’est la buveuse d’Absinthe,
D’armoise amère ou l’herbe au vert*,
Qui a su la rendre si éteinte,
Égaré dans son triste univers.

Elle est là, devant son verre,
Absente du monde réel,
Perdue dans ses mystères.
Dans son imaginaire artificiel.

181 – Nouveau combat – J.Libert

Elle se tient là, assise sur la banquette en cuir fauve du café. Elle y vient souvent en fin d’après midi se
distraire avec l’animation de la rue ou plonger son regard dans le lointain, jusqu’au rocher sombre lavé
par une cascade chargée de la fonte des neiges et des pluies de printemps.
Mais, en cette première soirée de douceur, Cathia est songeuse. Elle est triste et ne voit rien autour d’elle. Pourtant, elle a revêtu sa jolie robe noire qui met si bien en valeur son décolleté et sa peau laiteuse.

C’est l’heure du thé qu’elle remplace, aujourd’hui, par un verre de vin rouge, comme pour se donner du
courage. De sa pochette en velours noir, elle a sorti un matériel d’écriture : porte plume, encrier. Sur le
papier à lettres vierge, elle y a inscrit quelques lignes pour annoncer à sa fille la mauvaise nouvelle : une
quatrième récidive de cancer du sein et une intervention inéluctable dans les prochains jours.
Elle s’était pourtant juré de ne pas la prévenir. Leur relation fusionnelle depuis toujours s’était transformée à la naissance de son premier petit fils, voilà trois ans. Désormais, mise à l’écart, Cathia n’est
plus, ni la mère, ni la grand-mère souhaitée. La souffrance, la douleur provoquées par ce rejet infondé ne
sont sans doute pas étrangères au réveil de ces dernières méchantes cellules. Une nouvelle fois, comme elle l’a toujours fait depuis 1998, elle va se battre.
Après avoir reposé son porte plume sur la table, Cathia prend quelques minutes pour réfléchir. Va t-elle
trahir la promesse qu’elle s’était faite ?
Tandis qu’elle porte le reste du verre de vin rouge à ses lèvres, quelques gouttes tombent malencontreusement sur son écrit, diluent l’encre violette à peine sèche, balaient ses interrogations.

181- La lettre/ Fredaine

Cette lettre, elle l’attendait depuis si longtemps qu’elle osait encore à peine l’espérer. Mais voilà, après de long mois d’impatience, elle l’avait trouvée ce matin glissée sous sa porte. Mille foiselle en avait imaginé le contenu, rêvé des mots qu’elle aurait voulu y lire. Mille fois elle avait pensé à ce qu’elle répondrait, parce que bien sûr, elle répondrait.
Alors, ce matin en la découvrant, elle avait décidé de patienter encore un peu pour la savourer. Elle s’était faite belle, avait relevé ses cheveux en un chignon serré comme il aimait, avait délicatement maquillé ses yeux et enfilé la robe en velours noir qu’il lui avait offert. Dans son sac, elle avait emporté ce dont elle aurait besoin pour lui répondre. Elle préférait l’encre et la plume au stylo récemment inventé et que tout e monde s’arrachait. Trop banal à son goût. Elle irait au café de Flore, s’installerait à leur table, celle où ils avaient passé tant de temps à s’attendre, s’espérer, se sourire. Elle commanderait un verre de ce délicieux Merlot qu’ils buvaient ensemble le samedi soir. Elle ouvrirait l’enveloppe, déplierait délicatement la feuille et lirait, et relirait ces mots tant attendus. Un moment magique… Elle vivait l’instant sur un nuage, comme on déguste son dessert préféré. La table était libre à son arrivée. Le serveur avait déposé le verre de Merlot à côté d’elle. Elle avait décacheté l’enveloppe, déplié la lettre, ouvert son sac pour en sortir son nécessaire d’écriture.
C’est là que le drame est survenu. Après avoir déposé l’encrier, alors qu’elle s’apprêtait à lire, sa main a heurté son verre dont une partie s’est répandue sur le papier et l’enveloppe effaçant les mots tant attendus et l’adresse pour la réponse.
Dommage …

181- Cascade intérieure / Marie Sylvie

Dans cette scène je me reconnais.
Je suis cette femme penchée sur la table
Non pour fuir le monde
Mais pour écouter ce qui remue en moi. Je reste immobile
La tête appuyée contre ma main
Et déjà les souvenirs se lèvent
Un à un
Telle une cascade lente qui cherche son chemin.

Je ne tiens plus de crayon.
Mes doigts ne tracent plus les lignes d’autrefois.
Mais je pousse les lettres
Doucement
Comme on déplace des pierres sacrées. Chaque pièce de scrabble devient un fragment de moi
Une prière minuscule
Un acte de fidélité envers ma propre histoire.

Sur la table de la toile
L’encre déborde.
Un mince filet noir
Fragile
Qui me rappelle mes propres débordements intérieurs.
Les souvenirs surgissent sans ordre
Tels des morceaux de puzzle que je tente de rassembler.
Parfois ils s’emboîtent
Parfois ils résistent
Mais tous portent une lumière
Même ceux que je croyais perdus.

Je n’ai pas de verre de vin.
Devant moi c’est une tisane chaude
Une vapeur douce qui monte comme une bénédiction discrète.
Elle m’ancre.
Elle m’apaise.
Elle me dit que je suis encore là
Vivante
Présente
Capable d’accueillir ce qui revient.

Dans cette femme je vois ma propre patience.
Ma manière d’avancer autrement
D’écrire autrement
De me souvenir autrement.
Je vois ma force silencieuse
Celle qui ne fait pas de bruit
Mais qui persiste
Qui rassemble
Qui répare.

Et dans ce moment suspendu
J’entends une voix intérieure
Légère comme un souffle :

《 Laisse venir.
Ce qui remonte n’est pas là pour te blesser
Mais pour te révéler. 》

181 -Clap de fin / Jill Bill

Songeuse, malheureuse
Il rompt, lis-je,
Lève l’ancre…
J’en ai pleuré, sur la lettre,
En cascade de larmes ;
En vaut-il la peine
Il a préféré sa légitime……..

Seule sur la banquette
Du Grand Café
Où il me rejoignait, hier encore…

Léonard, quel connard
Me dis-je, pour en rire,
Le vin va m’y aider, enfin…

Lui répondre dans un courrier
La page demeure blanche, soupir…

Aaah lui lancer aussi, elle ou moi… !!
Moi la petite danseuse, maîtresse,
Elle la fille d’un politicien, beau parti
Pour cet arriviste, finalement……

Songeuse, malheureuse,
Il rompt, lis-je
Lève l’ancre…

Garçon, champagne !!
Je fête un « divorce »
Après tout, un de perdu, comme dirait mère,
Alors m’en faire un sang d’encre
Porter le deuil
j’y penserais, et j’oublierai
Avec le temps va….

180 – Ma Mamie/ Lilou

Vous connaissez ma mamie ? Non ? Une maîtresse femme, mais toute en douceur. Quand elle était jeune, elle a connu la guerre ; la Grande, celle qui a fait tant de morts pour rien. Elle a traversé la tourmente, mais elle y a participé. Elle était serveuse dans un restaurant et, avec le cuisinier, elle s’est engagée dans la Résistance. Ils n’étaient pas amants, mais amis. Son mari, elle l’a perdu au tout début de la guerre, au moment de la capitulation.

En fait, ce n’est pas ma vraie grand-mère. Mes parents étaient clients du restaurant et je les accompagnais souvent. Trop petite pour tout comprendre, je sentais instinctivement qu’il y avait, entre mes parents et la serveuse Jeanne, un lien. Leurs paroles, parfois énigmatiques, me laissaient à penser qu’un secret les liait.

Puis un soir, alors que nous dînions dans le restaurant, un groupe de policiers entra, accompagné d’Allemands qui se mirent à vérifier les papiers des clients. Jeanne me prit par la main en douceur, me fit gentiment signe de ne pas faire ni bruit ni de mouvements trop brusques et m’emmena voir la nouvelle portée de chatons. Je ne revis pas mes parents. Ils furent arrêtés ; la suite, je ne puis la raconter, mais je sais que vous la devinerez. Je suis restée avec Jeanne. À la fin de la guerre, elle a eu le bonheur de retrouver l’amour : un homme charmant, connu dans la Résistance, mais qui avait dû s’éloigner à Londres.

Elle a connu de grandes douleurs, mais elle est toujours restée digne et élégante. Elle m’a élevée, fidèle à la prière tacite qu’elle a lue dans les yeux de ma mère lors de son arrestation.

Je regarde cette photo qu’elle m’a envoyée par messagerie — « nette », comme elle dit — une photo prise par un photographe de rue. Elle l’a trouvée si belle. Elle revenait de faire ses courses avec sa canne, dernier cadeau d’Émile il y a un peu plus de dix ans. Et son chapeau, vous voyez son chapeau ? C’est le cadeau qu’a voulu lui faire son arrière-petite-fille, âgée de douze ans et prénommée Jeanne comme elle, pour son anniversaire. Et ce jour-là, jour où Jean Ferrat nous a quittés, elle a dit avec un sourire malicieux : « Que c’est beau la vie ! »

180 – Un cadeau d’anniversaire/ François –

L’hiver vient de partir.
A l’exception de grand-mère,
Deux piétons ont pu se dévêtir,
Sans pour autant que leur tenue soit légère.

Avec son fils, la grand-mère,
Vient d’acheter un cadeau,
Pour fêter l’anniversaire,
Du petit fils Arnaud.

Il est en âge de jouer aux petites autos,
En espérant qu’il appréciera,
L’an dernier il avait eu un château,
Après avoir peu joué, il le délaissa.

Ce n’est pas facile de choisir pour des parents,
Il faut comprendre ce que veut l’enfant