Je suis l’argile
Toi qui me piétines ici
Sais tu bien qui je suis ?
Quand, lourde et grasse à tes bottes,
Dans les matins mouillés de printemps,
Tu me retournes en collantes mottes.
De te le dire, il n’est pas encore temps.
Je me transforme en tambouille immonde
Au pied des maisons que la marée inonde.
Ce n’est pas vraiment ma faute
Si l’eau me pénètre et me gonfle ;
Mais je la retiens en un riche limon
Sur lequel poussent jonquilles et chardons.
La main de l’artiste fait de moi ce qu’elle veut.
Tendre et malléable, je me prête à ses vœux.
Elle me façonne à sa guise, je ne suis que son jeu.
Elle me modèle, me lisse et me polit.
Dans ses doigts, je danse une valse gracieuse.
Je suis l’argile : mouvante et précieuse.




