175 – Le banc de l’amour- Lothar

C’est un banc, un très vieux banc,
Un banc moussu chargé d’histoire,
Pliant sous le poids de nos mémoires,
Toujours vaillant, qui nous attend.

Ce n’est que du bois, que du vieux bois,
Du bois si triste, seul dans le soir
Qui n’attend que toi, au clair de ma voix
Comme doux refuge en reposoir.

Il porte nos mots en sautoir,
Se balançant au gré du temps,
Et tend à nos rimes un miroir
Que nul autre que nous n’entend.

Et devant lui coule l’espoir
D’où surgiront nos mots aimants,
Posés comme un son de guitare,
Immobile aux ailes du vent.

175 – Le banc, nommé Narcisse / Jill Bill

Regarde…. Le banc, nommé Narcisse
Celui qui se mire dans l’eau……
Il n’a l’air de rien et pourtant !!!!

Ah ben, même si les bancs hein… !!!

Dans un silence immobile
Au pied de ce miroir
On raconte qu’il a un étrange pouvoir…..
Le pouvoir de voir l’avenir ! Utile…….

Ah ben, tu m’en diras tant hein… !!!
Comme d’autres vont à la fontaine de jouvence pardi !

C’est cela, c’est cela oui !
Veux-tu connaître cet avenir, ton avenir !?

Ben euh………
J’hésite, si des fois il n’était pas en ma faveur…..
En faire des cauchemars, bonjour, enfin bonsoir !
Tu connaîtrais pas plutôt un bon génie à trois voeux,
Une lampe magique quoi !!

Sors de tes livres de contes
Et viens t’asseoir dis-je !

Aaaah l’avenir fait peur
Il a pris ses jambes à son cou
Là je vois qu’il va battre le record du cent mètres !!

sujet 175 – Coté Écrivains


174 – Je, demain… sonnet – Lothar

Je, demain… sonnet

Ma main au jeu de dés compte ses osselets,
Pouce, index et majeur, ainsi qu’on les dénomme,
Étranglent à l’étrange un sang blanc de collets.

L’annulaire est uni à la paume insolente,
Où ma ligne de vie aux ongles bien crochus,
Ose, entre chair et os, éviter la mort lente,
Aux griffes d’une femme où les poings vont déchus.

L’auriculaire obtus, jamais ne veut entendre
Le convol dans la nuit d’une phalange tendre
Qu’un ergot de caresse ourdit sur mon moignon.

Ma poigne en néant d’air sèmera dans l’étreinte,
Sous ses doigts déformés de femme Cro-Magnon,
Mille et une tambouilles, fumant dans son empreinte.

174 – Au musée/ François –

À Hong Kong, au musée de l’Histoire,
Vous pouvez découvrir,
Des reconstitutions à la gloire,
De scènes néolithiques, pour vous servir.
`
Elles sont le témoignage précis d’une époque,
Reconstituées de nos anciens ancêtres,
Avec leur manière de vivre sans équivoque,
A leur façon, ils savaient être.

À cette époque ils maîtrisaient le feu,
En l’argile faisait des contenants,
Cuite dans un four au mieux,
Pour transporter l’eau et les aliments.

La présence d’un four les clouait dans un lieu.
Dans ces sociétés matriarcales la femme régnait
Pendant que les hommes chassaient,
Pour permettre de manger un peu,

D’autres salles dans ce musée,
Sont des témoignages multiformes,
Qui par leurs figurines exposées.
Témoignent de certitudes conformes !

173 – Si j’étais une femme préhistorique – Lilou

Si j’étais une femme préhistorique…

Si j’étais une femme préhistorique,
on dirait sans doute que je reste près du feu.

C’est vrai.
Le feu chauffe, éclaire, rassemble.
C’est un endroit stratégique.

Pendant que certains partent raconter leur courage au-delà des collines,
moi j’apprends à connaître la terre.
Je sais laquelle se fissure, laquelle résiste.
Je sais combien de temps laisser sécher une jarre pour qu’elle survive à l’hiver.

Si j’étais une femme préhistorique,
je ne brandirais peut-être pas une lance.
Mais je saurais combien de graines garder pour la saison froide.
Je reconnaîtrais les plantes qui soignent et celles qu’il vaut mieux éviter.

On me verrait assise, concentrée.
On penserait peut-être que je fais quelque chose de simple.

C’est souvent ce que l’on pense des choses essentielles.

Si j’étais une femme préhistorique,
je n’aurais pas besoin de graver mon nom sur la pierre.
Chaque pot rempli, chaque hiver traversé,
serait une signature discrète.

Et peut-être qu’un jour,
quelqu’un comprendrait que survivre
demande autant d’intelligence
que de bravoure.

Bas du formulaire

174 – Drôle de tambouille – Vegas sur Sarthe


Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Maïa rejoignit les femmes affairées à
leur tambouille.
Elle ignora les regards de reproches et les murmures.
Toujours à rêvasser celle-là. C’est pas comme ça que les siens allaient manger
chaud.
Son homme était parti tôt à la chasse – son Tartarin comme elle l’appelait
souvent – et il allait bientôt rentrer, fier d’exhiber sa besace garnie d’un
pangolin chétif ou de quelques bécasses suicidaires.
Maïa allait devoir agrémenter ce festin d’une sauce bien épicée et d’un reste de
purée de patates douces.


Cette nuit elle avait fait le même rêve éveillé.
Il ne manquait pas de grandes surfaces incultes autour du village.
Elle y construirait un commerce pour y proposer viande de bison, fruits, baies
et colifichets.


Son projet qu’elle imaginait immense s’appellerait Aux Champs ou bien
Mammouth et tout le village s’y précipiterait dès l’ouverture …
Et pourquoi pas des outres de cuir, des calebasses de bois, des écuelles et des
gourdes ?


Sous la table les gamines se chamaillaient sans cesse. La fille de Maïa ne
cessait de lui réclamer une tablette pour y graver des LOL à destination de ses
copines … une tablette !


On n’avait pas encore inventé la roue mais le monde tournait déjà trop vite et
Maïa ne pouvait pas être en reste même si son Tartarin – fantasque et menteur –
freinait toutes ses initiatives.
En cuisine les femmes avaient fini leurs tâches et la fusillaient du regard.


Demain Maïa irait trouver le vieux sage qui ne s’exprimait que par paraboles.
Le seul mot de parabole était une énigme pour tous mais chacun tentait pour soi
d’y trouver une vérité.
Il leur parlait d’une étrange menace climatique au prétexte que cette année le
marigot était à sec bien avant l’heure.
Il saurait la conseiller quand elle lui aurait avoué son rêve insensé.

Au loin s’élevait une clameur.
Maïa soupira, son Tartarin était de retour au village et déjà les curieux
l’entouraient.
Les plus excités prenaient les devants à qui serait le premier à annoncer aux
femmes le dernier exploit du chasseur.


Cette fois il avait vu des petits hommes verts dans la forêt, des nains
fluorescents venus du ciel dans une immense écuelle …


Devant sa case le vieux sage se grattait la tête. Il allait devoir trouver une parabole pour ça.

174 – Façonner la vie /An Maï

Les femmes d’autrefois, entre leurs mains habiles
Façonnaient avec soin les récipients d’argile
Qui allaient leur servir pour faire leur tambouille.
On en retrouve encore aujourd’hui dans les fouilles.
Éclats d’un temps lointain qu’on nomme préhistoire
Ces morceaux du passé sont un peu leur mémoire.
J’essaie d’imaginer leur vie si difficile.
Qu’auraient-elles pensé de nos rues, de nos villes,
De nos fours programmables, de nos casseroles
Qui cuisent nos repas à une allure folle ?
Nous vivons plus longtemps, nous croyons vivre mieux
Mais si nous regardions le Monde avec leurs yeux,
Nous verrions que courir sans cesse est inutle !
Le Temps se moque bien de nos courses futiles.
Façonnons chaque jour, sagement, avec soin
Comme disait ma mère : »Doucement va loin ! »

174 – La tambouille des premiers jours – Marie Sylvie

On raconte qu’au bord de cette rivière Bien avant les mots
Les humains parlaient avec leurs mains.
Chaque matin
La brume s’accrochait aux arbres
Telle une peau légère
Et les potiers sortaient de l’abri de pierre pour reprendre leur ouvrage.
La terre encore fraîche de la nuit attendait d’être réveillée.

Aru le plus jeune s’asseyait toujours le premier.
Il aimait ce moment où l’argile cédait sous ses doigts
Où la forme naissait sans qu’il sache encore ce qu’elle deviendrait.
À côté de lui la grande jarre de pigments chauffait doucement près du feu.
Ils appelaient ça la *Tambouille
Un mélange d’ocre
De cendre
Et d’eau de rivière qui sentait la pluie et le bois brûlé.

Ce matin-là Nara la doyenne
Observait Aru en silence.
Elle tenait dans ses mains un vase presque terminé
Lisse tel un galet.

《Tu vois》 dit-elle enfin
《Ce que tu fais là ce n’est pas seulement un pot.
C’est une trace.
Une façon de dire que nous sommes passés par ici.》

Aru leva les yeux.
Il n’avait jamais pensé à ça.
Pour lui c’était juste de la terre qu’on apprivoise.

Mais autour d’eux tout semblait confirmer les mots de Nara :
Les empreintes de pas dans la poussière
Les outils taillés
Les paniers tressés
Les poteries alignées telle une petite armée silencieuse.
Chaque objet racontait un morceau de leur vie
De leurs peurs
De leurs espoirs.

Alors Aru plongea ses doigts dans la Tambouille
Traça une ligne
Puis une autre
Hésita
Recommença.
Le vase prit une voix.
La voix devint histoire.
Et l’histoire doucement trouva sa place parmi les autres.

Lorsque le soleil monta plus haut Nara sourit.

《Voilà.
Maintenant tu sais.
Nous ne façonnons pas seulement la terre.
Nous façonnons le temps.》

Et la rivière
Comme pour approuver
Fit scintiller ses écailles de lumière.

Chaque geste raconte
Avant même
Que les mots n’existent.