182 – Lever de soleil – J.Libert

D’une main ferme et habile, il tient le pinceau.
Le pinceau voyage sur la toile.
Et voilà le soleil sur la mer
Un soleil rond, fort, tout puissant,
Éclatant, aveuglant, brûlant.
Quelques touches encore pour de fines écharpes
De nuages légers, aériens, transparents,
Laiteux ou orageux.

C’est d’abord un ciel de printemps ou d’automne
Jaune, d’un jaune clair
Qui efface l’ombre de la nuit,
Plein d’un espoir tout neuf ou renouvelé,
Encore fragile

L’énorme boule de feu semble émerger,
Naître du ventre de l’océan, à l’horizon,
Puis, s’en sépare, progressivement, complètement.

L’oiseau n’approche pas trop près.
Il en perdrait la vue ou se brûlerait les ailes.
Il volait déjà dans l’air bleu
Bien avant le lever de l’astre du jour,
Minuscule dans cette immensité,
Seule marque visible de vie animale.

Tandis qu’au fond des abysses marins
Glissent et reglissent des poissons colorés
Aux formes insolites,
Aux noms inconnus.

182- Au soleil Levant / Annick

Une expo temporaire s’ prépare à l’atelier :
Quelque chose de nouveau, de très peu familier.
L’exposition future devrait faire un tabac,
Chacun sera séduit par les tableaux…ou pas !

Un artiste connu a offert quelques toiles
Mais grande incertitude vient ternir son étoile.
Aimera-t-on son art, classique ou insolite ?
Aimera-t-on ses œuvres, parfois de vraies pépites ?

Un diptyque de Dali où soleil se déploie
Parmi bien d’autres toiles aura place de choix.
D’abord juste lueur, là-bas sur l’horizon,
Avec la main du peintre, devient soleil tout rond.

Lueur subtile, lueur fragile d’un jour naissant,
Illumine le ciel, sortant de l’océan.
Les nuages s’enfuient, là un oiseau s’envole…
Promesse d’une belle journée, pour Dali le symbole.

182- Le voyage par les cases / Marie Sylvie

Je devais avoir huit ou neuf ans lorsque j’ai compris que le monde pouvait se laisser approcher autrement.
Ce jour-là dans ma chambre une illustration m’attendait sur la table :
Un paysage que je trouvais trop beau pour être vrai
Trop vaste pour que mes mains d’enfant puissent le saisir.
Je le regardais comme on regarde un pays lointain
Avec ce mélange de désir et de timidité qui précède les grands départs.

Alors j’ai pris mon crayon.
Pas pour dessiner
Pas encore
Mais pour tracer un quadrillage.

Case après case je découpais l’image comme on découpe un territoire inconnu en petites étapes rassurantes.
Je ne savais pas que j’étais en train d’inventer ma propre manière de voyager.
Mais déjà quelque chose en moi s’ouvrait :
Chaque carré devenait une halte
Une petite porte vers un ailleurs que je pouvais apprivoiser.

Sur ma feuille à dessin je traçais un second quadrillage
Plus grand ou plus petit selon l’humeur du jour.
C’était comme changer d’échelle pour mieux respirer.
Je ne recopiais pas l’image :
Je la faisais passer d’un monde à l’autre
D’un format à l’autre
Comme si je la faisais traverser une frontière invisible.

Je me penchais sur une case
Puis sur la suivante.
Je suivais une courbe
Une ombre
Un éclat de lumière.
Et chaque fois que je posais mon crayon j’avais l’impression de faire un pas de plus dans un pays que je découvrais lentement.
Le quadrillage n’était plus une technique :
C’était un voyage intérieur
Un déplacement silencieux où je me retrouvais autant que je retrouvais l’image.

Mes camarades
Eux
Ne comprenaient rien à ce mystère.
Ils voyaient le résultat
Fidèle
Précis
Presque magique.
Ils cherchaient le papier calque
L’astuce
Le secret.
Ils ne savaient pas que mon secret n’était pas dans la ruse
Mais dans la patience du regard
Dans cette manière de traverser l’image par fragments
Pour mieux la rejoindre.

Avec le temps j’ai compris que ce geste d’enfant disait déjà quelque chose de ma manière d’être au monde.
Je n’ai jamais aimé les vérités d’un seul bloc.
Je préfère les approcher par petites touches
Par éclats
Par fenêtres ouvertes.
Je préfère les reconstruire doucement
Comme on remonte un chemin pierre après pierre.

Et aujourd’hui encore lorsque je repense à ces après-midis silencieux où je faisais voyager une image d’une case à l’autre
Je me dis que j’ai appris là ma première leçon de lumière :
Que la beauté se découvre par fragments
Qu’elle se traverse comme un paysage
Et qu’elle renaît chaque fois qu’une main accepte de la reprendre.

182 -Salve d’or pour Salvador / Jill Bill

Dali, vous avez dit DALI ;
Dali, surréalisme à gogo
Sa méthode paranoïaque-critique
Le rêve, la sexualité, la nourriture
Sa nourriture artistique
Pour ce fou, de chocolat Lanvin….

Voyage, voyageons dans son monde dalinien,

Les éléphants, araignées
La girafe en feu
la rose méditative
Corpus Hypercubus
Profanation de l’Hostie
L’Enigma du Désir
Le Jeu Lugubre
Montre Molle
Nature Morte Vivante
Cannibalisme de l’Automne
Plaisirs Illuminés
Autoportrait Mou au Lard Grillé…. etc etc….
Et j’en passe, poèmes, sculptures.

Ce génie capable d’ensoleiller la toile
Lui qui a dit un jour
« Je pense à la mort
Surtout quand je mange des sardines en boîte…. »

Dali, vous avez dit DALI
Lui qui avait les moyens de manger du homard…

181 – La buveuse d’absinthe/ François –

Elle connaît une grande solitude,
Bercé par la mélancolie,
Qui révèle son attitude,
Perdue dans ses rêveries.

C’est la buveuse d’Absinthe,
D’armoise amère ou l’herbe au vert*,
Qui a su la rendre si éteinte,
Égaré dans son triste univers.

Elle est là, devant son verre,
Absente du monde réel,
Perdue dans ses mystères.
Dans son imaginaire artificiel.

181- La lettre/ Fredaine

Cette lettre, elle l’attendait depuis si longtemps qu’elle osait encore à peine l’espérer. Mais voilà, après de long mois d’impatience, elle l’avait trouvée ce matin glissée sous sa porte. Mille foiselle en avait imaginé le contenu, rêvé des mots qu’elle aurait voulu y lire. Mille fois elle avait pensé à ce qu’elle répondrait, parce que bien sûr, elle répondrait.
Alors, ce matin en la découvrant, elle avait décidé de patienter encore un peu pour la savourer. Elle s’était faite belle, avait relevé ses cheveux en un chignon serré comme il aimait, avait délicatement maquillé ses yeux et enfilé la robe en velours noir qu’il lui avait offert. Dans son sac, elle avait emporté ce dont elle aurait besoin pour lui répondre. Elle préférait l’encre et la plume au stylo récemment inventé et que tout e monde s’arrachait. Trop banal à son goût. Elle irait au café de Flore, s’installerait à leur table, celle où ils avaient passé tant de temps à s’attendre, s’espérer, se sourire. Elle commanderait un verre de ce délicieux Merlot qu’ils buvaient ensemble le samedi soir. Elle ouvrirait l’enveloppe, déplierait délicatement la feuille et lirait, et relirait ces mots tant attendus. Un moment magique… Elle vivait l’instant sur un nuage, comme on déguste son dessert préféré. La table était libre à son arrivée. Le serveur avait déposé le verre de Merlot à côté d’elle. Elle avait décacheté l’enveloppe, déplié la lettre, ouvert son sac pour en sortir son nécessaire d’écriture.
C’est là que le drame est survenu. Après avoir déposé l’encrier, alors qu’elle s’apprêtait à lire, sa main a heurté son verre dont une partie s’est répandue sur le papier et l’enveloppe effaçant les mots tant attendus et l’adresse pour la réponse.
Dommage …

181 – Nouveau combat – J.Libert

Elle se tient là, assise sur la banquette en cuir fauve du café. Elle y vient souvent en fin d’après midi se
distraire avec l’animation de la rue ou plonger son regard dans le lointain, jusqu’au rocher sombre lavé
par une cascade chargée de la fonte des neiges et des pluies de printemps.
Mais, en cette première soirée de douceur, Cathia est songeuse. Elle est triste et ne voit rien autour d’elle. Pourtant, elle a revêtu sa jolie robe noire qui met si bien en valeur son décolleté et sa peau laiteuse.

C’est l’heure du thé qu’elle remplace, aujourd’hui, par un verre de vin rouge, comme pour se donner du
courage. De sa pochette en velours noir, elle a sorti un matériel d’écriture : porte plume, encrier. Sur le
papier à lettres vierge, elle y a inscrit quelques lignes pour annoncer à sa fille la mauvaise nouvelle : une
quatrième récidive de cancer du sein et une intervention inéluctable dans les prochains jours.
Elle s’était pourtant juré de ne pas la prévenir. Leur relation fusionnelle depuis toujours s’était transformée à la naissance de son premier petit fils, voilà trois ans. Désormais, mise à l’écart, Cathia n’est
plus, ni la mère, ni la grand-mère souhaitée. La souffrance, la douleur provoquées par ce rejet infondé ne
sont sans doute pas étrangères au réveil de ces dernières méchantes cellules. Une nouvelle fois, comme elle l’a toujours fait depuis 1998, elle va se battre.
Après avoir reposé son porte plume sur la table, Cathia prend quelques minutes pour réfléchir. Va t-elle
trahir la promesse qu’elle s’était faite ?
Tandis qu’elle porte le reste du verre de vin rouge à ses lèvres, quelques gouttes tombent malencontreusement sur son écrit, diluent l’encre violette à peine sèche, balaient ses interrogations.