181 – La buveuse d’absinthe/ François –

Elle connaît une grande solitude,
Bercé par la mélancolie,
Qui révèle son attitude,
Perdue dans ses rêveries.

C’est la buveuse d’Absinthe,
D’armoise amère ou l’herbe au vert*,
Qui a su la rendre si éteinte,
Égaré dans son triste univers.

Elle est là, devant son verre,
Absente du monde réel,
Perdue dans ses mystères.
Dans son imaginaire artificiel.

181- La lettre/ Fredaine

Cette lettre, elle l’attendait depuis si longtemps qu’elle osait encore à peine l’espérer. Mais voilà, après de long mois d’impatience, elle l’avait trouvée ce matin glissée sous sa porte. Mille foiselle en avait imaginé le contenu, rêvé des mots qu’elle aurait voulu y lire. Mille fois elle avait pensé à ce qu’elle répondrait, parce que bien sûr, elle répondrait.
Alors, ce matin en la découvrant, elle avait décidé de patienter encore un peu pour la savourer. Elle s’était faite belle, avait relevé ses cheveux en un chignon serré comme il aimait, avait délicatement maquillé ses yeux et enfilé la robe en velours noir qu’il lui avait offert. Dans son sac, elle avait emporté ce dont elle aurait besoin pour lui répondre. Elle préférait l’encre et la plume au stylo récemment inventé et que tout e monde s’arrachait. Trop banal à son goût. Elle irait au café de Flore, s’installerait à leur table, celle où ils avaient passé tant de temps à s’attendre, s’espérer, se sourire. Elle commanderait un verre de ce délicieux Merlot qu’ils buvaient ensemble le samedi soir. Elle ouvrirait l’enveloppe, déplierait délicatement la feuille et lirait, et relirait ces mots tant attendus. Un moment magique… Elle vivait l’instant sur un nuage, comme on déguste son dessert préféré. La table était libre à son arrivée. Le serveur avait déposé le verre de Merlot à côté d’elle. Elle avait décacheté l’enveloppe, déplié la lettre, ouvert son sac pour en sortir son nécessaire d’écriture.
C’est là que le drame est survenu. Après avoir déposé l’encrier, alors qu’elle s’apprêtait à lire, sa main a heurté son verre dont une partie s’est répandue sur le papier et l’enveloppe effaçant les mots tant attendus et l’adresse pour la réponse.
Dommage …

181 – Nouveau combat – J.Libert

Elle se tient là, assise sur la banquette en cuir fauve du café. Elle y vient souvent en fin d’après midi se
distraire avec l’animation de la rue ou plonger son regard dans le lointain, jusqu’au rocher sombre lavé
par une cascade chargée de la fonte des neiges et des pluies de printemps.
Mais, en cette première soirée de douceur, Cathia est songeuse. Elle est triste et ne voit rien autour d’elle. Pourtant, elle a revêtu sa jolie robe noire qui met si bien en valeur son décolleté et sa peau laiteuse.

C’est l’heure du thé qu’elle remplace, aujourd’hui, par un verre de vin rouge, comme pour se donner du
courage. De sa pochette en velours noir, elle a sorti un matériel d’écriture : porte plume, encrier. Sur le
papier à lettres vierge, elle y a inscrit quelques lignes pour annoncer à sa fille la mauvaise nouvelle : une
quatrième récidive de cancer du sein et une intervention inéluctable dans les prochains jours.
Elle s’était pourtant juré de ne pas la prévenir. Leur relation fusionnelle depuis toujours s’était transformée à la naissance de son premier petit fils, voilà trois ans. Désormais, mise à l’écart, Cathia n’est
plus, ni la mère, ni la grand-mère souhaitée. La souffrance, la douleur provoquées par ce rejet infondé ne
sont sans doute pas étrangères au réveil de ces dernières méchantes cellules. Une nouvelle fois, comme elle l’a toujours fait depuis 1998, elle va se battre.
Après avoir reposé son porte plume sur la table, Cathia prend quelques minutes pour réfléchir. Va t-elle
trahir la promesse qu’elle s’était faite ?
Tandis qu’elle porte le reste du verre de vin rouge à ses lèvres, quelques gouttes tombent malencontreusement sur son écrit, diluent l’encre violette à peine sèche, balaient ses interrogations.

181- Cascade intérieure / Marie Sylvie

Dans cette scène je me reconnais.
Je suis cette femme penchée sur la table
Non pour fuir le monde
Mais pour écouter ce qui remue en moi. Je reste immobile
La tête appuyée contre ma main
Et déjà les souvenirs se lèvent
Un à un
Telle une cascade lente qui cherche son chemin.

Je ne tiens plus de crayon.
Mes doigts ne tracent plus les lignes d’autrefois.
Mais je pousse les lettres
Doucement
Comme on déplace des pierres sacrées. Chaque pièce de scrabble devient un fragment de moi
Une prière minuscule
Un acte de fidélité envers ma propre histoire.

Sur la table de la toile
L’encre déborde.
Un mince filet noir
Fragile
Qui me rappelle mes propres débordements intérieurs.
Les souvenirs surgissent sans ordre
Tels des morceaux de puzzle que je tente de rassembler.
Parfois ils s’emboîtent
Parfois ils résistent
Mais tous portent une lumière
Même ceux que je croyais perdus.

Je n’ai pas de verre de vin.
Devant moi c’est une tisane chaude
Une vapeur douce qui monte comme une bénédiction discrète.
Elle m’ancre.
Elle m’apaise.
Elle me dit que je suis encore là
Vivante
Présente
Capable d’accueillir ce qui revient.

Dans cette femme je vois ma propre patience.
Ma manière d’avancer autrement
D’écrire autrement
De me souvenir autrement.
Je vois ma force silencieuse
Celle qui ne fait pas de bruit
Mais qui persiste
Qui rassemble
Qui répare.

Et dans ce moment suspendu
J’entends une voix intérieure
Légère comme un souffle :

《 Laisse venir.
Ce qui remonte n’est pas là pour te blesser
Mais pour te révéler. 》

181 – le jardinier amoureux/ Lothar

Procrastination masculine – carpe diem

Vendredi c’était mal,
Et le treizième jour frappera,
en cascade,
Encore et encore et encore,
Juste avant Petit Gilles.

Oui tout … dire à sa femme,
Sa moitié, encore,
Laver son linge sale et changer de famille,
Il sera temps !

Vous le lui demandiez,
Et vous avez dansé,
Jeune femme.
Déchantée …

Votre amoureux jardinant,
Laissant là ses rosiers,
Pour un sacré plan,
Fort. Il vous l’a fait.
Au Café du Boulevard,
Là.

Quand au milieu de la rue,
Téléphonant presque aphone,
Lui dire … Lui, lui dit :
Allo … Allo …
Sa femme bout ! Au fil.

Las ! Puis sa batterie recoupe
Les prétextes tournesols.
Il pause sur son café
Et sous le verre de vin.

Vous le lui demandiez,
Et vous avez dansé,
Jeune femme.
Déchantée …

Devin, en devinettes,
Peignant fort ses à-plats,
Au travers de la grille,
Au diaphragme soubresaut
De vos yeux carabine.

Alors,
Votre linge promesses,
En douce layette,
Qui séchait au-dehors s’enfonce, puis disparait.

Alors,
Sous votre rouge défait,
Seule à cette table :

Voici la solitude figée à fleur de peau.
Voici le gris linceul revêtant vos regrets.
Voici la douleur, vaine …

Et le cœur en gros plan.

181 -Clap de fin / Jill Bill

Songeuse, malheureuse
Il rompt, lis-je,
Lève l’ancre…
J’en ai pleuré, sur la lettre,
En cascade de larmes ;
En vaut-il la peine
Il a préféré sa légitime……..

Seule sur la banquette
Du Grand Café
Où il me rejoignait, hier encore…

Léonard, quel connard
Me dis-je, pour en rire,
Le vin va m’y aider, enfin…

Lui répondre dans un courrier
La page demeure blanche, soupir…

Aaah lui lancer aussi, elle ou moi… !!
Moi la petite danseuse, maîtresse,
Elle la fille d’un politicien, beau parti
Pour cet arriviste, finalement……

Songeuse, malheureuse,
Il rompt, lis-je
Lève l’ancre…

Garçon, champagne !!
Je fête un « divorce »
Après tout, un de perdu, comme dirait mère,
Alors m’en faire un sang d’encre
Porter le deuil
j’y penserais, et j’oublierai
Avec le temps va….