177 – Aux roulottes de la vie / Lothar

Bonne femme à la peau sombre
Qu’il est long le chemin
Aux chaînes de la vie :
Les chiens jaunes efflanqués
Et les lions opulents autour

Après ta jeunesse grandiose
L’astre de la vie
Pose ses ombres au cadran solaire

Le désert dit le couchant
Dans tes cheveux de bronze
Là où tu ne chantes pas
Là où ta jupe ne virevolte plus

Tu te souviens

De cette ribambelle d’enfants aux yeux immenses
Effarouchés
Les pull-overs,
les sarraus sales
Les tas d’ordure, la crasse informe

Tu te souviens

Puis de tes bras trop grands
À ne savoir qu’en faire
Vilain petit canard

Et un jour tu te fis belle
Tu devins princesse
Peignant tes cheveux corbeau
Telle une fleur au milieu des champs
Pleine de sang chaud et de feu
Ta voix rauque
Tes yeux d’un noir profond
Tsigane, gitane, plénitude

Douceur de la vigne
Au goût sucré des grappes

Tu jouais de la mandoline
Le soir près du feu
Tu as chanté, tu as dansé
Tu as aimé
Avec ceux qui pleurent dans leurs violons
Chemises blanches, manches plissées

Ton chez-toi c’était ta famille
Tu as vécu dans l’ailleurs
Aux endroits où il faisait bon vivre
Tu étais un éclat de miroir
Un parmi des milliers
Perdus sur la Terre

Aux roulottes…

5 commentaires sur « 177 – Aux roulottes de la vie / Lothar »

  1. Bravo pour ce récit, Lothar.
    C’est une très belle évocation, à la fois dure et lumineuse.
    J’ai été particulièrement touchée par les images de l’enfance qui contrastent avec cette « plénitude » finale.
    C’est une belle pièce pleine d’humanité.
    Bien amicalement, Marie Sylvie

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  2. Que c’est beau et bien dit quand si souvent les tziganes ou gitans, quel que soit le nom qu’on leur donne, sont stigmatisés.
    Pour ceux à qui le sujet parle, un très beau livre, « Grâce et dénuement » d’Alice Ferney.

    Aimé par 1 personne

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