184 – Kibou / Cathy

1960, premier signe, des messages écrits, mais aussi des dessins font leur apparition sur les murs.
Je me rappelle avoir lu dans un livre, quel était le premier mouvement qui a déclenché une suite d’enchaînement
tragique. Effet papillon, ça vous dit quelque chose.
Il fut nommé le « Graffiti writing » un garçon prénommé Darryl Mc Cray a commencé à taguer des inscriptions sur les
murs de son quartier. Son geste n’est que pure déclaration amoureuse. Ainsi, il peint « Cornbread loves Cynthia ».
Cela a rapidement évolué en un acte social et fut un déclencheur mondial.
C’est le début d’une forme d’art qui va bouleverser tous les codes.
1974, on peut apercevoir des fresques de propagande qui envahissent les murs, marqués par les contestations politiques,
sociales ou économiques.
Dans tous pays, on peut observer des peintures appelées fresque murale, tag, flop, graff, pochoir, wildstyle, certains
graffeurs sont même plutôt doués.
Qui est ce jeune garçon, qui a laissé plein de message dans tous son quartier pour montrer son amour ?
Pourquoi avoir choisi un mur pour communiquer ?
Pourquoi ça a pris autant d’ampleur ?
Est-ce de l’art ou un avertissement ?
Certaines personnes y voient de la provocation. D’autres verront sur des photos historiques à l’arrière-plan des œuvres,
des individus habillés un peu différemment ou avec un objet non connu pour l’époque.
De ce fait, un petit groupe de suspicieux pensé qu’effectivement quelque chose se préparait.
Ils pensèrent que certains propos autant graphique comme écrits, n’était pas de l’art, mais plutôt un signe, pour nous
prévenir de notre chute, nous terriens, nous de l’espèce humaine.
C’est grâce à eux que je suis né.
Certains éprouvent une angoisse tant, ces symboles graphiques deviennent de plus en plus nombreux et agite les foules.
L’art mural devient alors artistique mais aussi brutal, agressif, virulent, troublant.
À New York pendant les guerres de territoire entre clans, ceux-ci écrivent leurs noms de crew sur les murs.
C’est alors que la guerre civile s’intensifie.
L’état social commence peu à peu à s’effriter.
Les hommes politiques s’emparent de la condition actuelle, pour employer des graffeurs afin de rassembler le peuple à
leurs propres idéaux. Soit éviter plus de heurts, soit pour le pouvoir.
Par la suite, cela devient un art illégal. Les graffeurs sont traqués et abattus.
Les villes sont sous contrôle politique. Des drones font leurs apparitions à échelle mondiale afin de surveiller les
moindres faits et gestes des citoyens. La moindre infraction est susceptible d’un arrêt des forces de l’ordre au risque de
se faire tuer.
Les pays, ne sont plus que noirceur, peu de gens sorte de chez eux. Il est impératif de suivre le mouvement politique et
de se taire. Sinon…
C’est alors que des résistants font leurs apparitions. Ils continuent malgré tout à graffer leurs opinions.
Les murs sont rapidement saturés et au fil du temps, les graffitis les plus anciens sont peu à peu effacés par l’ajout de
nouvelles œuvres, créant une superposition constante.
Le monde perd pied.
De ce que j’en ai appris, les Terriens étaient la première compagnie dans cette galaxie et la dernière.
Malgré tous les messages envoyés de la part de mes prédécesseurs, qui grâce à notre technologie ont pu retourner dans
le passé pour essayer de les prévenir en ce mêlant à leur street art.
Elle fut détruite en 2027.
Les Terriens n’ont fait qu’observer en fermant les yeux et se sont détruit.
Notre parole graffée étant considérée comme *« d’art bâtard des rues mal famées »
Ils se les ont accaparés pour en faire d’autres à leurs propres images.
Certains étaient plutôt imaginatifs de leurs plumes, de leurs bombes de peinture.
Et notre voix fût écrasée, oublié.
La rage, la haine, la violence, la colère, la discrimination, les inégalités, l’exclusion sociale etc., ont causé leurs pertes.
Au début silencieuse, la guerre civile s’est propagée dans chaque pays pour finir par un conflit international.
Les dirigeants de chaque nation voulaient profiter de l’état de faiblesse de son voisin pour récupérer ses richesses. Les
avancées technologiques les ont emmenées vers leur destruction fatale.
Boum !!!! Plus de planète.

Heureusement, les suspicieux ont su y faire face. Ils étaient au départ une quinzaine dont leur chef se prénommait *Aïko. Il a eu comme projet de concevoir un vaisseau spatial capable d’emmener 500 personnes sur une autre planète habitable pour reconstruire un monde plus stable, plus serein, sans violence, à l’égalité sociale, sans jalousie, sans dirigeant. Les bâtisseurs de cette civilisation étaient choisis en fonction d’un sens moral bien défini, le respect, l’intégration, l’altruisme. Mais aussi, ceux susceptibles d’apporter leur savoir-faire, scientifique, professeur, grand philosophe, écrivain, médecin, historien, etc.
Le jour J, ils ont tous embarqué dans un vaisseau en capacité de naviguer dans l’espace parmi la matière noire et les galaxies, et bien d’autres phénomènes que l’homme ne connaissait pas encore. Pour fuir un monde à l’agonie dans un espoir désespéré.
Et c’est comme ça que ma planète a vu le jour. Ils l’ont façonné à leur image avec ce qu’ils avaient tiré des erreurs de nos ancêtres les Terriens.
Je suis né en 2145 sur la planète Kibou, dont le nom a été choisi en fonction de sa signification japonaise, d’espoir et de lumière. Je m’appelle Hope, je suis Kiboutien
J’ai 35 ans et je suis en première année d’histoire.
Dois-je remercier mes ancêtres les Terriens d’être né ?
À quoi aura servi ma naissance ?
Aujourd’hui, je laisse ce message, pas sur un mur, mais dans une boîte que nous avons décidé d’enterrer au pied de la statue d’Aïko sans qui nous ne saurions pas là. Nous avons par décision commune fait le choix de ne plus nous enfuir, mais d’accepter notre vraie nature.
J’ai peur, car aujourd’hui, le 9 mars 2180 est apparu sur un mur, un tag :

*En 1933, le photographe et essayiste Brassaï qualifie les graffitis « d’art bâtard des rues mal famées ».
*Aïko, prénom mixte signifiant, enfant de l’amour.

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