192 – La cabane des hauteurs – Marie Sylvie

La forêt a longtemps été ma meilleure alliée.
Lorsque je fuguais
Je savais qu’elle m’ouvrirait ses bras d’écorce et de mousse
Qu’elle me cacherait mieux que n’importe quelle maison.
Au début
Je croyais malin d’enterrer mes trésors au pied des arbres
Mais dans une forêt
Tous les troncs se ressemblent
Et mes cachettes se perdaient comme des secrets trop bien gardés.

Un jour pourtant tout a changé.
Un chat
Un vrai chat de forêt
Libre
Silencieux
Presque sorcier
M’a menée plus loin que d’habitude.
Il avançait sans bruit
Se retournait parfois comme pour vérifier que je suivais
Puis s’est arrêté au pied d’un grand arbre.
Là j’ai compris.
Ce n’était pas le sol qu’il fallait apprivoiser.
C’étaient les hauteurs.

J’ai commencé à grimper.
J’avais trouvé des crampons antidérapants
Conçus pour ne pas glisser sur les sols gelés
Et une cordelette d’un vieux portique que j’avais transformée en corde d’ascension.
Je l’enroulais autour du tronc
Mes pieds se cramponnaient à l’écorce
Et je montais
Centimètre après centimètre
Comme si je gravissais un monde qui n’appartenait qu’à moi.

Là‑haut j’ai installé un hamac entre deux branches solides.
C’était mon royaume suspendu.
Le vent me caressait comme une vieille amie
La lumière filtrait en éclats dorés
Et l’odeur de l’essence de l’arbre me berçait mieux qu’aucune berceuse.

Et là
Dans ce refuge aérien
Je me sentais légère comme un ●ballon que l’on aurait oublié d’attacher.
Rien ne me retenait
Sinon le parfum de l’écorce et la fidélité des branches.

Je lisais sans crainte d’être dérangée.
Je respirais autrement.
Je devenais légère
Invisible
Invincible.

Dans ces hauteurs
J’ai compris que la vraie cabane n’a pas besoin de murs.
Elle tient dans une branche accueillante
Dans un souffle de vent
Dans un instant où l’on se sent enfin à sa place.
La mienne était là
Entre ciel et terre
Dans le secret des arbres qui m’avaient adoptée.

Vos petits mots qui font plaisir