Curiosus, Ignotus et Nimbus en motus exempla … Pas de chance … mais pas mal pour un débutant !
Pensez ! Je suis de formation classique à la base. Malheureusement, juste avant l’âge où les hormones ne vous démangent, je suis tombé fou amoureux de l’électronique. Mince !
Moi, à Noël, oui à Noël, j’avais des costumes de Zorro, des pistolets à amorces, et mes copains d’école, des boîtes d’apprentissage de l’électronique. J’étais jaloux … un peu. Savez-vous ?
Et mon père enfonçait le clou, car il avait appris la radio en école de gendarmerie. En un beau verni. Mince. Alors, il me sortait des termes étranges, inconnus qui me faisaient rêver. Faraday, self-induction, capacité, loi des trois doigts de Lorentz, diode, pentode. Sans expliquer vraiment. Rien. Rien de rien.
Et toujours il me parlait d’un ouvrage qu’il avait, avant, « La radio, mais c’est très simple » un ouvrage des années 40, où sous forme de dialogues entre les professeurs Curiosus et Ignotus tout était expliqué. En bande dessinée. Tout depuis le début. Il le cherchait de temps à autre au grenier, mais sans jamais le trouver. Zut. Mince.
Alors,
Au lycée Bel Air, j’ai demandé à voir les notices,
J’ai regardé, l’œil en coin.
Mine de rien. Et
À la jaille de Saint Sé,
J’ai récupéré des vieux bouts de postes en panne,
Et puis d’étranges morceaux de flippers,
Ainsi j’ai construit par essais-erreurs
Mon premier poste de radio.
Mon laboratoire était installé dans une vieille cabane perchée au milieu d’un grand arbre du jardin. Une vraie forteresse de bois, dominant les massifs de fleurs, les allées et le potager de mon père.
Par la fenêtre, on voyait même flotter parfois un ballon oublié par les enfants du voisinage, prisonnier des branches les plus hautes.
Pour moi, c’était déjà le centre spatial de Houston.
Un peu bizarre :
L’antenne consistait en un fil d’une cinquantaine de mètres qui sortait par la lucarne de la cabane s’enroulant autour d’une branche et filant dans tout le jardin.
La masse, avec un robinet d’arrosage rouillé ;
Seulement trois petits composants minuscules,
Des transistors en germanium
Et trois piles bien usées de 4,5 volts.
Une pour chacun. Pas de jaloux.
L’écouteur : un couvercle métal de boîte de cirage noir,
Posé sur la bobine d’un ancien flipper
Affublée elle-même d’un aimant de moteur de jouet
Pour améliorer le son.
(J’ai trouvé ça tout seul,
Sans avoir bien sûr déjà la théorie idoine.)
C’était pratiquement, avant l’heure, un baladeur MP3.
J’ai appelé mon père :
» Papa, Papa, j’entends France Inter ! «
Mais lui, occupé au jardin, tel Candide ou Zadig, sézigue il s’en fichait. Ou pas le temps, ou alors il savait mes capacités, et il avait confiance en moi. Ou …
Avec tous ces fils bizarres, il trouvait ça trop complexe pour écouter de la musique de Sauvage ! Quasi de Zazous. De Yéyé quoi. Oui.
Bof ! Ça ne m’a jamais lâché, j’ai laissé tomber le Latin, changé de branche, étudié, étudié …
Et inventé ensuite et encore moults montages.

