194 – Que faire le dimanche / Lilou

Le dimanche est un drôle de jour. On l’attend toute la semaine et, une fois arrivé, on se demande ce qu’on va bien pouvoir en faire. Surtout lorsqu’il fait un soleil insolent et que personne n’a eu la bonne idée de vous inviter à déjeuner.
Première décision : s’habiller. Pas n’importe comment. Le dimanche mérite mieux que le vieux survêtement qui a connu trois confinements et deux couches de peinture. Non, aujourd’hui, c’est robe à bretelles. Bleue, de préférence. Le bleu fait des miracles : il donne bonne mine, inspire confiance et fait croire qu’on revient de vacances. La robe sera suffisamment courte pour laisser respirer les mollets, mais pas assez pour provoquer un embouteillage sur le trottoir. L’élégance, c’est l’art de laisser travailler l’imagination des autres.
Ensuite, il faut un chien. Le vôtre si vous avez eu la bonne idée d’en adopter un. Sinon, empruntez celui de votre vieille voisine. Elle vous bénira, le chien aussi. À défaut, poussez la porte de la SPA. Qui sait ? Vous y trouverez peut-être un compagnon à quatre pattes aussi esseulé que vous. Deux solitudes qui se rencontrent, c’est souvent le début d’une belle histoire. Et, entre nous, un chien vous regarde toujours avec davantage d’admiration qu’un être humain.
Vous voilà partis. Le chien devant, vous derrière. C’est lui qui décide de l’itinéraire ; inutile de lutter. Chaque réverbère mérite une expertise olfactive approfondie. Chaque platane raconte une histoire. Quant au pipi réglementaire, il se fera dans le caniveau. Nous sommes des gens civilisés.
Marchez sans but. Les dimanches n’aiment pas les programmes. Ils préfèrent les détours. Respirez les lilas, ou, s’il n’y en a pas, respirez quand même : l’imagination est un parfum gratuit.
Et puis, comme par enchantement, apparaît une terrasse de café. Il y en a toujours une qui vous attend. Les parasols font semblant de protéger du soleil, les habitués refont le monde pour la huit millième fois et un enfant tente d’escalader un lampadaire sous les protestations maternelles. C’est rassurant : certaines scènes résistent au temps.
Installez-vous. Un jus de pomme avec une paille. Oui, une paille. Parce qu’il n’y a pas d’âge pour boire en faisant des bulles, même si l’on évitera de le faire devant les voisins de table. Laissez le chien observer les pigeons avec des rêves de chasseur contrarié.
Et maintenant… attendez.
Le dimanche est le seul jour où il peut encore se passer quelque chose sans qu’on l’ait prévu. Un inconnu qui sourit. Une vieille chanson qui passe à la radio. Un bouquet de fleurs qu’on n’ose pas vous offrir. Une conversation qui commence par : « Il est gentil, votre chien ! »
Même si le chien n’est pas le vôtre.
Finalement, le dimanche, ce n’est peut-être pas le jour du Seigneur ; c’est celui des possibles.


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