176 – La femme et l’éphèbe/ François –

Dans un décor gris bleuté,
Une rue s’ouvre sur la ligne d’horizon,
Les ombres portées signent une séparation,
L’ambiance s’impose comme feutrée.

Un éphèbe vraisemblablement,
Y est présent en toute nudité,
La solitude semble être à sa portée,
Sa silhouette est une beauté visiblement.

L’ombre d’un arbre passe par un miroir,
Au pied d’un portemanteau,
Qui vous laisse entrevoir,
Un féminin, très beau chapeau.

Pour l’éphèbe ce couvre-chef,
Est le symbole restant de la féminité,
Pour lequel il n’a pas un regard bref,
Pour la femme au bout de l’ombre portée.

Magnifique, figé devant une table,
Elle le sait qu’elle n’a rien à attendre,
De ce jeune homme rien n’est concevable,
Renfermée, frustrée elle peut comprendre.

Ainsi, Paul Delvaux avec ses œuvres,
S’affirme comme un peintre surréaliste,
Ses sujets sont dans un décor minimaliste,
Où le non-dit fait partie du chef-d’œuvre.

176 – Panique au shooting – Lilou

Panique au shooting et « Vague à l’âme et perte de froc »

Rien ne va plus sur le plateau de la nouvelle collection « Néo-Renaissance-Plage ».

Au premier plan, Clotilde prend son rôle très au sérieux. Elle nous offre son plus beau regard de « poisson mort-vivant », figée dans un corset tellement serré qu’elle n’a plus respiré depuis 1973. Elle attend désespérément que le photographe arrive, sans réaliser qu’elle est assise sur un tabouret invisible au milieu d’un courant d’air monumental.

Pendant ce temps, à gauche, c’est le drame. Carla, la stagiaire, a pris l’expression « tenue légère pour la plage » un peu trop au pied de la lettre. Elle vient de réaliser qu’elle a oublié non seulement sa robe, mais aussi sa dignité, et elle tente de se fondre dans le mur en espérant qu’on la confonde avec une statue grecque un peu pâle.

Et le jeu des miroirs c’est le clou du spectacle : celui du milieu refuse catégoriquement de refléter la mer, trop de vagues, ça donne le mal de mer, et préfère afficher mystérieusement, un chapeau flottant qui n’a visiblement trouvé aucune tête prête à le porter et celui de droite, lui, fait de la résistance et montre un arbre, juste pour contredire le paysage de sable.

C’est officiel : entre la fille qui attend son Uber-carrosse, la silhouette pudique qui cherche sa culotte, et le chapeau fantôme, cette « retraite » ressemble surtout à un lendemain de soirée très difficile dans une école d’architecture.

176 – Une sage jeune fille – J.Libert

Ses longs cheveux blonds épars sur une nuque gracile encadrent un fin visage sérieux de madone statufiée. Ses élégantes mains nacrées reposent, croisées, sur la robe de velours rubis sombre tandis qu’un corselet violine, placé sous la poitrine, enserre son buste jusqu’à la taille. Une large collerette de guipure blanche met en valeur un gracieux port de tête, éclaire et complète sa tenue sage et austère.


À quoi rêve donc cette douce jeune fille mélancolique au regard tourné vers l’intérieur et qui attend ?…


Elle s’évade de son carcan pour aller rejoindre la silhouette de sa belle nudité diaphane qui se reflète, au petit matin, dans sa psyché. Elle aimerait se fondre dans son image, y demeurer à jamais, sans aucun accessoire, hormis cette capeline fleurie pour la protéger du soleil trop ardent. Elle escendrait jusqu’à la mer, se laisserait caresser, porter par la chaleur et la douceur d’un ciel liquide. Puis, elle sécherait son corps nu, allongée à l’ombre de l’ olivier aux premières feuilles printanières agitées par une brise matinale.

175 – Un parapluie d’étoiles- Lothar

Un parapluie d’étoiles

J’ai observé la silhouette broncher

– où étais-je ? Elle a regardé tout droit à travers mon visage. Dans l’équerre des mots.

L’horizon pâle de la mer était au-delà des nuées – insolentes de fureur : il filait comme ces grands tourbillons qui se lamentent et qui tournoient sans fin à l’angle des ruelles.

Le temps lui même était figé, la silhouette tremblait : alors j’ai marché de front contre mes faiblesses, j’ai accroché un parapluie d’étoiles à mes nuages noirs sous mes touches tendues, sous mes défenses d’y croire, sous mes détours trop vains de lignes en demi-lunes…

J’ai observé la silhouette broncher – où étais-je ? Et puis soudain, puisque le verbe tu ne peut retenir encore toujours la paroi d’équilibre, j’ai retourné la face et mis les yeux ailleurs, le cou marbré de verve sous mes mots effacés.

176 – Entre deux femmes de moi – Marie Sylvie

Lorsque je regarde cette toile
Quelque chose se déchire doucement en moi.
Je n’y vois pas seulement des formes
Des couleurs
Des femmes figées dans un rêve.
J’y vois mon histoire
Ma peau
Mon poids
Ma lutte.
J’y vois ce que j’ai été forcée de devenir
Et ce que je tente encore
Malgré tout
De redevenir.

Pendant quinze ans
J’ai travaillé sous un joug qui ne disait pas son nom.
Jour après jour
Mon corps s’est épaissi
Alourdi
Sculpté par la contrainte.
Un manteau de muscle s’est formé sur moi
Épais
Dur
Étranger
Jusqu’à transformer ma *silhouette de taille 38 en un 58 qui ne m’appartenait pas.
Je portais ce corps comme on porte une armure trop lourde
Une armure que l’on ne peut jamais déposer.

Puis l’invalidité est arrivée.
Sept ans d’immobilité
Sept ans à habiter un corps qui ne bouge plus comme avant
Mais qui continue de crier la mémoire du travail forcé.
Rien ne s’efface vraiment.
Le muscle dissous laisse une douleur sourde
Un souvenir qui serre encore les os.

Alors dans cette toile de Paul Delvaux
Je vois une femme nue qui marche vers la lumière.
Elle avance sans peur
Sans poids
Sans passé accroché à ses épaules.
Elle est la version de moi qui renaît
Celle qui se dépouille enfin de ce qui m’a brisée.
Elle n’est pas encore moi
Mais elle est la direction vers laquelle je respire.

Et puis il y a l’autre femme
Celle en rouge.
Fine
Élégante
Presque fragile.
Sa robe rouge me rappelle mon ancien manteau
Mais allégé
Adouci
Devenu simple couleur au lieu de fardeau.
Sa pâleur dit la souffrance
Oui
Mais aussi la vérité nue d’un corps qui ne ment plus
D’un corps qui ne peut plus mentir.

Je me tiens entre elles deux.
Entre la femme que j’ai été forcée d’être
Et celle que je deviens lentement
À mon rythme
Dans ma lumière à moi.
Entre la douleur qui persiste
Et la renaissance qui
Parfois
Se glisse en moi tel un souffle neuf.

Dans cette toile
Je reconnais ma silhouette.
Pas celle que le monde voit
Mais celle qui
En silence
Cherche encore à se relever
À se retrouver
À se réinventer.

Ce n’est pas mon corps qui me définit Mais la lumière
Que je parviens encore à faire passer À travers lui.

176 – Musée ou cinéma / Jill Bill

Dieu, que cette fille a l’air triste ;
La groupie du pianiste….

Eh oooh….

Hein, oups pardon !
En regardant ce tableau
Il m’est venu en tête une chanson de Berger…

Vêtues, dévêtues
Tu les aimes comment, toi, les femmes, en peinture !

Eh ben, chapeautées, tiens !
Et, en silhouette fine…

Moi, je les préfère bien en chair, grassieuses !
Comme chez Rubens !
De la marchandise au balcon quoi….
Trop corps sage, ici !
Ce tableau n’a rien de gai, ma foi !

Gay… !?

Nan, joyeux… !
Pour deux, une robe,
Un chapeau pour deux, c’est pingre…

Ingres…. !?

La vieillesse fait du Degas chez toi
Tu deviens sourd dingue ma parole !
Laissons tomber Gustave
Allons au cinéma voir Ducobu passe au vert !

Boire une verre, volontiers Elie…

sujet 176 – semaine du 28 février au 07 mars

avec le mot facultatif : silhouette

Paul Delvaux

Paul Delvaux, né le 23 septembre 1897 à Paul Delvaux, né le 23 septembre 1897 à Antheit (Belgique) et mort le 20 juillet 1994 à Furnes, est un peintre post-impressionniste, expressionniste puis surréaliste belge.

C’est en découvrant un tableau de Giorgio De Chirico que Delvaux a la « révélation » du surréalisme (1934). Sans jamais adhérer au mouvement, il commence une série d’œuvres d’une unité si profonde que n’importe lequel de ses tableaux se reconnait au premier coup d’œil.

Les thèmes récurrents de l’œuvre de Delvaux se caractérisent par la représentation de femmes dénudées, d’hommes habillés en costume et d’éphèbes dans une attitude hiératique et figée au sein d’un paysage ou d’un milieu urbain tout aussi figé. (Belgique) et mort le 20 juillet 1994 à Furnes, est un peintre post-impressionniste, expressionniste puis surréaliste belge.

C’est en découvrant un tableau de Giorgio De Chirico que Delvaux a la « révélation » du surréalisme (1934). Sans jamais adhérer au mouvement, il commence une série d’œuvres d’une unité si profonde que n’importe lequel de ses tableaux se reconnait au premier coup d’œil.

Les thèmes récurrents de l’œuvre de Delvaux se caractérisent par la représentation de femmes dénudées, d’hommes habillés en costume et d’éphèbes dans une attitude hiératique et figée au sein d’un paysage ou d’un milieu urbain tout aussi figé.