184 – Le rose sur le gris / Lilou

Manifeste pour une passante

Je suis partie pour rester, car on ne s’efface jamais vraiment quand on a dessiné ses rêves sur les murs de la ville. On ne quitte pas Paris, on s’y infiltre, on devient le grain du crépi, l’ombre d’une porte cochère, le reflet dans une flaque après la pluie.
Longtemps, je ne croyais à rien, mais je n’y crois plus. Aujourd’hui, je ne crois qu’à l’instant, au rose qui claque sur le bitume et à cette liberté folle de n’appartenir à aucun dogme, pas même à celui du pessimisme. J’ai troqué mes doutes contre des bombes de peinture et mes silences contre des jeux de mots qui font mouche.
Mon absence n’est qu’une pirouette, un clin d’œil poétique laissé sur le grain de la pierre. Ne cherchez pas ma statue, cherchez mon sourire au détour d’une ruelle sombre ou sur l’affiche arrachée d’un vieux boulevard. Ne soyez pas tristes : je suis devenue une partie du décor, une note de musique sur un trottoir, une éternelle invitation à aimer, à oser et à ne jamais s’excuser d’être là.
Je suis partie, certes, mais avec la ferme intention de vous accompagner à chaque coin de rue. Je serai là pour murmurer à l’oreille des passants pressés que la vie est une œuvre d’art qui s’affiche sans permission. La fête continue, l’impertinence est un sport de combat, et ma trace, elle, ne connaît pas d’hiver.


184 – Je ne suis pas loin… / An Maï

Je suis partie pour rester a-t-elle dit avant de nous quitter mais son oeuvre reste et vient confirmer son propos. A travers ce qu’elle nous a laissé, elle est toujours là. Je ne la connais pas mais ces mots me donnent envie d’aller la rencontrer dans ces rues qu’elle a marquées de son sceau d’artiste.
Combien comme elle sont partis mais demeurent éternellement vivants. Si le cœur nous en dit, nous pouvons toujours les voir, les lire, les entendre : peintres, musiciens, poètes, écrivains… Et puis il y a les simples mortels qui eux aussi demeurent vivants pour toujours dans le cœur et la mémoire de ceux qui continuent à les aimer par delà ce départ définitif. Je le dis et le répète depuis des années parce que j’y crois : la seule et véritable mort pour ceux qui sont partis, c’est lorsqu’on finit par les oublier. Voilà pourquoi je garde au fond de moi, tels de précieux trésors, toutes celles et ceux que la mort a emportés vers cet au-delà auquel je ne suis pas sûre de croire. Ce dont je suis sûre, c’est qu’il est dans mon cœur. Ce n’est pas un puits de tristesse mais un ciel de douceur et d’amour. Un endroit chaleureux parce que j’y entretiens la flamme vive pour qu’elle reste allumée.

Pour mémoire, je vous mets la première et la dernière strophe d’un poème magnifique de Henry
Scott-Holland. qui fut faussement attribué à Charles Péguy (voir lien dans le nom de l’auteur)
«La mort n’est rien.


Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté.
Je suis moi, vous êtes vous.
Ce que j’étais pour vous, je le suis toujours…
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours été,
Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée,
simplement parce que je suis hors de votre vue ?

Je ne suis pas loin,juste de l’autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien.»

184 – Née pour rester / Marie Sylvie

La ville se reflète dans chaque vitre
Chaque arrêt de bus
Chaque vitrine trop propre.
Et moi je marche dedans comme dans un couloir de miroirs
Avec mes ombres qui me suivent
Mes élans qui me précèdent
Et mes vérités qui n’osent pas toujours se montrer.

Le matin
Les façades brillent comme des miroirs fatigués.
Elles renvoient des silhouettes pressées
Des vies qui filent
Des regards qui ne s’attardent pas.
Mais parfois
Dans un reflet de travers
Je surprends une femme que *je reconnais à peine
Une femme qui se tient droite malgré les nuits trop longues.

Elle avance dans le verre
Comme si elle *suis une ligne invisible
que personne ne pourra détourner.
Une ligne qui coupe la ville en deux :
Ce qu’on montre
Et ce qu’on tait.

Le reflet tremble
Et dans ce tremblement
Une part de moi *partie revient frapper à la surface.
Une part que j’avais laissée derrière
Dans une rue que je croyais oubliée
Dans un silence que je pensais définitif.

Je m’arrête.
Je me regarde comme on lit un pochoir de Miss.Tic :
Sans détour
Sans maquillage
Avec cette ironie douce-amère qui dit plus que les mots.
Le miroir urbain me renvoie une phrase que je n’avais jamais osé écrire
Une phrase qui me ramène *pour moi-même
Comme un graffiti que l’on ne peut plus effacer.

Alors l’image se redresse.
Elle prend toute la place.
Elle dit que je suis née pour *rester
Même lorsque la ville voudrait me voir disparaître
Même lorsque le monde préfère les silhouettes qui s’effacent.
Pas pour m’excuser
Mais pour tenir le trottoir
Pour respirer plus large
Pour occuper enfin mon propre espace.

Et dans un coin de la vitre
Telle une signature que l’on devine plus que l’on ne lit
Miss.Tic souffle encore :
《 Le reflet ne ment pas
Il révèle ce que l’on n’ose pas dire. 》

184 – Radhia Aounalla / Jill Bill

Miss-Tic
Vous avez dit Miss-Tic
Reine du pochoir
Sur les murs parisiens…

Oui, elle est partie
Mais pour rester, autrement…
Le temps est-il un crime parfait… !?

L’art et la vie ne font qu’un
Elle en joue, oui
Vivre, c’est de la bombe…

Après tout, un bon artiste
Est un artiste mort.

Miss-Tic
Vous avez dit Miss-Tic
Elle adorait Paris
Et habillait cette ville de son art…

183 – Son cheval s’est enfui / François


Il avançait sous son chapeau,
Triste, touché par le chagrin, le cœur gros,
Il avait un lien charnel avec son cheval,
Lequel s’est enfui, ce n’était pas banal.

Il s’adressa alors à des chasseurs,
Du chaouvre, ils dégustaient
En buvant du champagne de bon cœur,
Un peu chavirés, ils ne voulaient pas être dérangés.

La démarche qui chaloupe, en deux mots
L’un lui dit tout haut esprit chafouin
Il est allé ailleurs manger du foin,
En faisant griller sa viande au chalumeau.

183- Un personnage hors norme / Annick

L’est un Chasseur un peu Chafouin
À la suite de nombreux Chagrins.
Mais pour vraiment Chasser l’ennui,
Il Chaloupe au bal le samedi.

Plaisir Charnel mis de côté,
Le cœur des femmes fait Chavirer.
Seuls leur sourire et la musique
Sont pour lui moments fantastiques.
.
Aime le Champagne et le Chaource,
Et à Cheval faire quelques courses.
Sur la tête il porte un Chapeau
Qu’il a orné de Chalumeaux.

Aime Changer d’look, dev’nir Chelou,
Être Chercheur, porter Chouchou.
S’il est Chtarbé et bien… tant pis !
Là est la vie qu’il a choisie.

183 – Le petit chaperon rouge / J.Libert

Le charmant chaperon rouge, après avoir enfilé sa chemise, ses chaussettes, ses chaussures, s’être coiffée de son chapeau sur son chignon de cheveux châtain, prit le chemin des chênes, derrière le château.
Dans son cabas, elle chargea quelques petites choses : des châtaignes, du chocolat, de la charcuterie, des confitures au chaudron, d’un chaource parfumé et d’un champagne millésimé pour fêter un honorable anniversaire.
En route, elle rencontra le vieux chanoine chauve, charitable mais chafouin qui sortait de la chapelle en chasuble et chantonnait dans un charabia incompréhensible. Elle le vit grimper dans sa charrette. Son cheval et son chat attendaient patiemment qu’il ait terminé ses patenôtres.
Plus loin, une chèvre broutait les chardons. Les chardonnerets envoyaient leur chansonnette dans un air
aux senteurs presque charnelles.
Le petit chaperon rouge avait chaud. Elle s’assit sur la rive d’où elle aperçut le chasseur en grand chagrin prêt à chavirer sur sa chaloupe. Muni d’un chalumeau, de désespoir, il allait mettre le feu à la broussaille environnante. Il venait de tuer, par accident, son meilleur chien de chasse.

183 – Noce en futaie / Jak pit

À la lisière de la forêt, dans un bosquet de charmilles,
le chapeau mis de guingois, façon séductrice,
paraît sous un aspect presque charnel
la fouine à l’esprit facétieux.
Aujourd’hui, c’est un jour sans chagrin :
elle se marie avec un rusé chafouin,
qui depuis de longs mois lui faisait les yeux doux.
Nombreux et bariolés sont les invités :
ils s’enivrent de champagne et de chaource frais,
et, très vite,
Divaguent, chavirent, chaloupent dans la futaie

Sur son cheval blanc, un braconnier‐chasseur rôde dans les parages.
Il est ébahi devant un tel spectacle
et, pris d’un élan artistique soudain,
sort des airs de danse de son chalumeau de roseau
un instrument qui, d’habitude, ne sert qu’à faire fuir les lapins.
Alors toute l’assemblée entre en farandole avec frénésie,
fouine, chafouin, braconnier, invités titubants,
et même deux mulots qui n’étaient pas sur la liste.
Bref : un mariage parfaitement réussi.
Cela va faire du bruit dans Landerneau !

On en parlera encore longtemps…