Assise sur un banc, immobile, une vieille femme,
Le regard perdu, le visage triste,
M’aborde gentiment alors que je passe devant elle,
Me demandant si je peux l’aider à retrouver son chemin.
Je m’asseye près d’elle, et lui propose de la raccompagner,
Mais elle ne sait plus où elle habite,
Et elle commence alors à me raconter l’histoire de ce banc,
Où elle a rencontré son mari il y a de cela soixante ans.
Elle avait alors vingt ans, et elle aimait flâner dans les parcs,
S’installer sur un banc et observer les oiseaux, le paysage,
Et emmenait souvent un livre, qu’elle dévorait le temps d’un après-midi,
En profitant du soleil et de la nature.
Un jour, assise sur ce banc, un homme passe et la regarde,
Il continue son chemin puis revient sur ses pas,
Et ose lui demander s’il peut s’asseoir près d’elle.
Perplexe, elle finit par accepter. C’est un jeune homme, avec un charme certain,
Il doit avoir dans les vingt-cinq ans et il est grand et athlétique,
Ce qui ne lui déplaît pas.
Ils commencent à discuter, et se découvrent beaucoup de points communs,
Il est très intéressant, agréable et malgré son physique, d’une grande humilité.
L’après-midi se passe, il est temps de rentrer.
Il lui propose de la raccompagner, et elle accepte.
Ils se reverront sur ce banc pendant de nombreux jours,
Avant qu’il ne l’invite à dîner,
Et suite à cette superbe soirée, il lui avoua qu’il voulait partager sa vie avec elle,
Qu’elle était celle qu’il attendait, qu’il envisageait de l’épouser.
Il lui fit cette déclaration sur ce banc,
Et sans hésiter, elle lui dit oui,
Deux mois plus tard ils étaient mariés.
Elle n’a jamais regretté cette décision, elle a aimé son mari d’un amour fort,
A eu trois beaux enfants et a vécu heureuse.
Malheureusement, il a été emporté par un cancer il y a trois mois,
Et depuis, le vide l’habite, et rien n’y fait, il lui manque.
Soixante ans de vie commune, c’est la meilleure preuve d’amour qu’il soit.
Je l’ai écouté avec attention, son histoire m’a ému,
Et maintenant je dois trouver un moyen de la ramener chez elle.
Heureusement, elle a un téléphone, avec lequel je peux appeler un de ses enfants,
Qui va venir la chercher, il sait où elle est, et il l’héberge chez lui depuis le départ de son père.
Je suis rassurée, elle est bien entourée, et j’attends avec elle sur ce banc,
Qui lui rappelle tant de souvenirs.

Chère Tarval
Quel texte bouleversant !
Tu as su capturer avec beaucoup de délicatesse ce moment de vulnérabilité où la mémoire s’efface mais où le cœur, lui, n’oublie rien.
Ce récit me fait d’ailleurs étrangement penser à ma propre participation « Évasion immobile ».
Tout comme dans mon texte, on réalise ici que l’on n’a pas besoin de parcourir des kilomètres pour voyager ou vivre des émotions intenses.
Pour cette vieille dame, ce banc est bien plus qu’un simple siège en bois, c’est une machine à remonter le temps, un refuge où elle revit soixante ans d’amour en restant immobile face à l’eau.
C’est une très belle illustration de la force des souvenirs et de la solidarité humaine.
Merci pour ce moment de poésie et de tendresse.
Bien amicalement, Marie Sylvie
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Le récit d’une rencontre d’une vie tranquille d’un amour absolu cela nous apaise de notre vie bousculée. Avec le sourire
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