178 – Mémoire volatile /Vegas sur Sarthe

Un ornithologue un peu perché que d’aucuns nomment « l’oiseau rare » s’interroge dans son laboratoire … il en est ainsi des gens à la mémoire
volatile :
Un miroir aux alouettes peut-il refléter aussi des mouettes, des fauvettes et des chouettes ?
Peut-on danser la danse des canards en col vert ?
Dans l’Eure un livreur peut-il livrer plus d’un bouquin dans l’heure ?

Les forgerons habitant Clermont-Ferrant sont-ils en général maréchal-ferrant ?

Une pluie battante est-elle plus forte qu’une douche écossaise ?
Est-ce qu’un vent de renouveau peut récolter la tempête ?
Une grande mosaïque disparate doit-elle contenir plus de dix parates ?

« Saperlipopette ! » s’écrie t-il hors de contrôle.
Bayer aux corneilles ou faire l’autruche, après tant de questions … il hésite encore.

178- La danse du miroir / Marie Sylvie

LA DANSE DU MIROIR

Le *forgeron revenait à son atelier pour récupérer un outil oublié lorsqu’un bruit sec le fit sursauter.
*Saperlipopette, souffla-t-il en se plaquant contre le mur.
Dans la maison voisine, une silhouette venait de forcer la fenêtre.
Le Printemps apportait son *renouveau mais ce soir-là l’air avait quelque chose de crispé.

À travers l’entrebâillement, il aperçut l’intrus qui fouillait la pièce avec une précision glaciale.
Il décrocha un *miroir qu’il glissa sous son bras avant de se diriger vers la sortie.

C’est à ce moment que le *livreur de fleurs arriva, un bouquet soigneusement préparé dans les mains.
Il effectuait toujours cette livraison à la même heure :
Un collègue, secrètement épris de la destinataire, préférait la discrétion du soir, certain qu’elle serait rentrée chez elle.
En tournant dans la ruelle, le livreur tomba nez à nez avec l’homme qui sortait de la maison voisine.
Il se figea.
Ce visage, il l’avait déjà vu.
Souvent.
Trop souvent.

Cet individu se présentait comme *ornithologue, toujours à rôder dans le quartier, soi-disant pour observer les oiseaux.
Mais le livreur, lui, avait remarqué ses détours suspects, ses regards trop longs, ses présences répétées.
Ce n’était pas un passionné de nature.
C’était un voyeur méthodique.

Le voleur fit un pas vers lui puis un autre.
Une *danse silencieuse, tendue, où chacun évaluait l’autre, prêt à fuir ou à frapper.

Ce n’est qu’alors que le livreur remarqua l’objet serré contre la poitrine de l’homme :
Un miroir somptueux, encadré d’une *mosaïque de pierres fines, un travail d’artisan d’une valeur inestimable.

La *pluie se mit à tomber, d’abord en gouttes éparses puis en rideau plus dense.
Le livreur sentit une délivrance discrète :
Il put baisser la tête pour protéger le bouquet, laissant l’eau ruisseler sur son visage.
Ce geste banal lui permit d’éviter le regard du voleur, de ne pas se laisser happer par ce *contrôle silencieux qui pesait entre eux.

Alors, sans un mot, chacun profita de ce rideau d’eau pour poursuivre sa route :

Le voleur s’éloigna d’un pas vif, le livreur accéléra vers sa livraison et le forgeron, toujours tapi dans l’ombre, sentit que la pluie venait d’effacer les traces d’un instant dangereux.

178 – Bird,etc. / Jill Bill

Demande au forgeron
Il lui fera une belle volière, à ton oiseau…

Saperlipopette, bonne idée ‘pa !

Je donne dans le renouveau
Canari, perruche c’est dépassé,
Je songe, à du pivert….
Un coup de peigne au miroir
Et je file chez l’oiseleur……

Va sur internet, fait pas livreur…. !?
Entre nous, tu préfères pas devenir ornithologue
Par zazard !?
Bon, ne danse pas trop vite
Faudra étudier d’abord hein !
Et les études c’est comme d’la mosaïque
De tout pour ne faire qu’un diplôme…

C’est pas la pluie qui va m’arrêter ‘pa
Façon d’causer !
Tout est sous contrôle ;
Demain ; je m’inscris au zoo…..

Bon, ben c’est pas gagné !!!

178- Maudit piaf / Fredaine

Saperlipopette, le voilà qui recommence
Tel un forgeron frappant avec constance
Et un contrôle parfait de la cadence
Ce maudit piaf renouvelle sa danse
Créant une mosaïque de petits trous
Dans mon crâne en souffrance
Alors, je prépare en toute innocence
Une délicieuse vengeance
Tel un ornithologue passionné
Je l’observe avec patience
Et j’utilise le miroir que le livreur a oublié
Pour tenter d’infléchir sa cadence
Mais rien ne vient à bout
Du piaf et de son endurance
Alors en pleine désespérance
Je crie, « vivement la pluie » !

177 – Prendre son temps/ François –

Les jolies vacances,
Passées dans des roulottes,
Et les voilà en partance
En ce temps de Pentecôte.

Avec un train de sénateur,
Ils avancent sur la route,
Les chevaux font office de tracteur,
Formant des bouchons à la chaine sans doute.

Ils ont un regard sur la plage,
En profitant du beau temps,
Ainsi va leur attelage,
Mais les automobilistes sont mécontents.

Ils ne peuvent pas les doubler,
Ils perdent beaucoup de temps.
Les moteurs commencent à chauffer,
Dans leur esprit naissent des tourments.

Il n’est pas loin le temps,
Où l’on verra la colère exploser,
Les vacances c’est prendre son temps,
Sans prendre le temps des autres d’un air blasé.

177- Les romanichels – An Maï

Je me souviens, quand j’étais petite, nous les gosses, nous attendions leur venue avec impatience. Avec eux, c’est un peu de rêve qui arrivait au village porté par ce vent de liberté qui pousse celles et ceux qui ont brisé les chaînes d’une société policée, établie, convenable. Leurs roulottes aux couleurs vives, tirées par des chevaux, attiraient nos regards. Nous les appelions les romanichels, les romanos comme on disait de façon péjorative. S’ils faisaient rêver les gamins, ils faisaient peur à la plupart des adultes Pour eux, les romanos étaient des pouilleux, des voleurs de poules, des pas grand chose qui n’amènent que des ennuis là où ils se pointent. Ahhh on allait la surveiller de près la maison tout le temps qu’ils seraient là ! Certains avaient des chaussures mais beaucoup allaient pieds nus, surtout leurs enfants qui étaient beaux comme des soleils mais qui faisaient presque aussi peur que leurs parents !

  • Regardez moi ça m’âme Michel ces mioches dépenaillés et sales comme des peignes ! Y’en a sûrement pas un qui sait lire ou écrire là-dedans !
  • Vous avez raison ! Une honte ! Et leur tignasse doit être pleine de poux ! Faut pas laisser nos enfants les approcher sinon ils en attraperont, ça c’est sûr ! Parole, c’est que d’la vermine ces gens là, j’vous l’dis !
  • Et les femmes, vous avez vu comment elles exhibent leur poitrine ! Elles se croient où là ? On est des gens civilisés nous ! Des bons chrétiens, pas vrai monsieur le curé ? Et de se signer à tout va pour se préserver des mauvais sorts que jettent « ces gens-là », c’est bien connu !
  • Et je vous parle pas des hommes qui vous regardent de haut comme s’ils étaient les rois du monde alors que ce sont des voleurs, des bagarreurs, des moins que rien ! Il paraît même qu’ils volent les enfants !

Et bla bla bla et bla bla bla… Le pire soûlot du village faisait figure de saint homme face à  » Ces étrangers venus d’on ne sait où monsieur le maire ! Faut faire quelque chose ! »
Oh oui je me souviens de ce temps là ! Le soir nous allions en douce les voir installer leur campement.
Ça riait, ça parlait fort avec un accent indéfinissable, ça chantait au son du violon et de l’accordéon. Les femmes et les petites filles dansaient autour du feu en faisant tournoyer leur longue jupe…
Je me souviens aussi que peu de villageois manquaient à l’appel quand les romanichels exécrés, se
transformaient en saltimbanques pour donner leur spectacle sur la place, entre l’église et la mairie. -C’est qu’on a si peu de distraction ici, m’âme Michel !
Une chèvre, un chien savant, un cheval et sa jolie écuyère virevoltant au son du violon, quelques
acrobaties et le tour était joué. On oubliait jusqu’à la prochaine fois les méchancetés prononcées à leur arrivée. On applaudissait et on mettait sa petite pièce quand le panier passait parmi les spectateurs. Pour un soir, ils devenaient les comédiens de la chanson d’Aznavour. Le lendemain, il repartaient comme ils étaient venus dans leurs roulottes colorées.

177- Une vie de bohème / Annick

Lui qu’avait toujours la bougeotte,
Menait une vie peu rigolote,
Un jour a cassé sa cagnotte
Et s’est ach’té jolie roulotte.
.
Sur les routes mène sa p’tite roulotte.
Trouve un endroit où l’eau clapote.
C’t’endroit pour lui s’ra le jackpot,
Même si fait froid, a l’antidote.
.
Il peut y vivre, danser le fox-trot,
Sur feu d’bois, cuire des papillotes,
Grignoter quelques bergamotes…
Plus rien n’le gêne, toujours sifflote.
.
Son doux amour près d’lui tricote.
Le chat joue avec une pelote.
Leur Petit Bout dans l’eau barbote.
De sa vie est dev’nu l’pilote.
.
Alors à l’oreille vous chuchote
Que si des chaînes vous emmenottent,
Suffit parfois d’un peu d’jugeote
Pour qu’dans l’air parfum d’ bonheur flotte.

177 – Sur un air de Charles Trenet /Vegas sur Sarthe

Aux environs des années cinquante
Lorsqu’on redécouvrait l’hippomobile
Une hippo-stoppeuse souriante
Guettait un providentiel coupe-file
en chantonnant cet air connu :

Je t’attendrai à l’aire de covoiturage
Tu paraîtras dans ta superbe hippo
Il fera nuit, mais avec le péage
On pourra voir jusqu’au flanc du coteau
Nous partirons sur la route de Narbonne
Toute la nuit le cheval crottera
Et derrière nous direction Carcassonne
Un gros bouchon klaxonnera
Customisée à la manouche
Ta roulotte au teint chatoyant
Fera dire aux gens, la voyant
Passons notre chemin… pas touche !
Pied au plancher de ta roulotte
Tu cabreras le percheron
qui trottera des paturons
une vraie course à l’échalote

A ce furieux train-train d’enfer
Pour qu’il survive priant l’essieu
Les roues de bois cerclées de fer
Lanceront des éclairs aux cieux

Le lendemain ces randonnées
Nous conduiront à Montauban

Suivis d’une horde effrénée
Qui nous traitera de talibans !
Pour terminer ce délire de poète
Et pour fêter ce retour au passé
D’aucuns nous suivront à bicyclette
En freinant bien pour ne pas nous dépasser
En freinant bien pour ne pas nous dépasser

Aux dernières nouvelles l’hippo-stoppeuse – moins souriante – attend
toujours

177 – Sur les routes – J.Libert

Cet insolite équipage chemine , à son rythme, sur les routes du bord de mer.
C’est l’été, un ciel tout bleu se confond avec une mer tranquille sur laquelle souffle un léger vent iodé.
Le soleil brille dans un azur purifié, ne ménage pas sa chaleur et met en valeur les deux roulottes hardiment colorées, montées, chacune, sur leurs quatre roues. Des chevaux à la robe dorée, solidement harnachés pour entraîner un attelage nomade, sillonnent, pas à pas, les routes de campagne ou les artères
qui longent la côte.
Sylvio, assis à l’avant de la première roulotte, tient les rênes de main de maître et donne le tempo tandis
que sa sœur Anita ouvre la marche, s’émerveille de ce nouveau paysage. A quelques pas, Ficelle, leur chien noir, compagnon de tous les instants, jappe de plaisir de se dégourdir les pattes.
Derrière ce lent défilé ensoleillé, bariolé, les véhicules forment une longue file à la queue leu leu, patiente et amusée.
Depuis plusieurs années, maintenant, quand vient l’été, le frère et la sœur partent à l’aventure, sur les chemins de France. Tel l’escargot, ils emportent leur maison sur leur dos, s’arrêtent quand ils le souhaitent. Généralement bien accueillis par les mairies, les habitants, les touristes, ils s’efforcent de les distraire avec des tours de magie, du mime, du contorsionnisme. Leur but premier reste cependant la découverte des plus beaux paysages, sans attache et sans chaîne. Encore très jeunes, ils se proposent de
partir à l’étranger pour un prochain périple.

177- Eloge de la lenteur/Fredaine

Tout lâcher pour enfin revenir à l’essentiel, elle en rêvait. Abandonner ce rythme de dingue qu’elle avait pour se reconnecter à elle-même, à ses valeurs, à ses envies. Se retrouver seule à son âge, qui plus est à la retraite, c’était maintenant ou jamais. Les paroles d’une femme qu’elle avait connue il y a quelques années, une gitane, lui revenaient en mémoire. Un lendemain d’orage où elle lui avait demandé si la nuit n’avait pas été trop dure, la femme lui avait répondu, « tant que tu n’as pas vécu une nuit d’orage dans une caravane, tu n’as rien vécu ». Cette femme lui avait aussi dit un jour alors qu’elles échangeaient sur leurs modes de vie respectifs qu’elle ne saurait vivre autrement, qu’ils avaient la liberté de changer de ciel quand ils le voulaient, « et tu sais, avoir la possibilité de se réveiller chaque matin sous un ciel différent, ça n’a pas de prix. Je me sentirais prisonnière dans une maison ou un appartement ».


Alors voilà, ça durerait le temps que ça durerait, une semaine, un mois, peut-être plus, mais elle l’avait fait et peu lui importait le bruit des klaxons, elle était heureuse et se sentait enfin libre.

(Précision : je n’ai pas franchi le pas, mais la gitane était une mère d’élève rencontrée il y a une dizaine d’année et ses paroles nous les avons vraiment échangées. La maman d’Avril était une femme formidable)