177 – Retour à la nature / Tarval

Chaque départ en vacance est une aventure,
Choisir sa destination, décider du type d’hébergement,
Et faire plaisir à toute la famille.
Mais le vrai dépaysement c’est de vivre au plus près de la nature,
Et c’est pourquoi les roulottes avec chevaux sont de plus en plus sollicitées,
Avancer au rythme des animaux,
S’arrêter dans un pré, près d’un lac, dans une forêt,
Et prendre le temps de vivre et de profiter des multiples paysages.
C’est la liberté tant rêvée toute l’année,
La cuisine est simple, mais les repas sont frugaux,
Les enfants peuvent jouer à leur aise,
Ils découvrent l’univers des chevaux,
Comment s’en occuper, les nourrir, les brosser,
Afin qu’ils les conduisent toujours plus loin,
Les roulottes sont en général bien équipées,
Et permettent de subvenir aux besoins du quotidien,
Mais le plus important, c’est qu’enfin on prend le temps de vivre,
Pas de contraintes, juste profité de chaque instant,
Et faire de ces vacances un moment inoubliable.

177 – La vie de bohème / Jill Bill

C’est la vie de bohème
La vie qu’on aime
La vie sans façon
Avec en poche pas un rond
Sans chaîne
Liberté souveraine…

Pouet, pouet, pouet !!!
Tu pousses ton char eeeh Ben Hur……..

Quoi quoi quoi pépère hein……
Ne t’en déplaise, nous on roule baba cool
Ca te dépasse au jour d’aujourd’hui… !

Hippie, là tu vas franchir la ligne blanche
Toi et ta maudite roulotte, tu dépasses les bornes,
En rose bonbon
Et jaune cocu….
Voleurs de poules, va !

Ben nan, on vend notre crottin d’cheval…
Au fait, ta femme aime les belles plantes… !?

Va donc voir ailleurs si l’herbe est plus verte, hippie !

« Trotte trotte ma jument
Vole, tu as des ailes
Cours bien vite dans le vent
Ohé la vie est belle… »
Allez dépasse vieux réac, dépasse
La voix est dégagée de tout fiacre à gauche !

Compte dessus jeune hippie,
Ou t’aurais goûté de ma droite à la fin……….. !

177- Là où les chaînes se dénouent / Marie Sylvie

Je regarde ces roulottes avancer
Lentement
Sur la route
Et quelque chose en moi se soulève
Comme un souvenir ancien qui remonte à la surface.
Depuis l’enfance un rêve m’habite
Celui de briser les chaînes invisibles qui retiennent à la vie moderne
À ses obligations qui s’empilent
À ses conventions qui étouffent.

Longtemps
J’ai imaginé une existence
Où la poésie ne s’écrit pas seulement …
Elle se vit.
Une vie où l’on marche au rythme des chevaux
Où l’on écoute le vent avant de décider
Où chaque matin porte l’odeur d’un ailleurs possible.

Mais on m’a raconté de vilaines choses sur ceux qui vivent autrement.
On m’a appris à craindre ce que j’admirais
À détourner les yeux de ces routes libres
À croire que la différence était une menace.
Alors j’ai rangé mon rêve dans un coin de moi
Comme on range un trésor trop fragile pour le montrer.

Pourtant
Il n’a jamais cessé de respirer.
Il s’est fait discret
Mais il a continué à battre quelque part sous la peau.
Et aujourd’hui
En voyant cette caravane colorée avancer au bord de la mer
Je sens ce rêve se redresser
Ouvrir les bras
Réclamer sa place.

Je comprends que la liberté n’est pas toujours une destination.
Parfois
Elle commence dans la manière de regarder le monde
Dans la façon de refuser les chaînes que l’on ne voit plus
Dans le courage de rester fidèle à ce qui appelle depuis longtemps.

Je ne vis pas dans une roulotte.
Je ne suis pas partie sur les chemins
Mais je porte en moi cette part nomade
Cette part qui sait que la poésie peut être un mode de vie
Même immobile
Et chaque fois que je croise une caravane
Un cheval
Un horizon ouvert
Je sens ce rêve d’enfant se remettre à marcher
Lentement
Obstinément
Vers la lumière.

La lenteur d’un cheval rappelle alors que la liberté
marche toujours à nos côtés
et même immobile
aucun rêve n’arrête vraiment d’avancer.

176 – Panique au shooting – Lilou

Panique au shooting et « Vague à l’âme et perte de froc »

Rien ne va plus sur le plateau de la nouvelle collection « Néo-Renaissance-Plage ».

Au premier plan, Clotilde prend son rôle très au sérieux. Elle nous offre son plus beau regard de « poisson mort-vivant », figée dans un corset tellement serré qu’elle n’a plus respiré depuis 1973. Elle attend désespérément que le photographe arrive, sans réaliser qu’elle est assise sur un tabouret invisible au milieu d’un courant d’air monumental.

Pendant ce temps, à gauche, c’est le drame. Carla, la stagiaire, a pris l’expression « tenue légère pour la plage » un peu trop au pied de la lettre. Elle vient de réaliser qu’elle a oublié non seulement sa robe, mais aussi sa dignité, et elle tente de se fondre dans le mur en espérant qu’on la confonde avec une statue grecque un peu pâle.

Et le jeu des miroirs c’est le clou du spectacle : celui du milieu refuse catégoriquement de refléter la mer, trop de vagues, ça donne le mal de mer, et préfère afficher mystérieusement, un chapeau flottant qui n’a visiblement trouvé aucune tête prête à le porter et celui de droite, lui, fait de la résistance et montre un arbre, juste pour contredire le paysage de sable.

C’est officiel : entre la fille qui attend son Uber-carrosse, la silhouette pudique qui cherche sa culotte, et le chapeau fantôme, cette « retraite » ressemble surtout à un lendemain de soirée très difficile dans une école d’architecture.

176 – La femme et l’éphèbe/ François –

Dans un décor gris bleuté,
Une rue s’ouvre sur la ligne d’horizon,
Les ombres portées signent une séparation,
L’ambiance s’impose comme feutrée.

Un éphèbe vraisemblablement,
Y est présent en toute nudité,
La solitude semble être à sa portée,
Sa silhouette est une beauté visiblement.

L’ombre d’un arbre passe par un miroir,
Au pied d’un portemanteau,
Qui vous laisse entrevoir,
Un féminin, très beau chapeau.

Pour l’éphèbe ce couvre-chef,
Est le symbole restant de la féminité,
Pour lequel il n’a pas un regard bref,
Pour la femme au bout de l’ombre portée.

Magnifique, figé devant une table,
Elle le sait qu’elle n’a rien à attendre,
De ce jeune homme rien n’est concevable,
Renfermée, frustrée elle peut comprendre.

Ainsi, Paul Delvaux avec ses œuvres,
S’affirme comme un peintre surréaliste,
Ses sujets sont dans un décor minimaliste,
Où le non-dit fait partie du chef-d’œuvre.

176 – Une sage jeune fille – J.Libert

Ses longs cheveux blonds épars sur une nuque gracile encadrent un fin visage sérieux de madone statufiée. Ses élégantes mains nacrées reposent, croisées, sur la robe de velours rubis sombre tandis qu’un corselet violine, placé sous la poitrine, enserre son buste jusqu’à la taille. Une large collerette de guipure blanche met en valeur un gracieux port de tête, éclaire et complète sa tenue sage et austère.


À quoi rêve donc cette douce jeune fille mélancolique au regard tourné vers l’intérieur et qui attend ?…


Elle s’évade de son carcan pour aller rejoindre la silhouette de sa belle nudité diaphane qui se reflète, au petit matin, dans sa psyché. Elle aimerait se fondre dans son image, y demeurer à jamais, sans aucun accessoire, hormis cette capeline fleurie pour la protéger du soleil trop ardent. Elle escendrait jusqu’à la mer, se laisserait caresser, porter par la chaleur et la douceur d’un ciel liquide. Puis, elle sécherait son corps nu, allongée à l’ombre de l’ olivier aux premières feuilles printanières agitées par une brise matinale.

176 – Entre deux femmes de moi – Marie Sylvie

Lorsque je regarde cette toile
Quelque chose se déchire doucement en moi.
Je n’y vois pas seulement des formes
Des couleurs
Des femmes figées dans un rêve.
J’y vois mon histoire
Ma peau
Mon poids
Ma lutte.
J’y vois ce que j’ai été forcée de devenir
Et ce que je tente encore
Malgré tout
De redevenir.

Pendant quinze ans
J’ai travaillé sous un joug qui ne disait pas son nom.
Jour après jour
Mon corps s’est épaissi
Alourdi
Sculpté par la contrainte.
Un manteau de muscle s’est formé sur moi
Épais
Dur
Étranger
Jusqu’à transformer ma *silhouette de taille 38 en un 58 qui ne m’appartenait pas.
Je portais ce corps comme on porte une armure trop lourde
Une armure que l’on ne peut jamais déposer.

Puis l’invalidité est arrivée.
Sept ans d’immobilité
Sept ans à habiter un corps qui ne bouge plus comme avant
Mais qui continue de crier la mémoire du travail forcé.
Rien ne s’efface vraiment.
Le muscle dissous laisse une douleur sourde
Un souvenir qui serre encore les os.

Alors dans cette toile de Paul Delvaux
Je vois une femme nue qui marche vers la lumière.
Elle avance sans peur
Sans poids
Sans passé accroché à ses épaules.
Elle est la version de moi qui renaît
Celle qui se dépouille enfin de ce qui m’a brisée.
Elle n’est pas encore moi
Mais elle est la direction vers laquelle je respire.

Et puis il y a l’autre femme
Celle en rouge.
Fine
Élégante
Presque fragile.
Sa robe rouge me rappelle mon ancien manteau
Mais allégé
Adouci
Devenu simple couleur au lieu de fardeau.
Sa pâleur dit la souffrance
Oui
Mais aussi la vérité nue d’un corps qui ne ment plus
D’un corps qui ne peut plus mentir.

Je me tiens entre elles deux.
Entre la femme que j’ai été forcée d’être
Et celle que je deviens lentement
À mon rythme
Dans ma lumière à moi.
Entre la douleur qui persiste
Et la renaissance qui
Parfois
Se glisse en moi tel un souffle neuf.

Dans cette toile
Je reconnais ma silhouette.
Pas celle que le monde voit
Mais celle qui
En silence
Cherche encore à se relever
À se retrouver
À se réinventer.

Ce n’est pas mon corps qui me définit Mais la lumière
Que je parviens encore à faire passer À travers lui.

176 – Musée ou cinéma / Jill Bill

Dieu, que cette fille a l’air triste ;
La groupie du pianiste….

Eh oooh….

Hein, oups pardon !
En regardant ce tableau
Il m’est venu en tête une chanson de Berger…

Vêtues, dévêtues
Tu les aimes comment, toi, les femmes, en peinture !

Eh ben, chapeautées, tiens !
Et, en silhouette fine…

Moi, je les préfère bien en chair, grassieuses !
Comme chez Rubens !
De la marchandise au balcon quoi….
Trop corps sage, ici !
Ce tableau n’a rien de gai, ma foi !

Gay… !?

Nan, joyeux… !
Pour deux, une robe,
Un chapeau pour deux, c’est pingre…

Ingres…. !?

La vieillesse fait du Degas chez toi
Tu deviens sourd dingue ma parole !
Laissons tomber Gustave
Allons au cinéma voir Ducobu passe au vert !

Boire une verre, volontiers Elie…

175 – Il a quitté son banc/ François –

On ne le verra plus immobile,
Pendant des heures, assis sur son banc,
Lui qui était peu volubile,
Il aimait regarder les poissons blancs.

Un jour, il s’est défilé habile,
Pour un autre lieu flamboyant,
En quittant cette pension de malvoyant,
Tant il était éloigné de son idylle.

Au bord du lac la banquette resta vide,
Quand il disparut, les pensionnaires livides.
Pensait au plus grand des malheurs.

Sans savoir qu’il avait rejoint sa belle aimée,
Pour le plus grand de ses bonheurs.
Qui aurait pu le blâmer ?